DES OPPOSANTS ET DES PERSONNALITÉS CRÉDIBILISENT EL MAGHARIBIA

L'alliance avec le diable

Ils sont nombreux à intervenir en direct sur cette chaîne qui fait parler d'elle
Ils sont nombreux à intervenir en direct sur cette chaîne qui fait parler d'elle

Le but final de cette chaîne est d'être le catalyseur d'une révolte sociale. Au pire, ce sera l'anarchie à la libyenne, au mieux, le retour du parti dissous aux affaires.

La chaîne El Magharibia fait parler d'elle, ces temps-ci, à travers certaines interviews de politiques et anciens militaires algériens. Ce média créé par l'ex-FIS et financé à perte par le Qatar nourrit des desseins funestes envers l'Algérie. Le problème n'est pas qu'il tente de déstabiliser le pays, mais qu'il se fasse involontairement aider par ceux-là même qui ont combattu l'ex-FIS et dont des centaines de camarades sont tombés en martyrs de la République.
Au départ, cette chaîne n'avait pas cette destinée. Arrivée sur le paysage médiatique en même temps que les chaînes privées nationales, elle a tranché par rapport aux autres télévisions par un traitement totalement partisan de l'information. Ne cachant pas son penchant outrageusement intégriste et acquis aux «révolutions arabes», El Magharibia a joué sur la «vicitimisation» du parti dissous et délivré un message haineux en direction des autorités militaires du pays et la classe politique qui a soutenu l'arrêt du processus électoral de décembre 1991.
Les reportages, témoignages et autres émissions de la chaîne zoomaient sur les aspects négatifs du pays et généralisaient, très souvent, des cas particuliers. Le déferlement d'images et commentaires désobligeants à l'adresse de l'Algérie et des Algériens en a fait un média presque burlesque qui ne convainquait qu'une grappe d'inconditionnels du projet obscurantiste de l'ex-FIS.
Ainsi, aux premiers mois de sa diffusion, El Magharibia qui, au passage, aligne son traitement de l'information sur celui de la chaîne qatarie El Jazeera, pour ce qui concerne les pays du «printemps arabe», insistait «férocement» sur le caractère «maffieux, prédateur et dictatorial» du pouvoir en Algérie. Le discours était surréaliste et la haine de l'Algérie «dégoulinait» des propos des commentateurs de la chaîne. Il y eut même plusieurs fois des appels au soulèvement et chaque petit mouvement social fut élevé au rang de «révolution» contre le «système despotique».
Tant que El Magharibia restait dans le registre du «pitbull» médiatique, elle ne constituait pas un véritable danger pour l'Algérie. Les Algériens qui étaient matraqués à longueur de journée de sottises et autre délire médiatique s'en étaient détournés et le média de l'ex-FIS commençait à dépérir et l'on a même envisagé sa fermeture pour des raisons financières. Mais au moment où l'on pensait l'affaire pliée, El Magharibia sort de sa tanière avec un nouveau look, une nouvelle manière de traiter l'actualité et un professionnalisme dont on ne peut pas douter.
Affichant l'ambition de devenir la «El Djazira» du Maghreb, la chaîne s'offre une authentique grille de programmes, des émissions de bonne facture et, cerise sur le gâteau, le traitement «objectif» des événements avec, sur le plateau, des personnalités de diverses obédiences politiques et un «débat contradictoire». Instruction a été donnée aux animateurs des émissions politiques de clamer à qui voulait les croire que la chaîne est ouverte à toutes les opinions.
Les dirigeants d'El Magharibia, dont le sommet se recrute forcément parmi les sympathisants de l'ex-FIS, ont réussi «le coup de maître» de convaincre de nombreuses personnalités algériennes de l'opposition et des «experts» à intervenir à l'antenne pour commenter l'actualité de l'Algérie. On a ainsi vu des responsables politiques de tous horizons répondre aux invitations de la chaîne fisiste. Toute l'opposition, de démocrates «janvieristes» à intégristes invétérés en passant par les islamistes modérés et les conservateurs B.c.b.g, ont eu leurs «petits moments de gloire» à El Magharibia. Le seul point commun à tout ce beau monde tient dans les critiques qu'il formule contre le pouvoir. Ce recentrage éditorial a placé la chaîne islamiste au coeur de l'actualité politique de l'Algérie. Toutes les personnalités qui ont défilé sur ses plateaux, ou joints par téléphone, ont contribué à booster considérablement son audience à l'intérieur du pays. Du pain bénit pour une chaîne et un parti qui croyaient leur fin venir. En fait, les politiques algériens, unanimement acquis à l'idée de la responsabilité directe de l'ex-FIS dans la tragédie vécue par l'Algérie, ont crédibilisé la chaîne du parti dissous, en lui donnant le statut d'El Djazira du Maghreb. Ce statut, El Magharibia ne l'a pas volé, puisqu'elle procède de la même logique que la chaîne qatarie. En effet, si formellement, on a l'impression que les émissions développent un discours objectif, il n'empêche qu'il existe un dénominateur commun: tous les intervenants accusent le pouvoir algérien de tous les maux de la terre.
La crédibilité acquise, la chaîne de l'ex-FIS en use pour distiller son venin auprès des téléspectateurs algériens. En fait, le recentrage éditorial et l'objectivité affichée ne sont qu'un cheval de Troie qu'utilise la chaîne pour entrer dans les foyers algériens. Dans le fond, les objectifs des promoteurs d'El Magharibia n'ont pas changé. A savoir, dédouaner l'ex-FIS de sa responsabilité dans la décennie du terrorisme, faire porter le chapeau à l'ANP de tous les crimes islamistes et, partant, remettre le compteur à zéro. Le but final de cette chaîne est d'être le catalyseur d'une révolte sociale et la conduire au renversement du régime en place. Au pire, ce sera l'anarchie à la libyenne, au mieux, c'est ce dont ils rêvent, le retour du parti dissous aux affaires. Dans les deux cas, l'Algérie n'en sortira certainement pas gagnante.