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MOUTON DE L'AÏD

Les revendeurs ou la spéculation à ciel ouvert

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Chaque année, l'Algérien fait face à la même situation que celle de l'année écouléeChaque année, l'Algérien fait face à la même situation que celle de l'année écoulée

Cette catégorie fait recours à une pratique malsaine consistant à se déplacer à la source où les moutons se vendent à un prix abordable chez les éleveurs., comme c'est le cas pour beaucoup de revendeurs de l'Algérois qui vont à Djelfa, une région steppique connue pour l'élevage de moutons, et aussi à Ouled Djellel, une localité située dans la wilaya de Biskra, en achetant une quantité appréciable d'ovins au prix très incitatif pour les revendre après au prix double, dans les grandes villes.
Le rituel du sacrifice coïncidant avec l'Aïd el Adha fait naître chez les Algériens un sentiment à la fois teinté de religiosité et aussi de certaines pratiques qui font de cette offrande un moyen pour dénaturer le sens sacré, et le verser dans l'approche marchande qui s'avère plus importante et juteuse que la symbolique qui le caractérise. Chaque année, l'Algérien fait face à la même situation que celle de l'année écoulée, c'est le sempiternel «stress» des prix de moutons qui ne cessent de connaître une flambée insoutenable comme à l'accoutumée. Beaucoup de spéculation a entouré le prix du mouton de l'Aïd. D'aucuns se sont lancés dans la surenchère et la facilité pour dire que le mouton de l'Aïd de cette année sera cédé au prix historique de 20 000 DA. Le citoyen lambda a vite exprimé sa joie quant à cette baisse qui va lui permettre de se procurer un mouton qui apportera de la joie dans sa maison et rendra heureux ses chérubins et l'aidera à accomplir ce rituel du sacrifice.
Aucune raison n'a été donnée par rapport à cette «baisse» qui ressemble plus à un effet d'annonce qu'à une réalité qui confirme ce chiffre fantasmagorique en rapport avec le prix du mouton de l'Aïd.

Le mouton coûte plus cher que l'année dernière
Contrairement à ce qui se dit ici et là à propos du prix du mouton et la baisse visible qui caractérise l'Aïd de cette année, le prix est supérieur de 25% par rapport à celui de l'année précédente. Cette réalité est vérifiée dans les écuries et les endroits traditionnels de vente des moutons.
A El Harrach, un lieu réputé pour la vente des moutons depuis des décennies. La visite sur les lieux montre que le mouton de l'Aïd est loin d'être à la portée des couches populaires où le salaire ne dépasse pas les 30.000 DA. Il y a plusieurs variantes de moutons dont les prix différent pour des raisons liées au poids du mouton, à sa race et au coût de son élevage. Dans ce lieu où la vente des moutons se fait quotidiennement, puisque les vendeurs accaparent depuis des années des espaces pour exposer leur marchandise, les prix coupent court avec ce qui a été dit à propos de leur baisse imminente. D'ailleurs, dans ce sens, beaucoup de curieux qui sont venus vérifier les prix étaient déçus de la réalité du marché de l'ovin. Cette déception est appuyée par la réaction des vendeurs qui se prennent pour des éleveurs en précisant que cette flambée est liée aux prix des aliments qui avoisinent les 3500 DA le quintal. Les écuries dont dispose la commune d'El Harrach, prouvent s'il en est que le marché de l'ovin vient de connaître une flambée vertigineuse cette année. Un vendeur disposant d'une cinquantaine de têtes de moutons nous a expliqué que «les prix sont déterminés par le marché et non pas par le ministère du Commerce, l'offre et la demande constituent notre règle dans ce marché», souligne le vendeur. Le prix du mouton moyen oscille entre 45.000 et 47.000 DA; ce coût est loin d'être proche de celui que l'on a annoncé le mois dernier. Les éleveurs d'ovins parlent surtout du poids et dans ce sens, un mouton qui pèse 15 kg ou inférieur à ce poids voit son prix osciller entre 35.000 et 40.000 DA. Le mouton pesant entre 20 et 30 kg figure parmi les moutons moyens. Et les moutons dont le poids dépasse les 35 kg et plus, leur prix oscille entre 65.000 et 70.000 DA. Ce sont des prix qui sont stratifiés par rapport au poids et la qualité de la viande ainsi que son origine. Les gens qui viennent pour prospecter le marché dans la perspective d'acheter un mouton de l'Aïd affichent une déception visible qui se manifeste par des regards montrant un air dubitatif quant à cette cherté qui hypothèque l'éventualité d'acheter un mouton digne de l'Aïd et celui de faire plaisir aux enfants, d'avoir un mouton remplissant les caractéristiques telles que connues chez les familles algériennes qui font du sacrifice un moyen aussi d'ostentation et de jouer au matamore jusqu'à faire de ces moutons une sorte de parade pour insinuer qu'il s'agit d'un vrai bélier. Un acheteur potentiel nous a livré sa réaction sèchement en soulignant que «on est loin des prix de l'année dernière, même si les moutons de l'année précédente étaient considérés chers relativement, le prix est tout de même meilleur que celui d'aujourd'hui, un père de famille modeste ne peut pas se permettre le luxe d'acheter un mouton moyen qui ne peut être cédé à 47.000 DA», fulmine-t-il. Le même son de cloche est exprimé par d'autres gens qui considèrent que cette année est l'année de la cherté qui touche toutes les choses en rapport avec la consommation. Mais les prix des moutons sont vus comme une espèce d'arnaque puisque avant l'approche de cette occasion de l'Aïd la rumeur faisait bon train en ce qui concerne la baisse historique de l'ovin sans pour autant qu'il y ait des explications objectives et concrètes quant à cette «bonne nouvelle» qui s'avère être un véritable canular. A Boudouaou, une région de la banlieue d'Alger, les prix de l'ovin maintiennent la tendance qui se précise à El Harrach. Le marché traditionnel des moutons affiche une réalité similaire sauf que la quantité là-bas n'est pas aussi massive ce qui fait que les éleveurs et non pas les revendeurs comme ailleurs, se réfèrent au coût sur fond d'un processus en rapport avec le prix de l'aliment et les autres frais connexes que beaucoup de gens ignorent comme la police d'assurance des bêtes et les frais liés au contrôle vétérinaire. Ces frais constituent la valeur réelle d'un mouton mis sur le marché. Un éleveur dans ce marché réplique par rapport aux prix actuels du mouton, il explique que «beaucoup de gens se trompent quand ils accusent directement l'éleveur, ces gens oublient que l'aliment n'est pas subventionné, et son prix a augmenté doublement, sans oublier la mortalité des agneaux qu'il faut rentabiliser en révisant les prix des autres pour que nous puissions retrouver notre marge bénéficiaire escomptée», souligne-t-il.

Le bovin pour échapper à la cherté du prix de l'ovin
Cette réalité des prix concernant les moutons fait pousser les gens à s'entendre pour constituer un groupe de 6 pour se procurer une génisse que l'on appelle «messoukia» dans le marché de Boudouaou, pour accomplir le sacrifice. Cette pratique qui connaît une propagation de plus en plus visible est devenue une solution pour beaucoup de gens qui ne peuvent plus se permettre le luxe d'acheter un mouton digne de ce nom. Le bovin est une sorte d'issue pour beaucoup de familles. Pour un taurillon moyen qui pèse jusqu'à 350 kg son prix oscille entre 150 et 180 000 dinars, c'est une aubaine pour un collectif constitué de 6 personnes. Le coût est deux fois moins qu'un bélier estimé à 70.000 DA, c'est une façon de faire face à cette cherté des prix du mouton. Nombreux sont ceux qui s'organisent dans les cités ou au sein d'une même famille pour faire le sacrifice ensemble en optant pour l'achat d'une «messoukia» à un prix très abordable et qui ne revient pas cher au collectif quant à l'argent déboursé. Ce phénomène prend de l'ampleur, et cela est intimement lié à la flambée des prix du mouton surtout quand la fête de l'Aïd rapproche, c'est la période la plus juteuse pour une catégorie de spéculateurs de tous bords qui en profite pour se transformer en vendeurs de moutons. Cette catégorie fait recours à une pratique malsaine consistant à se déplacer à la source où les moutons se vendent à un prix abordable chez les éleveurs comme c'est le cas pour beaucoup de revendeurs de l'Algérois qui vont à Djelfa, une région steppique connue pour l'élevage de moutons et aussi à Ouled Djellal une localité située dans la wilaya de Biskra, en achetant une quantité appréciable d'ovins au prix très incitatif qu'il revend au prix double. Dans les grandes villes, cette pratique est devenue légion à l'approche de l'Aïd. Ces revendeurs imposent leur diktat, ne lésinent pas à spéculer sur les prix des moutons, mais toute l'affaire qui est en rapport avec la flambée de ces prix reste liée au comportement des éleveurs à l'origine, étant donné que ces derniers privilégient la solution de facile et lucrative en même temps, celle de vendre une grande quantité en augmentant relativement les prix et céder l'ensemble des ovins à ces revendeurs qui trouvent en cette occasion de l'Aïd une véritable aubaine pour eux via l'augmentation vertigineuse des prix des moutons sachant pertinemment que la quasi-totalité des moutons est entre leurs mains. En d'autres termes, la spéculation sera de mise et le marché où se déroule la vente des moutons sera régenté par ces mêmes revendeurs disposant d'un moyen technologique, savoir le téléphone portable qui leur permet de maintenir les prix en l'état sans se soucier d'autres facteurs exogènes en mesure de les dissuader quant à la pratique spéculative à laquelle ils ont recours. La meilleure façon possible pour lutter contre ces revendeurs, champions en spéculation, c'est de leur enlever l'espace de vente anarchique et les contrôler. Cette procédure de contrôle pourrait les débusquer et les mettre en porte-à-faux par rapport à la loi et au monde de l'élevage et la vente légale de l'ovin.

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