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PRINTEMPS BERBÈRE, 37 ANS APRÈS

De l'interdiction à la Constitution

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Le combat n'a pas cessé pour autantLe combat n'a pas cessé pour autant

Ce n'est qu'après les événements dits du printemps noir de 2001 que tamazight est enfin constitutionnalisé.

Quand les événements pacifiques du printemps berbère ont éclaté en mars 1980, le pouvoir de l'époque interdisait de brandir ou même d'avoir dans son cartable l'une des lettres de l'alphabet amazighe, tifinagh. C'est ce genre de vérité que doit savoir la génération d'aujourd'hui afin de se rendre compte à quel point la reconnaissance de tamazight comme langue nationale et officielle revêt une importance historique et monumentale. Ceux qui ont osé défier la peur durant ces années de fer étaient tout simplement arrêtés, voire torturés, selon de nombreux témoignages d'acteurs morts ou encore vivants. Il a fallu donc un long combat, dont le printemps berbère n'a pas été le début, mais une étape capitale. Mais, malgré la révolte populaire de «tafsut imazighen», la langue amazighe est restée exclue durant presque toute la décennie qui allait suivre. Aucune mesure n'avait été prise afin d'amorcer un début de reconnaissance de la langue amazighe qui est pourtant la langue originelle de tous les Algériens dont une partie a été arabisée par l'islam. Mais dont l'autre partie constituée de Kabyles, Chaouis, Mozabites, Targuis, Chenouis a sauvegardé la langue berbère malgré les siècles et les invasions. Il a fallu attendre les événements d'octobre 1988 pour que tamazight, langue et culture, commence à sortir peu à peu de la clandestinité. La naissance de partis politiques et la réactivation d'autres comme le RCD et le FFS allait amener la question identitaire amazighe au centre des débats politiques dès 1989. Les associations culturelles naissent aussi par dizaines, puis par centaines. Elles activent désormais dans la légalité et axent l'essentiel de leur travail autour de la promotion de la langue et culture amazighes. Mais du côté de l'Etat, il faut encore attendre.
Le premier geste qui sera fait par le pouvoir algérien en faveur de l'amazighité, c'est la création de deux départements de langue et culture amazighes aux universités de Tizi Ouzou et Béjaïa en 1992 après la marche historique du 25 janvier 1992 qu'avait conduit Matoub Lounès aux côtés d'anciennes figures de proue du mouvement culturel berbère. Après quoi, un autre acquis, certes minime, mais très symbolique, est encore concédé par le pouvoir qui demeurait très réticent quand il s'agissait de la langue et culture amazighes à cause entre autres des résistances qu'exprimaient les conservateurs qui avaient encore la peau dure au sein du système politique. Ce petit acquis consistait en à peine cinq minutes d'informations, en tamazight et sans images, au journal télévisé de 13 heures. Puis plus rien. Le combat n'a pas cessé pour autant. Bien au contraire, le Mouvement culturel berbère avec toutes ses tendances, décide d'appeler à une grève du cartable illimitée dès septembre 1994. La grève est suivie partout à Tizi Ouzou et Béjaïa et dans une grande partie de la wilaya de Bouira. Des marches et des grèves des commerçants ponctuent ce débrayage inédit dans l'histoire de l'Algérie, mais aussi dans le monde. C'est la première fois qu'une grève paralyse toute les écoles pendant une période illimitée pour revendiquer la reconnaissance d'une langue. Après plusieurs tractations avec les animateurs du MCB et après moult tentatives de manipulation, le 22 avril 1995, un accord est conclu entre le pouvoir et les représentants d'une aile du MCB, à savoir le MCB-Coordination nationale, proche du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD).
Le point le plus important de l'accord en question, c'est le feu vert de l'Etat d'introduire l'enseignement de la langue amazighe progressivement dans les écoles publiques algériennes pour la première fois dans l'histoire. L'accord a aussi stipulé qu'il sera procédé à la création d'une institution étatique rattachée à la présidence de la République appelée le Haut Commissariat à l'amazighité (HCA). La mission de cette dernière consiste en la promotion de l'amazighité sous toutes ses dimensions. Ajoutez à cela le lancement d'un journal télévisé quotidien en tamazight (avec images celui-là) dans la chaîne de télévision publique. Des acquis différemment appréciée, mais des acquis quand même. Cependant, la revendication cardinale du Mouvement berbère est restée insatisfaite, à savoir la reconnaissance de tamazight comme langue nationale et officielle au même titre que l'arabe.
Ce n'est qu'après les événements dits du printemps noir de 2001 que tamazight est enfin constitutionnalisé, comme langue nationale suite à une décision du président de la République Abdelaziz Bouteflika et après des sacrifices énormes consentis par les meilleurs enfants de l'Algérie comme le moudjahid et président de l'académie berbère Bessaoud Mohand Arab, le grand militant Mohand Haroun, le grand artiste engagé Matoub Lounès, les détenus d'avril 1980 à l'instar du journaliste Achour Belghezli, assassiné en 1996 dans un attentat terroriste perpétré à Tizi Ouzou. Mais le combat pour tamazight ne s'arrêtera pas pour autant.
Car sans le statut de langue officielle, la langue et culture amazighes ne peuvent pas avancer sérieusement. C'est en 2016 et au moment où l'on s'attendait le moins, que le président de la République a annoncé sa décision de conférer le statut de langue officielle à la langue amazighe. Après 36 ans d'un long combat, loin d'être un long fleuve tranquille, la langue amazighe, plusieurs fois millénaires, a enfin recouvré la place qui devait être la sienne depuis toujours dans l'un de ses berceaux naturel l'Algérie.

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