TÉHÉRAN APPELLE L'OPEP À NE PAS AUGMENTER SA PRODUCTION
L'Iran responsabilise l'Arabie Saoudite
L'Algérie avait indiqué, par la voix de son ministre de l'Energie, qu'elle maintiendrait inchangé son niveau de production, anticipant l'appel lancé par les Iraniens.
La position algérienne est justifiée par le maintien du niveau actuel du prix du baril de pétrole. «Nous avons un programme en matière d'exportation de pétrole (...) qui ne sera pas modifié», avait indiqué, le 26 janvier, Youcef Yousfi, avant que le ton ne soit monté d'un cran entre l'UE, qui veut imposer un embargo pétrolier progressif total à l'Iran alors que Téhéran envisage de suspendre sans délai ses exportations d'or noir vers l'Europe. La partie de jeu d'échecs se poursuit.
La République islamique d'Iran a appelé les pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole à ne pas faire le jeu des pays occidentaux et met tout en oeuvre pour neutraliser l'embargo pétrolier décidé contre elle par l'UE. Elle menace, contrainte et forcée, de la priver dans les prochains jours de ses approvisionnements en pétrole alors que le Vieux Continent grelotte de froid.
«Ce genre d'action ne fait pas partie de nos politiques pour mettre la pression sur les peuples alors que nous sommes en hiver. En fait, nous examinons l'imposition de sanctions contre certains pays européens et la coupure de l'approvisionnement vers certains, mais pas tous», a déclaré le ministre iranien du Pétrole. Qui sera touché? Rostam Qassemi ne le précise pas mais sa sortie médiatique révèle que Téhéran avance prudemment ses pions.
A commencer par la requête adressée à l'Irak qui assure la présidence de l'Opep jusqu'au 31 décembre 2012: une forme d'avertissement à peine voilé qui vise l'Arabie Saoudite qui s'est engagée à pallier le manque de pétrole iranien. «Nous avons demandé à l'Irak de dire aux autres membres qu'ils devaient respecter les intérêts (de l'Iran) et les règles de coopération» au sein de l'organisation pétrolière, a déclaré, le 4 février, lors d'une conférence de presse, le ministre iranien du Pétrole. «Téhéran a transmis directement la même demande à l'Arabie Saoudite, premier producteur de l'Opep, qui s'est déclarée prête à accroître sa production en cas d'embargo contre le pétrole iranien...» a indiqué, par ailleurs, Rostam Ghassemi.
La lettre destinée au ministre irakien du Pétrole Abdel Karim al-Luaybi dont le pays assure la présidence de l'Opep critique, sans nommément les citer, les pays (L'Arabie Saoudite en particulier et les monarchies du Golfe en général-Ndlr) qui se tiennent prêts à augmenter leur production afin d'assurer le manque de pétrole iranien, frappé d'embargo par l'UE, au lieu de suivre «une politique de coopération cohérente avec l'intérêt de tous les membres» des pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, rapporte une dépêche de l'agence de presse iranienne Mehr.
«Si nos voisins du Sud utilisent leur capacité de production pour remplacer notre pétrole, ils seront responsables des incidents qui se produiront», avait déjà prévenu, au mois de janvier 2012, le représentant de la République islamique d'Iran auprès de l'Opep, Mohammad Ali Khatibi. L'affaire est loin d'être aussi facilement pliée et gagnée par les pays occidentaux.
En effet, l'Iran est pratiquement assuré d'écouler 70% de sa production (qui est estimée à 2,5 millions de barils par jour) auprès des pays émergents ou asiatiques (Inde, Chine, Japon, Corée du Sud). Il lui restera quelque 400.000 b/j entre les bras destinés à l'Europe, qui a décidé de les boycotter, et que l'Arabie Saoudite a promis de compenser en ouvrant davantage ses vannes. «Nous produisons actuellement entre 9,4 et 9,8 millions de barils par jour...Nous avons une capacité de production de 12,5mbj...Nous pouvons facilement atteindre 11,4 à 11,8 mbj en quelques jours. Tout ce que nous avons à faire est d'ouvrir les vannes. Pour atteindre les 700.000 barils par jour, nous aurons besoin de 90 jours», a déclaré le ministre saoudien du Pétrole Ali al-Nouaïmi sur CNN, la chaîne de télévision américaine. «Ces signes ne sont pas des signes amicaux et nous invitons les responsables de l'Arabie Saoudite à réfléchir davantage», lui a rétorqué en guise de réponse, le chef de la diplomatie iranienne, Ali Akbar Saleh...

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