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EL JAZEERA-TÉLÉVISION ALGÉRIENNE

Les droits des peuples d'abord!

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La décision de la télévision algérienne doit être un exemple à suivre par tous les pays du mondeLa décision de la télévision algérienne doit être un exemple à suivre par tous les pays du monde

En emboîtant le pas à l'Algérie, la télévision égyptienne exprime son adhésion à ce nouveau courant.

La réaction de la télévision algérienne au chantage d'El Jazeera a donné lieu à moult réactions dans la presse traditionnelle et celle électronique, tout comme elle a engendré de longues et interminables discussions sur les réseaux sociaux. En gros, il y a ceux qui approuvent la décision de M.Khelladi qui a consisté à passer en clair le match Burkina Faso-Algérie sans avoir à payer les droits de la chaîne détentrice et il y a ceux qui, au nom des sacro-saints droits de propriété, désapprouvent cette décision.
Il va sans dire que ceux qui défendent le droit d'El Jazeera ne trouvent nullement choquant le fait que Hafidh Derradji (et un peu moins Lakhdar Berriche) prenne fait et position pour cette dernière alors que ceux qui défendent la décision de la télévision algérienne s'en sont sentis outrés et profondément choqués.
En réalité, cette «affaire» ne se limite pas au cadre trop restreint dans lequel certains veulent l'inscrire. Elle ne peut pas tenir dans une vulgaire question de droits de retransmission d'une rencontre de football. Elle est plutôt à placer dans la longue et douloureuse histoire des hommes et des sociétés, celle des autels érigés tout au long de notre passage sur Terre et qui continuent encore à occuper l'essentiel de la mémoire de notre espèce. C'est à inscrire dans le cadre de cette nouvelle religion des hommes qui prêchent au nom de l'argent, du pouvoir et du droit.

Au nom de l'argent...
Depuis que l'argent est devenu maître du monde, les valeurs humaines ont été déracinées une à une pour défricher le terrain devant la nouvelle religion de l'humanité, celle de la marchandisation à outrance. Cette religion a pour précepte fondamental que tout doit être considéré comme marchandise. Rien, absolument rien n'a d'autre valeur pour elle que la valeur marchande, celle du marché.
Cela fait longtemps déjà que l'on est au courant de ces réseaux qui, en Inde, notamment kidnappent des jeunes enfants, les amputent des membres, les aveuglent ou leur provoquent un handicap quelconque puis les obligent à mendier en mettant en valeur cet handicap. N'est-ce pas le handicap qui est devenu là un atout qui rapporte? Une marchandise?
Cela fait tout aussi longtemps que l'on sait quelque chose de ces réseaux qui, un peu partout dans le monde, kidnappent des enfants et des moins petits pour vendre leurs organes à ceux qui peuvent les acheter pour de belles sommes. N'est-ce pas que les organes si inestimables pour la vie deviennent là des marchandises que l'on vend aux plus offrants, c'est-à-dire aux riches et aux nantis? Combien ont-il été, et combien sont-ils, les chirurgiens sans scrupules, un peu partout dans le monde, qui ont pratiqué des interventions de ce genre pour le seul motif de l'argent? Certainement des milliers!
Depuis plus longtemps encore, l'on ne se fait plus d'illusions sur les fabricants d'armes qui, pour écouler leurs malheureux produits, n'hésitent pas à provoquer des guerres entre pays ou des guerres civiles ci et là. Il n'est guère besoin d'exemple ici pour l'illustration car, de nos jours, ils sont devenus si nombreux ceux qui soufflent les braises des guerres pour vendre leurs armes qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour en trouver des dizaines.
Combien sont-ils à avoir payé de leur vie cette folie de l'argent? Des peuples entiers ont été décimés et ils continuent de l'être pour que la production d'armes ne s'arrête point ou ne connaisse une mauvaise crise! Au nom de l'argent, toutes les sphères, même celles non marchandes, ont été investies et toutes portent désormais la mention «bon à vendre!». La santé des hommes, leur vie, leur tranquillité, leurs plaisirs, leur conscience, leur voix, leur corps, et même leur âme... tout est à vendre et tout se vend!

... du pouvoir...
La mondialisation n'est, en réalité, qu'une destruction systématique des dernières frontières devant l'avancée inexorable de l'argent. Il est généralement admis que «l'argent confère plus d'autorité et de pouvoir à celui qui le possède par rapport à son environnement» et à elle seule, cette vérité explique pourquoi les «détenteurs-serviteurs» de l'argent tout-puissant cherchent toujours à avoir plus et ne lésinent devant aucun moyen pour arriver à leurs fins.
A combien donc peut-on estimer, à travers le monde, le nombre d'entreprises locales disparues qui nourrissaient pourtant des familles et dont la disparition n'est causée que par l'arrivée de ces géants de multinationales sur tous les marchés et dans tous les quartiers du monde? A combien peut-on donc estimer le nombre de chômeurs, de faillites, de destructions de familles pour les mêmes raisons sans que les patrons de ces mêmes entreprises n'en ressentent le moindre problème de conscience?
Dans ce monde nouveau, où le seul maître est l'argent et où les seuls totems admis à être érigés sont ceux du pouvoir et de la domination, les émotions sont bannies. Pas de peine, pas de tristesse, pas de joie non plus, car l'argent n'a pas de sentiment. Il ne fait pas dans les états d'âme. Tout s'évalue en termes de part de marché.
Cette religion, contrairement à toutes celles qui l'ont précédée, rapporte et elle rapporte même gros. Aussi, ses adeptes ne reculent-ils devant rien pour porter le plus loin possible leurs convictions et, si besoin est pour les défendre par tous les moyens. Il est peut-être trop tard d'arrêter le processus engagé depuis déjà fort longtemps et qui consiste à frayer à l'argent le chemin de tout ce qui génère profit, indifféremment du secteur de l'activité, de sa nature et de l'avis de ceux qui la font. L'argent progresse à grand pas sur la nuque de ses propres serviteurs.
La mondialisation, c'est aussi la forme d'expression la plus élaborée des pouvoirs de l'argent, et en tant que manifestation suprême des capacités du marché à asservir les hommes, la mondialisation ne reconnaît plus le droit à personne d'en arrêter la course ou même d'en ralentir la vitesse. Et pour que cette mondialisation aille plus loin, la «marchandisation» générale est déclarée nécessaire.
Pour défendre leur argent et pour mieux asseoir leur domination, les riches de ce monde ont élaboré le cadre juridique qui les protège, ils ont érigé des tribunaux spécialisés dans la défense de l'argent et ils ont même procédé à la formation des avocats et des juges qui vont avec! C'est sans doute d'ailleurs vers ces tribunaux que la chaîne El Jazeera compte ester la télévision algérienne.

... et du droit
On voit que la décision de Tewfik Khelladi de retransmettre le match en clair sans autorisation de la chaîne El Jazeera ne peut tenir dans le cadre restreint dans lequel on veut l'inscrire. Elle va plus loin. Elle est à inscrire plutôt dans le cadre du refus par certains du diktat de l'argent, et ils sont assez nombreux sur cette planète.
En effet, si l'argent en soi n'a ni odeur ni couleur, l'usage qu'en font certains de nos jours est répugnant et il pousse indiscutablement au rejet de toutes les tentatives de soumission qu'exercent, ou même qu'espèrent exercer, d'aucuns au nom de l'argent vu que le seul mérite qu'ils ont sur cette Terre est d'en avoir accumulé assez pour se croire important au point de se permettre le rêve de dominer le monde un jour!
Il y a certes, dans cette affaire, une question de droits, et s'il n'est pas erroné d'avancer l'argument des droits de propriété dans ce conflit, il est tout aussi juste de lui opposer le droit d'un peuple à regarder évoluer son Equipe nationale de football car jamais, au grand jamais, avant l'arrivée de la chaîne El Jazeera, un pays n'a été privé de suivre une rencontre de football à laquelle prend part son Equipe nationale.
Droit contre droit, droit d'un groupe d'individus contre celui d'un peuple, droit d'un groupe de fructifier son argent contre celui d'un peuple de regarder un match de foot, l'opposition n'a même pas à avoir lieu d'autant plus que les droits de retransmission tirent leur signification de la nécessité d'être rétrocédés et non d'être négociés contre autre chose, comme la réouverture d'un bureau à Alger par exemple. C'est ce que le commentateur Hafidh Derradji a maladroitement oublié, le temps d'un commentaire, ce qui ne justifie point, à nos yeux, certains reproches malveillants à son égard ou certaines qualifications désobligeantes comme il nous a été, malheureusement, donné de le constater sur les réseaux sociaux et sur certains sites.
Mais ce qui, dans cette histoire, a permis à la chaîne El Jazeera d'être si arrogante au point de vouloir négocier la retransmission d'un match de foot contre la réouverture de son bureau à Alger - ce qui sort du cadre du sport - et de faire apparaître sur l'écran cet écriteau de fin de partie, ce n'est pas tant son argent ou ses droits, mais c'est la FIFA qui a opté pour le silence complice sur la constitution du monopole, sur la base de l'exclusivité des droits, dans le secteur du football qui, en principe, ne peut ni ne doit fonctionner dans le cadre du monopole.
La décision de la Télévision algérienne doit être un exemple à suivre par tous les pays du monde afin de casser le monopole insensé qui s'est établi avec la bénédiction de la FIFA dans le football, c'est-à-dire dans tout ce qui reste à l'humanité comme distraction et comme dernière échappatoire contre la domination de l'argent et celle de ceux qui veulent tout dominer par l'argent!
En emboîtant le pas à l'Algérie, la télévision égyptienne exprime son adhésion à ce nouveau courant de gestionnaires des télévisions qui veulent remettre en cause, en le dénonçant, ce malheureux monopole du plaisir, mais aussi de la dignité, car dans cette histoire, il est aussi beaucoup question de dignité.

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