POLÉMIQUE SUR LA «AL BASMALA»

Quand les "ouléma" s'égarent

L'école est toujours l'otage des conservateurs
L'école est toujours l'otage des conservateurs

Ce mouvement historique actif dans la vie politique et religieuse qui s'est autoproclamé gardien de l'école, a fait de cette histoire une cause nationale. Comme si c'était le seul problème qui entrave la société en général et l'école en particulier...

Les «ouléma» se reconvertissent en...polémistes! Encore une fois, ils viennent miner la rentrée scolaire par des polémiques stériles. Après avoir accusé, l'année dernière, la ministre de l'Education nationale de vouloir occidentaliser l'école, les voilà qui reviennent à la charge avec cette fois la fastidieuse histoire d'«al basmala». Pour ceux qui n'ont pas encore compris cette «dramatique» histoire, il s'agit de la formule religieuse «Bismillah Arrahman Arrahim» qui a été supprimée des premières pages d'ouverture de certains livres du cycle primaire. Un acte «criminel» pour ce mouvement historique actif dans la vie politique et religieuse qui s'est autoproclamé, ces dernières années, gardien de l'école. Ainsi, le président de l'association, Abderezzak Gessoum a d'abord rendu public un communiqué et partagé sur Facebook, dans lequel l'Association des ouléma musulmans accuse Nouria Benghabrit de «nuire à l'identité» algérienne et «de porter atteinte a l'intégrité spirituelle de nos enfants» en supprimant la «basmala» des manuels scolaires, toutes matières comprises, du cycle primaire. Avec la même virulence, Abderezzak Gessoum a renouvelé sa diatribe sur des chaînes de télévision privée en accusant également la ministre de l'Education de vouloir «éduquer nos enfants sur la base de constantes laïques non religieuses». Le président du Haut Conseil islamique (HCI), Bouabdellah Ghlamallah, a tenté de calmer le jeu. «À mon avis, cette formule religieuse fait office d'en-tête, à l'instar de la phrase «République algérienne démocratique et populaire». Sa mention sur un livre de physique ou de mathématiques ne signifie aucunement qu'il s'agit de manuels religieux, mais sa suppression n'a aussi aucune incidence sur le coût d'impression du livre», a-t-il expliqué lundi dernier en marge de l'installation des membres du HCI désignés par décret présidentiel. «Nous proposerons à la ministre de l'inclure à nouveau dans les prochaines éditions du manuel scolaire, pour mentionner que l'État algérien est musulman», a-t-il toutefois, ajouté. Cela n'a pas calmé les ardeurs de ces «ouléma» attachés à leur vieux fantasme de «ouma arabiya islamiya». Ils sont revenus à la charge en faisant de cette histoire, qui n'apportera rien de plus au système éducatif, une cause nationale. Comme si c'était le seul problème qui entrave l'école algérienne et l'épanouissement des jeunes. Pourquoi ne proposent-ils pas un vrai débat sur la réforme de l'école? Sont-ils à ce point à court d'idées? N'ont-ils pas un vrai projet en se contentant d'attaquer tout ce que propose cette ministre? C'est malheureux que le débat sur la grande réforme du système éducatif soit concentré autour de la «basmala». Comme dit un proverbe chinois: «Quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt.» Animateur d'émissions religieuses sur la Chaîne 3 et sur TV Coran, et pourtant membre de l'Association des ouléma musulmans algériens et membre fondateur de la Ligue des ouléma, imams et prêcheurs des pays du Sahel, Kamel Chekkak assure lui, que l'urgence se situe surtout du côté de l'enseignement scolaire en général, et de l'enseignement religieux en particulier. «Actuellement, ce que je lis dans les manuels de mes enfants ne correspond pas à ce que je souhaiterai leur enseigner: il s'agit plus d'un formatage, d'un bourrage de crâne que d'aider des individus à se construire», déplore-t-il avec sagesse. Ce qui n'est pas le cas des membres de son association, adeptes d'une école rétrograde qui permettra à leur «commerce» de fleurir pour encore des générations. Car, en fait le problème n'est pas dans la «basmala» mais dans Nouria Benghabrit elle-même. La preuve, quelques minutes à peine après sa nomination, elle avait été la cible de campagnes de dénigrement qui se poursuivent jusqu'à maintenant. Cette ministre dérange! D'abord, parce que c'est une femme qui est venue révolutionner un secteur de l'éducation en déperdition. Elle n'est pas venue pour faire de la figuration, mais changer les choses avec un plan d'action clair, dicté par le président Bouteflika. Une méthode qui fait donc peur aux vieux rentiers de l'Education nationale. En s'acharnant contre une ministre de l'Education, au début de l'année scolaire, ce qui risque de perturber la scolarité de millions d'enfants algériens, ils laissent simplement tomber leurs masques et dévoilent leurs vrais visages: des antirépublicains qui ne cherchent qu'à défendre leurs intérêts au nom de l'islam. Sinon, comment expliquer leur silence quand il s'agit des enfants palestiniens qui se font massacrer, des musulmans de Birmanie persécutés, des Yéménites qui sont bombardés...? Où étaient-ils quand le pays avait besoin d'eux pour prôner la Réconciliation nationale et ses vertus...? Mais pour une formule qui ne figure pas forcément dans tous les livres scolaires, ils sont là, même si cela risque de perturber la stabilité du pays, du fait que les citoyens sont déjà à cran avec ce que subissent les musulmans de Birmanie. Une chose est sûre en tout cas, Benghabrit qui a jusque-là «résisté» au chantage de ces fanatiques n'abdiquera pas, car elle défend un idéal républicain pour lequel des millions d'Algériens se sont sacrifiés. Cette «vendetta» menée contre elle, est un signe qui ne trompe pas: madame la ministre est sur la bonne voie...