LA BANQUE MONDIALE PRÉVOIT DE SOMBRES PERSPECTIVES EN 2012
L'Algérie est-elle dans le rouge?
«Les pays en développement doivent évaluer leurs vulnérabilités et se préparer à la possibilité d'autres chocs», a alerté Justin Yifu Lin, économiste en chef et premier vice-président de la Banque mondiale pour l'économie du développement.
L'économie nationale est concernée à plus d'un titre. Elle dépend à près de 98% de ses exportations en hydrocarbures, assurées essentiellement par le pétrole. Elle a affiché sa vulnérabilité à travers la facture de ses importations qui a atteint un niveau historique en flirtant avec la barre des 47 milliards de dollars en 2011 et ne possède pas de grandes marges de manoeuvres pour faire face à une récession du type de celle qui est annoncée par l'institution financière internationale issue des accords de Bretton Woods. Si les signaux émis par la BM dans son rapport pour l'année en cours ne sont pas annonciateurs de bonnes nouvelles pour l'ensemble de l'économie de la planète, les pays en développement semblent les plus exposés à cette crise et devraient en faire les frais. C'est bien entendu la crise de la dette des pays de la zone euro et le ralentissement perceptible des économies des grands pays émergents (l'Inde, la Chine...) qui assombrissent et hypothèquent les prévisions de croissance de l'économie de la planète. Sombres présages de l'édition 2012 des Perspectives pour l'économie mondiale que vient de rendre publiques la Banque mondiale. «La Banque a revu à la baisse ses prévisions pour 2012 et escompte désormais, une croissance de 5,4% pour les pays en développement et de 1,4% pour les pays à revenu élevé (-0,3% pour ceux de la zone euro), contre respectivement 6,2% et 2,7% (1,8% pour la zone euro) selon ses estimations du mois de juin. La croissance mondiale devrait s'établir à 2,5% en 2012 et 3,1% en 2013 (si l'on utilise une pondération sur la base de la parité de pouvoir d'achat, la croissance mondiale s'établirait à 3,4% en 2012 et 4% en 2013)», écrivent les rédacteurs du document. Ce sont certes les pays pauvres qui devraient payer les plus gros dégâts de cette casse annoncée, mais cela ne veut pas dire que des pays comme l'Algérie qui tire l'essentiel de ses revenus de ses exportations en pétrole, soient à l'abri d'une récession qui a mis déjà à genoux des économies occidentales qui ont connu des heures fastes, il n'y a pas si longtemps.
La Grèce, l'Espagne, l'Italie et même la France (à un degré moindre certes, la puissance économique mondiale par excellence) y ont laissé des plumes. A titre d'exemple, alors que les cours mondiaux des produits alimentaires étaient orientés à la baisse ces derniers mois, avec une diminution de 14% par rapport à leur niveau record de février 2011, la facture alimentaire de notre pays a atteint près de 10 milliards. 9,75 milliards de dollars exactement. Soit une augmentation de 61% par rapport à l'année 2010, indiquent les statistiques des services des Douanes. C'est dire combien la question de la sécurité alimentaire pour l'Algérie demeure préoccupante. Malgré son aisance financière garantie par des cours de l'or noir élevés, la situation peut évoluer à son désavantage. La sonnette d'alarme est tirée. «Si la crise s'intensifie, personne ne sera épargné. Les taux de croissance des pays développés comme ceux des pays en développement pourraient connaître une chute égale, voire supérieure à celle de 2008-2009», a prévenu Andrew Burns, directeur du service chargé des questions de macroéconomie internationale et auteur principal du rapport. En ce qui concerne l'économie nationale, les regards resteront focalisés sur les cours du baril de pétrole qui, jusqu'à aujourd'hui, a atteint des niveaux (près de 100 dollars à New York) qui lui ont permis d'engranger une fabuleuse manne financière de quelque 176 milliards de dollars qui doivent lui assurer deux à trois années d'importations en cas d'assèchement de ses recettes en devises sous le coup d'une brutale chute des cours de l'or noir. Ce scénario a déjà été vécu dans les années 1990 lorsqu'ils avaient affiché moins de dix dollars. Une conjoncture qui lui a valu deux plans de réajustement structurels imposés par le Fonds monétaire international. Les effets s'en ressentent aujourd'hui. Ce passage forcé et précipité d'une économie planifiée à une économie de marché a montré les tares et les failles de l'économie algérienne. Flambée des prix, crise du lait, de la pomme de terre, du sucre, de l'huile...absence de mécanismes de régulation des marchés des fruits et légumes... Un contexte qui fait la part belle aux spéculateurs, à la corruption et à la sphère de l'informel qui brasse, pas moins de 40% de la masse monétaire en circulation. D'un autre côté, les décisions prises dans le cadre des lois de finances successives (notamment celle du 51-49.) pour attirer les investisseurs étrangers en plus de n'avoir pas eu d'effet escompté, sont sévèrement critiquées. La suppression des crédits à la consommation ne s'est pas traduite par une baisse de la facture des importations... Ce n'est pas encore l'impasse, mais ceux qui ont la responsabilité de la gestion des affaires du pays sont... dos au mur.

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