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ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

Ainsi parle un ancien ministre

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Ahmed DjebbarAhmed Djebbar

Nageant à contre-courant des visions sublimant les filières dites «prestigieuses» comme la pharmacie, la médecine et l'architecture, l'illustre mathématicien plaide pour le développement de tous les métiers et de toutes les disciplines.

En marge d'une conférence internationale sur la mécanique et l'aéronautique tenue hier à l'hôtel Mazafran à Alger, l'ancien ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique au temps de Boudiaf, Ahmed Djebbar, a indiqué que les pédagogies en vigueur au sein de nos universités sont absolument défaillantes. «Le système universitaire est, d'un point de vue pédagogique, défaillant. Ne faisant pas la jonction, pourtant fort nécessaire, voire indispensable, entre la théorie et la pratique, il condamne l'étudiant à être une simple machine à emmagasiner des informations sans être en mesure de les interroger, de les connecter et d'en faire des synthèses innovantes», a-t-il indiqué en plaidant pour une réforme audacieuse du système universitaire, notamment dans le volet pédagogique. «La formation universitaire doit être mixte:théorique et pratique. Je dis ça, parce que sans ce procédé pédagogique hautement important, l'étudiant ne peut être qu'un abreuvoir qui absorbe les connaissances, mais qui ne les travaille pas, ne les digère pas. L'étudiant se transforme en une sorte de prolongement de la machine. Dans de pareilles conditions, aucune innovation, aucune créativité n'est possible. L'étudiant ou le chercheur a besoin d'imagination, d'une capacité d'observation et d'imagination percutante pour pouvoir innover. Le rôle de l'université est de faire en sorte que l'innovation soit un comportement, une attitude naturelle chez tous les étudiants», a-t-il relevé en soulignant qu'il «est difficile d'enseigner» et qu' «il faut que nous mettions en place des pédagogies qui transforment l'étudiant en acteur dans le processus d'enseignement et de transmission par l'enseignant des connaissances».
Interrogé sur l'idée de former les universitaires au métier d'enseignant, Ahmed Djebbar a trouvé celle-ci intéressante et plaide en sa faveur, pourvu que les pédagogies à mettre en place soient à la hauteur du défi qui s'impose. Pour rappel, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Tahar Hadjar, a déclaré récemment que, dans le cadre de la réforme en cours du système universitaire, «il est prévu de mettre en place une politique de formation des universitaires au métier d'enseignant» car, a-t-il expliqué, «il n'est plus suffisant d'avoir un diplôme de post-graduation ou un doctorat pour bien enseigner puisque l'enseignement requiert des techniques qui lui sont spécifiques».
M.Djebbar a regretté par ailleurs que le fait que plusieurs filières soient dévalorisées au profit de quelques-unes seulement qui sont jugées «prestigieuses. «Que les familles et les individus considèrent que telles ou telles autres disciplines sont prestigieuses et qu'ils poussent leurs enfants à s'y inscrire, c'est légitime et c'est normal. Mais que l'Etat souscrive à cette logique de dévalorisation de certaines filières au profit d'autres est inacceptable. Un pays a besoin de tous les métiers et de toutes les disciplines pour se développer», a-t-il affirmé dans ce sens. «Aujourd'hui, les métiers sont négligés par les responsables politiques et aucune politique sérieuse ne les prend en charge si bien que le pays enregistre un déficit immense en la matière. La formation professionnelle est à présent un domaine isolé, quasi marginal. Et les disciplines dites prestigieuses forment pour les autres pays. Il est inutile de rappeler que 5000 médecins algériens travaillent dans la seule région parisienne en France. C'est un scandale que de tout concentrer sur quelques disciplines dont les résultats profitent aux autres pays. Il faut en finir avec ces politiques de l'autruche. Malheureusement, cette vision est partagée aussi bien au sein de la société qu'au sein du pouvoir politique», a-t-il ajouté, presque désappointé.
A sujet du rapatriement des compétences algériennes établies à l'étranger, lequel sujet a fait l'objet de plusieurs discours politiques de la part des responsables algériens mais qui n'a nullement bénéficié jusque-là de politique plus ou moins volontariste, Ahmed Djebbar s'est fendu et a tranché sans concession la question... «Il n'y a jamais eu de politique de rapatriement des compétences algériennes établies à l'étranger. J'ai préconisé des politiques d'incitation et d'intéressement et non pas d'obligation. Cette démarche consiste à donner les moyens qui attirent les chercheurs librement et non pas sous la crainte à rentrer en Algérie: mettre les moyens matériels qu'il faut et aménager des espaces de liberté en matière d'intervention pour faciliter leur mobilité. Il faut également prendre en considération les disciplines et les spécialités dans lesquelles ils évoluent. En procédant de la sorte, on dépensera moins et on gagnera plus. C'est ce qu'ont fait le Vietnam, la Chine et l'Irak», a-t-il recommandé.

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