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BÉJAÏA

La situation toujours difficile à vivre

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Des collectes de vivres et médicaments sont organisées un peu partout.

Plus de 245.000 bouteilles de gaz ont été livrées par le centre d'enfûtage de Béjaïa pour les 170.000 foyers non raccordés au gaz de ville, soit deux à trois bonbonnes par famille. Plus de 170 engins ont travaillé et travaillent encore pour le déneigement des routes. Et ce n'est pas fini! La tension sur le gaz persiste encore. La pression est telle que les citoyens sont amenés à détourner carrément des camions de livraison de Naftal. Depuis trois jours, on continue à assister à cette ritournelle, qui illustre à bien des égards toutes les privations dont souffrent les citoyens.
Même ceux raccordés au réseau de gaz de ville n'ont pas échappé à la crise. Une coupure a privé de nombreux quartiers de la ville de Béjaïa durant la nuit de dimanche à lundi. Cette coupure a été induite par un incident survenu au niveau d'un pré-poste à détente de Mellala, à la sortie Ouest de la ville. Là aussi, il a suffi d'une baisse de température pour qu'un «déclenchement des soupapes de pression» se produise et que toute une population soit privée de gaz au moment même de la préparation des diners. Hier encore, la pénurie de gaz butane a provoqué une colère noire chez les habitants de plusieurs localités.
En effet, dès la matinée, les habitants du village Ibourassen ont fermé la RN 12 avec pour objet unique, de détourner les camions de Naftal qui acheminaient des bonbonnes de gaz vers des villages de la région. Plus loin, soit à quelques kilomètres, ce sont des villageois de Taourirt Larbaâ relevant de Toudja, qui ont fermé la même RN 12 pour les mêmes raisons. La ritournelle est simple, on bloque l'accès, n'autorisant que le passage des malades et des ambulances.
Deux camions escortés par la gendarmerie et la police sont arrivés au bout d'une heure. Les protestataires ont pris «les cargaisons des deux camions alors qu'une seule leur était destinée», nous précisait un des deux conducteurs. Les pourparlers engagés par la police et les gendarme, n'ont pas fléchi la détermination des habitants frondeurs, qui sont restés intransigeants. Il aura fallu céder les charges des deux camions pour que la route soit rouverte.
A El Kseur, la RN 26 a été fermée juste à la sortie Sud, au niveau de la station Naftal. C'était là que des dizaines de citoyens attendaient l'approvisionnement en gaz butane. «Nous avons failli être bloqués par quelques frondeurs qui venaient d'entreprendre le blocage de la route au moyen de grosses pierres et troncs d'arbres», racontait hier un usager en provenance d'Alger. Lui avait de la chance.
Ce n'est pas le cas des autres usagers qui ont été contraints de faire demi-tour ou à de longs détours pour rejoindre la capitale des Hammadite. Le responsable de Naftal a assuré sur les ondes de Radio Soummam que le produit est disponible et qu'un navire accostera le port de Béjaïa dans les prochaines heures. Il sera chargé de 35 000 tonnes de gaz butane. Pour ce responsable, «le produit est suffisamment disponible et qu'il n'y a pas lieu de céder à la panique et à la psychose». Mais la réalité est tout autre. La crise semble difficile à dépasser. Bien des villages ne sont pas encore ravitaillés. «La bonbonne de gaz pleine n'existe pas chez nous, même pour l'acheter au marché noir», indiquait au téléphone un villageois de Kendira. Dans la vallée de la Soummam, la situation n'évolue pas. Hier, les centres de distribution de Naftal de Chorfa, Akbou, et les stations de cette entreprise et celles des privés à Sidi Aïch, El Kseur, Tazmalt, Ath Hmimi et Bir Slem au chef-lieu de wilaya ont été prises d'assaut par des dizaines de citoyens, qui formaient de très longues files d'attente. En dépit des assurances sur la disponibilité du produit et l'augmentation de la cadence de production du centre d'enfûtage de Naftal, la crise persiste. Au même titre que les appréhensions chez les consommateurs. On annonce l'arrivée d'un autre navire, qui devrait accoster hier au port de Béjaïa. Cela suffira-t-il? Rien n'est garanti. Plusieurs régions de la wilaya ont vu le retour des chutes de neige depuis dimanche. Même s'il y a eu hier une éclaircie, cela ne diminue en rien la demande en gaz. Le froid est toujours mordant.
La température en dessous de zéro degré règne dans les régions d'Adekar, Kendira, Chellata et Beni Maouche pour ne citer que celles-ci. Les routes sont, certes rouvertes, mais demeurent difficilement praticables à cause du verglas. Depuis près de 15 jours, les établissements scolaires sont fermés. Les écoles, collèges et lycées ne fonctionnent que dans les centres urbains. Dans les régions rurales, les élèves sont en vacances forcées.
«Nous n'avons pas été à l'école depuis plus de dix jours», soutient cette fillette rencontrée en compagnie de son père à Béjaïa. On pense déjà à la meilleure manière de récupérer ce temps perdu. Les vacances de printemps seront sans aucun doute réduites dans de nombreuses contrées de la wilaya de Béjaïa affectées durement par la neige. De nombreuses entreprises ont fermé. Leurs employés sont au chômage technique pour cause d'intempéries. L'activité économique est à l'arrêt pratiquement sur tous les chantiers. Même les entreprises ont considérablement réduit leurs activités. La fermeture des routes empêche les employés de rejoindre leurs postes de travail. Le port de Béjaïa en souffre également. «Nous faisons face à des perturbations dans le chargement et le déchargement des bateaux, et dans l'enlèvement des marchandises déchargées», a indiqué un responsable. La circulation des poids lourds est rendue difficile.
Par ailleurs, la Sonelgaz a appelé ses abonnés à une consommation rationnelle de l'énergie pour éviter les chutes de tension et surtout les pannes et les coupures de courant comme cela a été le cas dans plusieurs communes et villages de la wilaya. La ville de Tazmalt est restée avant-hier dans le noir. Hier, de nombreuses actions de solidarité ont été portées à notre connaissance. La sureté de wilaya s'est de nouveau manifestée en acheminant, à titre de solidarité, 50 kits alimentaires aux familles sinistrées du village Izoumam, installées dans l'école primaire de Takoba à Boukhelifa. Les Douanes en ont fait de même pour les sinistrés de Melbou alors qu'à El Kseur, c'est le mouvement associatif qui a apporté son soutien aux sinistrés de Garet. Des collectes de vivres et médicaments sont organisées un peu partout. Les traditions ancestrales renaissent. Il était temps.

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