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L'ÉCOLE FABRIQUE-T-ELLE DES CHÔMEURS?

Pas de diplôme pas d'avenir

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sur le 1,5 million de chômeurs plus de 71 000 personnes n'ont aucun diplômesur le 1,5 million de chômeurs plus de 71 000 personnes n'ont aucun diplôme

C'est à l'école que se forgent les vocations, mais le système scolaire algérien prépare souvent à l'échec et peu à l'épanouissement.

Au regard des derniers chiffres du chômage, le lien entre le niveau d'instruction et la chance de trouver un emploi saute aux yeux. Ainsi, sur le 1,5 million de chômeurs plus de 71.000 personnes n'ont aucun diplôme contre 24% des sortants de la formation professionnelle et 23% de ceux qui ont fréquenté l'université. Et même si le système éducatif algérien arrive à alphabétiser vraisemblablement tous les citoyens, il rejette dans la nature de nombreux recalés.
Ce constat peut être également établi pour la formation professionnelle qui, en dépit d'un important réseau de centres et d'instituts, ne garantit pas l'accès au travail puisqu'un quart des sans-emploi est issu de ses rangs.
Paradoxalement, cette réalité est en contradiction avec la dynamique qu'avait connue le pays ces dernières années. Dans certains secteurs, en effet, le manque de main-d'oeuvre s'était fait cruellement sentir sans que le manque fut satisfait. Dans le bâtiment, il a fallu faire appel à des renforts venus de Chine, de Turquie et récemment d'Afrique subsaharienne pour combler le déficit local.
Dans l'agriculture qui est pourtant un secteur majeur et stratégique de l'économie, ils ne sont pas nombreux les candidats qui postulent pour trouver une occupation.
Ces deux filières sont certes pénibles, déconsidérées, et comptent parmi celles qui attirent le moins les jeunes prétendants à la vie active. Toutefois et de manière générale, il est difficile de trouver le bon artisan, le bon technicien, le bon professionnel dans divers domaines. Ces métiers qui sont très demandés et valorisés ailleurs sont synonymes de déclassement chez nous.
Les jeunes garçons sont plus attirés par des carrières où ils ne se salissent pas les mains et ne transpirent pas beaucoup tout en jouissant d'un peu d'autorité. Ainsi, l'un des choix préférés demeure celui d'agent de sécurité ou chauffeur au détriment de plombier, menuisier, mécanicien, électricien, peintre en bâtiment et d'autres professions dont les particuliers et les entreprises ont pourtant besoin.
Les options offertes aux filières manuelles sont limitées par des considérations socioculturelles qui les confinent d'ordinaire à la confection, au travail de bureau ou depuis peu au travail à la chaîne.
En tout état de cause, le labeur régulier, constant, est perçu comme une charge provisoire en attendant mieux. L'argent facile et l'aisance matérielle acquise rapidement si possible, a totalement bouleversé le rapport à la profession.
Le travail est une culture et de nos jours cette valeur est très peu enseignée. Loin sommes-nous actuellement de réciter par coeur le poème de Jean de La Fontaine où un laboureur sentant sa mort prochaine donnait ce conseil à ses enfants: «Travaillez, prenez de la peine / C'est le fonds qui manque le moins.»
Les programmes scolaires dans leur partie idéologique développent plutôt une vision assez passéiste où l'indiscutable métaphysique laisse peu de marge à l'esprit d'entreprise, à l'initiative; encore moins à la critique et au raisonnement.
En recoupant les informations parues dans la presse, dans des études et en prenant en compte des avis compétents une conclusion s'impose.
L'Education nationale est devenue un champ de bataille où les calculs antagonistes s'entrechoquent autour d'objectifs immédiats et différés, loin, très loin, de la mission noble de former les générations de demain.
Dès sa tendre enfance, l'élève est encadré par des discours qui briment sa créativité, sollicitent son obéissance et l'enferment dans une logique bicolore où le noir se querelle avec le blanc. C'est pourquoi, abreuvé de manichéisme et d'argumentation binaire, certains collégiens, une fois adolescents, prennent inconsciemment une revanche violente contre l'ordre établi. Ces têtes brûlées s'attaquent ainsi à l'institution, aux enseignants, donc à l'autorité mais aussi aux camarades plus faibles qu'eux. D'autres prennent les chemins sinueux de l'autodestruction psychologique en recourant parfois aux psychotropes.
Une troisième catégorie continuera sa soumission au diktat des zélotes pensant que la vie d'ici-bas ne mérite pas d'être vécue et qu'il faudra attendre le paradis pour sortir de cet enfer. Comment dans ce cas motiver les jeunes pousses à devenir de solides bambous?
Bien évidemment, le tableau n'est pas noir dans sa totalité. Il existe encore des maîtres et des cadres conscients du devoir envers l'avenir pourvus de volonté et possédant la pédagogie nécessaire pour susciter les vocations et encourager les talents. Des parents vigilants suivent aussi à la loupe l'évolution de leurs petits et ne lésinent pas sur les moyens pour préparer leur réussite.
Sans cela, les chiffres du chômage, de la délinquance, de la régression professionnelle et de la médiocrité en général ne cesseront de grimper.

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