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AU LENDEMAIN DE L'ACCORD HISTORIQUE DES PAYS DE L'OPEP

Euphorie diplomatique à Alger

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Les tractations n'ont pas été facilesLes tractations n'ont pas été faciles

Un exercice difficile pour le ministre de l'Energie qui a réussi le pari de concilier les positions iranienne et saoudienne: autant escalader l'Himalaya sans crampons.

Par une maussade soirée d'automne, en ce mercredi 28 septembre, les feux de l'actualité mondiale se sont brusquement braqués sur l'Algérie. Il y a déjà très longtemps que les médias internationaux ont perdu jusqu'au réflexe de parler positivement de l'Algérie. Mais avant-hier, l'événement était historique et impossible à occulter. Quand le ministre de l'Energie a officiellement annoncé que le rendez-vous informel d'Alger s'est transformé en réunion extraordinaire, quand il a balancé la nouvelle d'un accord entre ces pays de l'Opep que tout divisait, un flot de souvenirs investit la mémoire de tout une génération. La nostalgie a alors envahi jusqu'à faire tressaillir ceux qui avaient connu et vécu dans cette Algérie des années 1970, celle qui fut La Mecque des révolutionnaires, celle qui drivait le tiers-monde et qui guidait l'Afrique. «Telle était l'Algérie que j'ai connue et aimée de mes tripes, l'Algérie de mes vingt ans», se remémore, tremblant, ce septuagénaire. L'issue très positive de la XVe édition du Forum international de l'énergie (IEF15), le plus grand rassemblement mondial des ministres de l'Energie, avec la participation de 72 pays producteurs et consommateurs de pétrole et de gaz. Toutes les supputations pessimistes sont tombées à l'eau puisque la réunion informelle de l'Opep d'Alger a débouché sur une réunion extraordinaire et qui a décidé de réduire la production à un niveau oscillant entre 32,5 mbj et 33 mbj. Un exercice difficile pour le ministre de l'Energie qui a réussi l'impossible, celui de concilier les positions iranienne et saoudienne: autant escalader l'Himalaya sans crampons. Mai il y a cru de ses tripes, M. Bouterfa. «On ne se réunit pas pour discuter d'un point préétabli mais d'une problématique», a-t-il répondu à une interrogation sur les possibilités d'un accord. «Il n'y aura pas d'échec de la réunion d'Alger, qui a lieu en marge du Forum international de l'énergie», a prévenu M. Bouterfa. Ajoutant que «si on arrive à un accord, c'est très bien. Si on arrive à des éléments d'accord, c'est très bien aussi. Et si un consensus se dégage, rien n'interdit qu'elle se transforme, séance tenante, en réunion extraordinaire pour qu'une décision soit actée», a ajouté le ministre de l'Energie. L'Algérie a fait le nécessaire pour sensibiliser et les consommateurs et les producteurs. Elle s'échinait depuis six mois à réunir un maximum de conditions pour arriver à ce consensus. Nourredine Bouterfa a effectué un périple mondial qui l'a mené en Russie où il a rencontré son homologue russe Alexandre Novak. Il s'est rendu en Iran, au début du mois puis au Qatar, et il a rencontré son homologue saoudien à Paris, avant de multiplier les invitations et les assurances envers les pays membres et non membres de l'Opep. A ces déplacements de Bouterfa à l'étranger, s'ajoutent les visites organisées à Alger, en mars, avec Fausto Herera, le ministre vénézuélien des Finances, en février avec Yukiya Amano, directeur général de l'Aiea, et en janvier avec le président vénézuélien Nicolas Maduro. C'est dire que l'Algérie ne s'est pas prise à la va-vite dans cette rencontre. Parce que le rendez-vous est crucial. La plupart des pays producteurs de pétrole connaissent des soubresauts économiques à cause de la chute des cours du baril de pétrole. Pour y remédier, l'Algérie a jugé nécessaire d'appeler les producteurs membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole-Opep- à la table des discussions.
Ce n'est pas la première fois que l'Opep organise des rencontres pour aborder la question des prix. Ce n'est pas la première fois non plus que l'Opep procède à des réunions d'urgence pour examiner le moyen de relever les prix du baril, mais souvent, ces rencontres butent sur l'intransigeance de l'Arabie saoudite en sa qualité de plus gros producteur. Or, cette fois-ci, la donne a totalement changé. La réunion d'Alger, même informelle, intervient dans un contexte mondial et régional particuliers. Il s'agit d'une rencontre d'après-gaz de schiste qui a basculé la donne mondiale de l'énergie, d'une rencontre d'après-embargo imposé par les Occidentaux contre l'Iran. Ensuite, c'est une réunion qui coïncide avec des guerres engageant des pays producteurs de pétrole. Aussi, les prix du baril de pétrole sont devenus aujourd'hui un enjeu géostratégique majeur. Mais si la réunion d'Alger a débouché sur un succès, avons-nous le droit de succomber encore une fois à cette euphorie? Le pétrole n'étant qu'une ressource de financement transitoire, l'objectif stratégique tant pour les pays de l'Opep que pour l'Algérie, est de réaliser une économie diversifiée qui sadapte aux nouvelles mutations mondiales.

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