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COUP DE MAÎTRE DE LA DIPLOMATIE ALGÉRIENNE AU GOLFE

Comment soulager l'angoisse des rois

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La guerre au Yémen est un vrai bourbier pour les monarchies du GolfeLa guerre au Yémen est un vrai bourbier pour les monarchies du Golfe

L'Algérie s'emploie à faire comprendre aux pays du Golfe que la coopération internationale ne se limite pas au domaine commercial.

Offensive diplomatique? Opération de séduction envers les richissimes monarchies du Golfe? Quelle explication donner au ballet de visites de haut niveau entre l'Algérie et les pays du Golfe depuis deux semaines? Le 15 novembre dernier, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, s'est rendu à Riyadh pour une visite officielle. Une semaine plus tard, c'est le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Ramtane Lamamra, qui entame une tournée dans la région qui l'a menée au Bahreïn, aux Emirats arabes unis et au Qatar. Une fois la torpeur avec l'Arabie saoudite, brisée, le président Bouteflika pousse plus loin l'opération de charme et invite l'émir du Qatar, Cheikh Temim Ben Hamad Al Thani, qui a entamé une visite de fraternité depuis hier à Alger. Pour les observateurs au fait des rouages diplomatiques dans la région, le message de l'Algérie est clair. Elle n'a pas pour ambition de révolutionner les rapports entre les pays du CCG, mais elle s'emploie à faire comprendre autant que faire se peut, aux pays du Golfe que la coopération internationale ne se limite pas au domaine commercial. En sa qualité «d'exportateur de stabilité et de paix» comme le souligne souvent M.Lamamra, l'Algérie peut intervenir pour trouver un compromis à même d'éviter un affront pour ces monarchies du Golfe doublement ébranlées. D'abord, par le conflit syrien qu'elles sponsorisent ensuite par la guerre au Yémen qu'elles mènent dans un grave contexte de crise financière. Engagés dans la guerre au Yémen, sous la férule de l'Arabie saoudite, les pays du Golfe se sont enlisés dans un conflit financièrement trop coûteux en ces temps de crise. Alors qu'ils pensaient plier l'affaire au bout de quelques semaines de bombardements, la guerre entame sa deuxième année et les Houthis donnent du fil à retordre au alliés arabes. Pis encore, les nouveaux maîtres du Yémen ont annoncé hier, avoir unilatéralement formé un gouvernement «de Salut national». L'échec dans cette guerre est le pire affront que pourraient subir les monarchies du Golfe sunnites sachant que les Houthis ne sont que les croupions du puissant Iran devenu fréquentable au plan international. Entretenant de très bonnes relations politiques et diplomatiques avec ce pays, l'Algérie peut jouer un rôle de médiateur efficace à même d'éviter un réel affront historique aux Arabes sunnites face à l'ennemi chiite. Le second conflit qui angoisse les monarchies est l'issue de la guerre en Syrie qui n'arrange pas du tout leurs premiers desseins. A mesure que les forces du régime syrien avancent vers Alep face à des rebelles aux abois, la frayeur gagne les monarchies. La prise de cette ville, principal enjeu du conflit, aura l'effet d'une gifle qui retentira au Golfe. Entretenant de bonnes relations avec le régime de Bachar Al Assad, l'Algérie s'emploie également à convaincre ses partenaires du Golfe de sa volonté sincère de trouver un compromis dans cette crise et à même de protéger les intérêts de ces pays. A l'évidence, l'Algérie attendrait des dividendes directs de ce coup de maître diplomatique. D'abord, au plan énergétique et de la crise pétrolière. C'est un forcing en vue de relever quelque peu les prix du baril, surtout que ces mêmes pays du Golfe souffrent eux aussi de cette chute des prix. Ils ont adopté, et de manière plus rigoureuse que l'Algérie le principe d'austérité. Ils ont supprimé plusieurs subventions, relevé les prix des carburants de 50% et ont été contraints même de s'endetter. Ou alors peut-on attendre également des retombées au plan économique? Par ce repositionnement diplomatique, l'Algérie vise à attirer les investissements de ces pays qui, certes, ont été durement touchés par la crise, mais qui disposent encore d'importantes réserves en devises à investir. A titre d'exemple, le fonds souverain des Emirats arabes unis est l'un des plus importants au monde et estimé à 875 milliards de dollars. Cette cagnotte est présidée par le cheikh Khalifa Ben Zayed Al Nahyane. Ce n'est pas sans raison donc que le vice-président du Conseil des ministres, ministre des Affaires de la Présidence des Emirats arabes unis, Cheikh Mansour Ben Zayed Al Nahyane, a effectué le 22 novembre dernier une visite officielle en Algérie et a été reçu par le président Bouteflika.
Affolé par cette offensive, le Maroc appréhende mal qu'un autre rival vienne brouter dans ce qu'il considère comme sa prairie. «Il existe une solidarité entre les monarchies arabes, il n'y a pas de souci à se faire dans ce sens pour le Maroc», commente Jawad Kerdoudi, président de l'Institut marocain des relations internationales (Imri). Or, le roi marocain lui-même vient d'achever un périple qui l'a mené dans près de dix pays africains. En proie au chômage, au marasme et à la détresse sociale, que peut offrir le Maroc à l'Afrique? De la drogue et sinon des promesses sans lendemain? Son objectif est de retrouver son siège au sein de l'UA qu'il avait volontairement quittée en 1984. Son but est de rallier ces pays à un projet politique qui servira ses desseins expansionnistes. En revanche, l'Algérie a les capacités et les moyens de fournir ces pays en énergie, en projets structurants comme c'est le cas de la transsaharienne, elle a la possibilité de raffermir des liens de paix et de stabilité dans ce continent miné par les conflits et les guerres. Sur ce dernier point, le rôle de l'Algérie dans le règlement des conflits régionaux n'est plus à démontrer, il a été salué par toutes les puissances mondiales.

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