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NOUVELLE INITIATIVE AFRICAINE

«Mon royaume pour un cheval»

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Lors de la dernière réunion conjointe des conférences économiques sur l’Afrique et des ministres africains du Budget et des Finances, à Club des Pins, un document consensuel venait d’être finalisé: le Millenary African Plan (MAP).

A quelques heures de la clôture des travaux, et au moment où les rédacteurs finalisaient la déclaration commune, le ministre sénégalais arrive de Dakar avec, sous le bras, un document alternatif au MAP, intitulé Plan Omega pour sauver l´Afrique, signé Abdoulaye Wade, chef d´Etat.
M.&nbspBenachenhou, alors ministre des Finances, affichera une hargne inhabituelle. «Huit jours de travaux d´experts, deux jours de travaux des deux conférences sont remis en cause» par le Sénégal, appuyé par le Maroc, l´Egypte et la Namibie.
M.&nbspMessahel, ministre délégué aux Affaires étrangères, chargé de l´Afrique, déploiera des trésors de diplomatie, alternant les pressions, la souplesse et la fermeté jusqu´à l´aube. «Il fallait éviter l´éclatement du front africain, face à l´Europe, au G8 et dans une perspective de coopération intra-africaine à terme», nous confiera-t-il.
Rappelons que les Présidents algérien, nigérian et sud-africain avaient été mandatés par leurs pairs pour élaborer, défendre et mettre en place les moyens de la mise en oeuvre du MAP, à Bamako, durant l´été 2000.
Ce leadership, solidaire des trois géants de l´Afrique, a embarrassé la France. Le président sénégalais, gêné par l´envergure de son prédécesseur, Abdou Diouf, se cherchait un tremplin pour sortir du ghetto.
La France trouvera en lui le moyen de gêner Bouteflika, Obassanjo et M´béki. C´est donc ce contexte que les cinq chefs d´Etat africains se retrouveront dans un dîner avec ceux du G8, à Gênes. Les organisateurs n´avaient prévu que quatre chefs d´Etat d´Afrique. Abdoulaye Wadé du Sénégal ne devait pas être du voyage.
Mais la France veillait au grain. M.&nbspChirac, le président français, se transformera, pour une journée, en agence de réservation pour trouver une cabine au président sénégalais sur le bateau qui abritait les travaux du G8.
Il appellera, successivement, George W.Bush, Berlusconi et le chef d´Etat italien pour imposer la présence de M.&nbspWade, de peur que son «plan Omega ne soit omis par les promoteurs du MAP».
C´est dans ce contexte de guerre de leadership larvée, que la première réunion du comité directeur de «l´initiative pour sauver l´Afrique» se tient, depuis lundi, à Dakar. Les présidents sénégalais et nigérian ont procédé à l´ouverture officielle des travaux, et M.&nbspObasanjo, qui en aura profité pour déplorer la multiplication des «plans», demandera aux experts algériens, sénégalais, sud-africains et nigérians, de concevoir un document synthèse du MAP et du plan Omega, qui soit «clair, dynamique, harmonisé, réalisable et durable».
Avant de quitter Dakar, à l´issue de la cérémonie d´ouverture, M.&nbspObasanjo insistera sur «le réalisme qui doit primer dans le document de synthèse, car il est destiné au prochain G8, prévu en 2002, au Canada, où l´Afrique tentera d´obtenir des engagements fermes de la part des pays développés», qui avaient demandé à l´Afrique de présenter ses besoins sous la forme d´un programme cohérent et réaliste.
En attirant l´attention, dès le sommet de Syrte, sur «les risques que les ambitions personnelles pourraient faire courir à l´avenir du continent», le Président Bouteflika savait, seul, ce qu´il voulait dire.
Procédant de deux philosophies différentes du développement, le MAP et le plan Omega semblent, a priori, inconciliables: si le premier a été «conçu dans une perspective de compter-sur-soi», selon M.&nbspBouteflika, le plan Omega, notamment, dans son choix de la priorité aux infrastructures de base, fait la part belle à l´aide occidentale. La France aurait assuré le président Wadé de la possibilité de «lever une aide internationale suffisante pour financer un vrai plan Marshall pour l´Afrique», selon le ministre sénégalais des Finances, présent à Alger lors de la dernière conférence des ministres africains des Finances.
Les experts, réunis à Dakar, auront, face à leurs arguments techniques, à subir les pressions politiques du pays hôte.
Il y a fort à parier qu´il faudra d´autres rounds au comité directeur, dans d´autres capitales africaines, pour finaliser un document présentable. Si le roi de Shakespeare proposait: «Mon royaume pour un cheval», M.&nbspWadé semble proposer: «Mon continent pour un peu de publicité».

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