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LES MARCHÉS FRISSONNENT DÉJÀ

Le citoyen entre le rêve d'un mouton et le cauchemar de la rentrée

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«Les gens croient acheter des moutons, mais en fait les moutons c'est nous. On ne se rend pas compte qu'on nous prend pour des moutons.»

L'Aïd approche à grands pas. Le citoyen appréhende cette période de grandes dépenses qui coïncide avec une autre occasion qui n'en comporte pas moins, la rentrée scolaire. Les bonnes nouvelles concernant le mouton de l'Aïd à 20.000 DA ne parviennent pas à dissiper l'angoisse de la rentrée scolaire avec ses dépenses faramineuses. Sur la place publique, les discussions vont déjà bon train entre les différents avis et les opinions des citoyens. Il y a aussi beaucoup d'idées à retenir des discussions sur les voies et les moyens de gérer cette période à «double tranchant».
En fait, la place publique est directement connectée à la mercuriale qui sévira sans nul doute sur les places marchandes. Les marchés bestiaux sont actuellement scrutés avec un regard fugace des pères de familles qui guettent le bon moment afin d'acquérir un mouton pour l'Aïd. Vendredi dernier, au marché de Tala Athmane, place privilégiée pour la vente et l'achat de moutons, les prix étaient comme l'année dernière. «C'est kif-kif. Les mêmes prix que l'an dernier. Un mouton à 20.000 DA, je n'en ai pas trouvé», ironise un citoyen qui venait de sortir du marché. Un autre citoyen a carrément affirmé ne pas acheter de mouton. «Pour l'Aïd, on n'a pas le devoir d'acheter un mouton. L'islam ne nous oblige pas à en acheter un si on n'a pas les moyens. Alors cessons de nous prendre pour des riches alors qu'on est tous des pauvres», dit-il. Pour beaucoup, les dépenses de l'Aïd, surtout le mouton, ne sont guère obligatoires. «Je déteste cette hypocrisie qui nous habite, on se la joue capable d'acheter un mouton alors que nous ne pouvons pas. On le fait juste pour «le qu'en dira-t-on», explique un autre jeune qui dit préférer dépenser cet argent dans les fournitures scolaires des enfants. «Il faut être incroyablement irrationnel pour dépenser 40 000 dinars dans l'achat d'un mouton et laisser ses enfants faire une rentrée scolaire dénués de moyens» ajoute-t-il. Pour beaucoup, l'achat d'un mouton est moins prioritaire que l'achat des fournitures scolaires. «Vous savez, les gens croient acheter des moutons, mais en fait les moutons c'est nous. On ne se rend pas compte qu'on nous prend pour des moutons. Qui peut aujourd'hui acheter un mouton à 40 000 dinars et dépenser la même somme pour la rentrée des enfants? Si on veut être de bons musulmans, respectons ces préceptes en commençant pas bannir l'hypocrisie. C'est de l'hypocrisie tout ça. On sait tous qu'on n'a pas ces sommes. Pourquoi alors se torturer pour le paraître?», affirme un autre jeune. Par ailleurs, si les marchés de bétail ne sont pas encore frissonnants, ce n'est pas la même ambiance dans les magasins d'habillement. Ces espaces se remplissent de plus en plus. Les gens sont à la recherche de bonnes affaires. Qui pour acheter les vêtements de l'Aïd, qui pour la rentrée.
A Draâ Ben Khedda, les deux marchés de vêtements sont connus pour les bons prix qui y sont pratiqués. Les familles sont nombreuses à venir des quatre coins de la wilaya. Nous avons rencontré même des familles qui viennent de Boumerdès, d'Alger, de Bouira et de Béjaïa. «J'essaie de faire d'une pierre deux coups. Je compte acheter pour l'Aïd des vêtements qui serviront à la rentrée de mes enfants», affirme une femme venue de Boumerdès. Enfin, notons qu'avec le temps, les mêmes réflexes commencent à devenir mécaniques chez les citoyens. On résiste à la tentation durant les premières semaines, mais on finit toujours par céder à la dernière minute.
La pression sociale finit toujours par avoir raison des idées les plus rationnelles. On achète le mouton. On jette les peaux dans la rue. On va à l'hôpital pour avoir beaucoup mangé. On ferme les commerces malgré les instructions des directions du commerce. On rend visite à toutes les familles. On mélange tout, le bien et le mal et on recommence chaque année au point où l'on ne sait plus si on marche à l'avant ou en arrière.

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