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NEZZAR PRIS À PARTIE PAR LA MÈRE D’UN DISPARU

La veuve accuse le général

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L’homme, qui porte une lourde responsabilité dans les événements que connaît l’Algérie, depuis dix ans, ne sait pas tenir sa langue. Depuis sa mise à la retraite, il s’arrange toujours pour faire parler de lui. Ce général «la gaffe» avait mis les pieds dans le plat, lors de sa dernière sortie à Paris, qu’il a été obligé de quitter précipitamment. Et hier, lors de sa conférence de presse, il a été acculé dans ses derniers retranchements par une veuve moudjahida.

C´est un Khaled Nezzar visiblement en forme qui a pris place face à un parterre grouillant de journalistes, hier, à la Maison de la presse Tahar-Djaout. Mais à peine quinze ou vingt minutes après le début de la conférence de presse, celui-ci perd son sourire, crispe la bouche dans un rictus douloureux, jette des regards furtifs vers ses accompagnateurs et conseillers et s´agite sur sa chaise. Il allume nerveusement une cigarette et finit carrément par perdre la parole.
La cause de l´agitation de l´ex-général est l´apparition inopinée d´une vieille dame, à deux mètres de la salle des conférences archicomble, pour la circonstance. La vieille dame prend la parole avec bruits et fracas, parle sans fléchir, pendant plus d´une heure, d´une voix audible et prolixe, et qui attire l´attention de tous.
C´est Mme Amari, ex-moudjahida, qui a «fait» la Bataille d´Alger et a bien connu Ben M´hidi. C´est la mère de Amari Azzeddine, porté disparu depuis 1994. Cet ancien militaire, dit sa mère, «a été kidnappé par les hommes de Nezzar et n´a plus donné signe de vie, depuis».
Nous avons alors, deux conférences de presse parallèles ou mieux, une plaidoirie et un réquisitoire. «Rendez-moi mon fils, assassin!», clame la vieille dame. «Allez demander des comptes au FIS!», lui répond l´ex-général, visiblement irrité.
Et c´est ainsi que la vieille dame décrépite arrive à désarticuler l´aplomb dont usait Nezzar jusque-là, sentant l´attention se fondre sur elle, elle ajoute: «J´ai fait la Révolution avec les hommes, les vrais, alors qu´on ne vienne pas, aujourd´hui, me nourrir de mensonges et de paroles. Nezzar n´a été qu´un Pinochet, un assassin, un criminel sans scrupule et sans envergure!»
«Faites-la taire!» propose le général à un de ses accompagnateurs en essayant d´être «encore» calme. «Taisez-vous, madame, ou on vous fera sortir de la Maison de la presse», dit sévèrement un policier à la vieille, et celle-ci de répondre du tac au tac: «Ah non ! vous n´oserez, certainement pas, faire ça! J´ai combattu pour que mon pays recouvre son indépendance et pour que vous, monsieur le policier, vous puissiez porter arme et uniforme décent. Allez plutôt voir ailleurs!»
Et d´enchaîner: «Ce n´est pas ce Pharaon qui peut me faire peur. Et vous, journalistes, vous venez encore lui faire la cour et lui sourire hypocritement? Dites-lui la vérité! Dites-lui qu´il doit payer pour tout ce qu´il a commis! Ou plutôt, ne lui parlez pas, il ne mérite aucune attention, aucun égard!».
A l´intérieur, l´ex-général-major Khaled Nezzar disait qu´il venait d´introduire une plainte en diffamation contre Souaïdia et ceux qui le manipulent et qui ne sont autres que le Maol, les activistes islamistes, l´International socialiste, Aït Ahmed, («non le FFS», insiste-t-il) et les services spéciaux étrangers.
«Je m´engage, dit-il, dans un ton plein d´emphase, dans un combat extraordinaire, car, au-delà de ma personne, c´est le régime algérien qu´on vise, c´est le procès de l´Algérie et de ses dirigeants qu´on souhaite», et d´ajouter: «Mais rien ne m´effraye!»
La salle se fait silencieuse, sous les mots pompeux et solennels du général. Ne s´entend, alors, que la voix aiguë de la vieille dame. «Ne l´écoutez pas! De quel droit vient-il, aujourd´hui, nous assener son discours trompeur? Pour qui se prend-il pour venir ici, se donner des airs de donneur de leçons? Nezzar est accusé de graves délits auxquels il doit répondre. C´est cela la question qu´on lui pose et à laquelle il doit répondre, comme il doit répondre aux centaines de détenus, et de disparus, aux femmes endeuillées et aux familles.»
On tente de la faire taire alors, gentiment: «Non, mais non! Je suis libre, dans un pays libre et je dirai tout ce qui pèse sur mon coeur! Que ceux qui ont de la paille dans le ventre (comprendre « lâches », Ndlr) se taisent!».
Bon gré mal gré, Nezzar termine la conférence et s´en va. La vieille dame, elle, reste là. Sourire aux lèvres et la jambe alerte. Les mots ne lui manquent toujours pas pour «piquer» encore le général. C´était son jour, sa conférence à elle, et elle semble en être fière. Aux journalistes réticents qui passent près d´elle, elle ose dire un dernier mot: «Venez, venez, ne vous sauvez pas! Je peux vous apprendre à parler, à être courageux!» Sacrée dame, elle méritait bien ce détour!

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