L'ENVOYÉ SPÉCIAL DE L'ONU S'EST RENDU AU MAROC

Christopher Ross face à Mohammed VI

Cette nouvelle visite intervient dans la foulée de nombreux rapports qui font cas de violations des droits de l'homme et du recours à la torture dans les territoires occupés.

Christopher Ross a débarqué sans tambour ni trompette le 14 octobre à Rabat. Rien n'a filtré des entretiens qu'il a eus avec le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Salaheddine Mezouar, celui de l'Intérieur Mohamed Hassad, le président de la Chambre des conseillers, Mohamed Cheikh Biadillah et le président de la Chambre des représentants, Karim Ghellab.
Cette nouvelle visite du représentant personnel du Secrétaire général de l'ONU dans la région intervient dans la foulée de nombreux rapports qui font cas de violations des droits de l'homme, du recours à la torture dans les territoires occupés du Sahara occidental par les forces de répression marocaines et du projet de résolution adopté le 14 octobre par la 4ème Commission, chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation de l'ONU à travers lequel elle recommande à l'Assemblée générale de l'ONU d'appuyer le «processus de négociation en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l'autodétermination du peuple du Sahara occidental».
Elle a cours dans le sillage des toutes dernières déclarations «guerrières» du souverain marocain en ce qui concerne la question sahraouie. «J'ai été élevé dans l'amour de la patrie et j'étais témoin, comme tous les Marocains, malgré mon jeune âge à l'époque, de l'ambiance de mobilisation et de l'esprit patriotique élevé qui avaient marqué la récupération de nos provinces du Sud, grâce à la glorieuse Marche Verte, et au génie de son concepteur, Notre vénéré Père, Sa Majesté le Roi Hassan II...» avait-il rappelé un brin nostalgique, le 11 octobre, dans un discours tenu à l'occasion de l'ouverture de la session d'automne du Parlement marocain avant d'ajouter, pour conclure: «Et c'est précisément cet esprit qui doit continuer à inspirer nos actes et nos initiatives. Je demeurerai donc, comme vous m'avez toujours connu, au premier rang des défenseurs de notre intégrité territoriale...».
Un discours qui indique que Mohammed VI ne reculera pas d'un pouce en ce qui concerne le dossier sahraoui.
Un discours prémédité qui annonce un «face-à-face» assez tendu entre Mohammed VI et Christopher Ross. Pourquoi? Pour la simple raison que le souverain marocain n'est pas disposé à infléchir sa position.
L'envoyé spécial de l'Organisation des Nations unies pour le Sahara occidental avait pourtant tenu à souligner vers la fin de l'année 2012 que ceux qui misent sur le «statu quo» commettent une «grave erreur de calcul». «S'il perdure, ce conflit pourrait nourrir une frustration croissante et déclencherait de nouvelles violences et hostilités qui seraient tragiques pour les peuples de la région», avait prévenu le diplomate américain à la fin d'une précédente tournée dans la région qui l'a conduit ensuite en Europe (du 27 octobre au 15 novembre 2012) tout en annonçant la fin du processus de négociations informelles qui a prouvé son inefficacité. «Nous avons eu neuf de ces sessions, depuis août 2009, sans résultat.» avait-il reconnu. «Nous entamerons une période de diplomatie itinérante avec les parties concernées et les pays voisins», avait-il indiqué.
Le représentant personnel de Ban Ki-moon reprend son bâton de pèlerin au lendemain d'une campagne médiatique marocaine haineuse contre l'Algérie et au moment où le souverain marocain vient durcir sa position par rapport au conflit du Sahara occidental: «Je vous exhorte tous, encore une fois à une forte mobilisation, une vigilance de tous les instants, et des initiatives efficaces, aux niveaux interne et externe, pour contrecarrer les ennemis de la nation où qu'ils se trouvent et pour déjouer les stratagèmes illégitimes auxquels ils ont recours», a recommandé le monarque alaouite à ses parlementaires.
Ce qui réduit davantage la marge de manoeuvre de Christopher Ross. Sa nouvelle tournée dans la région s'apparente dans ce contexte à une dernière salve...