Accueil |Nationale |

SOUFIANE ZEGGANE, DOCTEUR, À L'EXPRESSION

"C'est le mal du monde moderne"

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font

L'Expression: Vous êtes la personne la plus indiquée pour nous éclairer sur l'étendue du stress dans notre société. Eclairez-nous justement sur ce point.
Docteur Soufiane Zeggane:
A ce propos notre société a subi de multiples mutations sociologiques et culturelles. L'occidentalisation du mode de vie en est pour beaucoup. On est passé de la grande famille à la famille nucléaire constituée de jeunes couples. L'homme et la femme travaillent pour le gagne-pain. La garde des enfants est confiée à la nourrice. Il y a la perturbation du foyer. Les jeunes couples touchés par cette mutation se trouvent stressés par les charges quotidiennes faites de tâches ménagères et professionnelles. De plus, beaucoup de facteurs sociaux s'y trouvent incriminés; travail, foyer, projet d'acquisition d'un logement, problèmes financiers, recherche effrénée d'un confort de vie, hiérarchies au travail. La compétition sociale dans la vie quotidienne, chaînes devant tous les guichets et salles d'attente archicombles, encombrements et embouteillages matin et soir, accession à une promotion, etc. Il convient de rappeler que l'étymologie du stress est étrangère en latin qui signifie simplement pression. Hans Seyle est le pionnier de l'étude du stress qui en décrit trois phases; lutte, adaptation et épuisement. Hans Seyle, scientifique austro-hongrois, a décrit trois phases; alarme, résistance, et épuisement. En plus clair on résiste mais si le stress persiste, les mécanismes de défense vont finir par flancher et bonjour les complications psychiques et somatiques que je développerai plus loin.

Quels sont les facteurs qui ont engendré cette situation?
Concernant les facteurs, on en a plusieurs. Je citerai: la constitution psychologique de la personne, les capacités de coping (mécanismes de gestion du stress), facteurs existentiels a travers l'idéal ou de soi ce que l'on veut faire de sa vie, ses idéaux personnels. L'environnement familial est très important durant le processus de maturation psychologique où s'acquièrent complexes ou réassurances ou confiance en soi. A l'âge adulte ce sont les facteurs socioprofessionnels qui en sont déterminants, à savoir l'accès au travail, un foyer, l'accentuation des responsabilités, les moyens financiers et les relations au travail.

Quelle est la part de responsabilité de nos façons de vivre et de penser dans tout cela?
J'ai bien précisé que le mode de vie a changé. On assiste à une période charnière entre le mode traditionnel patriarcal et le mode moderne en mode «débrouille-toi». Un modèle occidental nouveau. Toute nouveauté dans la vie de l'être humain est pourvoyeuse de stress. A signaler que les frustrations sociales, répression de ses idéaux existentiels et le non-accomplissement de l'idéal de soi sont autant de facteurs de stress et de mal-être.

Quelles sont les maladies qui en résultent?
Le stress est connu pour être le mal du monde moderne. Les complications s'installent âpres que les mécanismes d'adaptation se trouvent dépassés. On enregistre plusieurs maladies qu'on va scinder en psychiques et somatiques. Les maladies psychiques sont variables, de gravite différente. On en cite les phobies ou peurs sans facteur objectif de peur. Le syndrome d'épuisement professionnel ou burn-out lié au stress en milieu professionnel. La pire des conséquences est la dépression menant au suicide qui est la hantise et l'aboutissement tragique. Aussi, le trouble panique qui est défini par la répétition de crises d'angoisse. Et bien d'autres. Pour les complications somatiques, elles ne sont pas de moindre gravité: l'ulcère gastroduodénal, les cancers, l'eczéma, le psoriasis, l'asthme bronchique, l'infarctus du myocarde, l'hypertension artérielle, l'obésité et le diabète. Il convient de rappeler que le stress déclenche une escalade d'adrénaline et de cortisol. Pour le dernier, il provoque une immunodépression qui livre le corps à toutes sortes de maladies. L'arrêt cardiaque en est la conséquence la plus foudroyante et la plus fatale.

Comment reconnaît-on une personne stressée?
Une personne stressée est facile à reconnaître. Irritable, ne tolérant plus l'attente, toujours pressée. Elle n'a pas de temps pour n'importe quelle tâche puisque elle est chargée, très occupée et préoccupée. Troubles de l'appétit et du sommeil. Elle recourt aux substances toxiques, voire aux addictions qui compliquent son cas. La plainte provient soit de la personne ou de son entourage familial, amical ou professionnel. Cela est apparent, une évidence. Pis enore, une souffrance à la fois individuelle et collective.

Y a-t-il un lien entre le stress et la violence qui mine notre société actuelle?
En effet, le stress est générateur de troubles du caractère. Une personne stressée devient irritable, susceptible, voire impulsive. Tout ça conduit à la perte de contrôle des mots et des agissements. C'est source de violence. Les facteurs cités plus haut conjugués à la prise de substances psycho-actives ouvrent les portes des violences individuelles, voire collectives.

Enfin, quels sont les moyens de soigner cela.
Les moyens pour y faire face sont multiples. Dans le registre de la prévention, il faut avoir des objectifs raisonnables et réalisables, tenant compte du contexte et de la durée. Pratiquer une activité physique (sport, marche, natation) avoir une bonne hygiène de vie. S'épancher et partager ses peines et inquiétudes trouve toute son importance. Pratiquer la méditation, le yoga, les activités ludiques et distrayantes est salvateur. Si les complications somatiques ou psychiques évoquées ci-dessus surviennent, il faut consulter les professionnels de la santé concernés qui sont mieux placés pour poser le bon diagnostic et par conséquent la prise en charge la plus indiquée.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha