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CE QUE RETIENNENT LES ALGÉRIENS DE PARIS

"C'était l'honneur retrouvé"

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Mao Tsé-Toung et Krim à Pékin levant  un toast en l'honneur de la Révolution algérienneMao Tsé-Toung et Krim à Pékin levant un toast en l'honneur de la Révolution algérienne

«Oui, je me rappelle de cette journée comme si c'était hier. C'était une journée hivernale. Tous les Algériens sont sortis dans les rues crier leur joie, s'embrassaient et s'enlaçaient. Vive l'Indépendance! retentissait partout à Paris. L'émotion nous a engloutis, on avait un sentiment d'euphorie indescriptible. En 1962, tous les restaurants offraient gratuitement des boissons et du manger des jours durant. On était dans une ambiance euphorique», raconte Dda Mohand, rencontré dans un café à la Goutte d'or à Paris. Aux yeux des personnes marquées par la mémoire de la guerre d'Algérie, la date du 19 mars 1962 signifie la fin officielle des hostilités entre l'Armée de Libération nationale et le colonialisme français. C'est la veille de cette date que Krim Belkacem avait signé les accords d'Evian qui avaient donné naissance à l'Etat algérien. Que reste-il de cet événement 55 ans après aussi bien auprès des Algériens que des Français? Dda Mohand est installé en France depuis 1957 et vit toujours entouré par d'anciens militants de la Fédération de France, voire par des Français amis de l'Algérie en guerre à l'instar de Patricia, une enseignante d'histoire qui se rappelle bien de la date du 19 mars 1962 et de la réaction des Algériens à l'annonce de la signature des accords d'Evian. Elle était très proche des militants de la Fédération de France. Pourtant, son frère avait été tué en Kabylie en 1958. «En 1962, j'étais étudiante et je militais aussi avec des camarades pour l'Indépendance de l'Algérie. Mon frère m'avait raconté dans ses lettres les horreurs subies par les Algériens. Par conséquent, l'annonce de l'indépendance de l'Algérie un certain 19 Mars 1962 signifie beaucoup pour moi.» Patricia sirotait son café, tantôt plongée dans la lecture de son journal tantôt revient avec des bribes de souvenirs et se remémore «Ça signifie aussi la fin de L'Empire colonial français», tient-elle à préciser:«Le 19 mars 1962 a mis fin à la douleur des Algériens? mais aussi des Français qui pleuraient leurs enfants envoyés à la guerre sans nom». En 1962, Dda Mohand était déjà étudiant et travaillait également chez son père qui tenait un hôtel à la Goutte d'or, du côté de Barbès. «Notre hôtel était le QG de la Fédération de France, d'ailleurs mon père a été arrêté et emprisonné plusieurs fois. On avait même connu dans notre hôtel des attaques armées orchestrées par des harkis épaulés généralement par la police et des militants radicaux qui tenaient mordicus à l'Algérie française», se souvient encore Dda Mohand. «Je me souviens encore de l'image de la délégation du GPRA à Evian, conduite par Krim Belkacem qui défilait en boucle sur les écrans de la télévision.» C'était, poursuit-il, «l'honneur retrouvé». «On ne parlait plus de Fellagas ou des terroristes à la télévision française en citant le nom de Krim Belkacem! Ils disaient: Krim Belkacem, le chef de la délégation algérienne. C'était pour la première fois que les Français désignent et reconnaissent l'Algérie.» Quittant Barbès à destination de l'université Paris VIII où les étudiants algériens sont nombreux à y poursuivre leur cursus universitaire, sur les lieux, nous avons questionné certains étudiants au sujet de la date du 19 mars 1962. Que signifie-t-elle cette date dans la mémoire algéro-française? Rosa, une Algérienne, étudiante en deuxième année en Sciences du langage répond: «Je ne sais pas ce que signifie le 19 mars 1962 dans la mémoire algéro-française. Je ne suis pas trop histoire et puis ça ne m'intéresse pas», lâche-t-elle froidement. Rosa n'est pas la seule à ignorer le 19 mars 1962 et sa symbolique dans l'histoire algérienne. Son amie aussi, étudiante en Sciences-Po se voit étrangère à cette date, pourtant, il s'agit du jour-lendemain de la signature des accords d'Evian et du cessez-le-feu, à l'origine de l'indépendance de l'Algérie. Une virée à l'Institut d'histoire dans la même université nous renseigne sur la grosse poussière qui couvre la mémoire algéro-française. Les étudiants rencontrés sur place qu'ils soient français ou algériens n'affichent aucun intérêt pour cette date. Ni activités culturelles ni conférences organisées à l'occasion. C'est dire qu'il y a une volonté qui pousse à l'oubli, pourtant elle annonce l'indépendance de l'Algérie.

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