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AIR ALGÉRIE SOMMÉE DE PAYER 83 MILLIONS D'EUROS À UNE SOCIÉTÉ CANADIENNE

Une ardoise trop salée

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Air Algérie avait conclu en 2007 un contrat d'un montant de 83 millions d'euros avec la société canadienne SMI International qui l'a accusée, en avril 2013Air Algérie avait conclu en 2007 un contrat d'un montant de 83 millions d'euros avec la société canadienne SMI International qui l'a accusée, en avril 2013

Les nombreuses lacunes et insuffisances du plan prétendument «élaboré» par le bureau d'études libanais Khatib et Allami, maître d'oeuvre chargé du suivi des travaux, sont là qui s'ajoutent aux malfaçons et aux modifications sonnantes et trébuchantes du projet par l'entreprise SMI.

Les déboires du pavillon national aérien sont loin d'être terminés. Après le feuilleton de l'appareil bloqué à l'aéroport de Bruxelles, en 2015, voilà que la compagnie aérienne publique est appelée à verser 150 milliards de centimes au groupe canadien spécialisé dans les travaux publics, SMI International, faute de quoi ses avions seront bloqués au Canada. Rapporté par El-Khabar, ce verdict a été effectivement rendu par la chambre de commerce du tribunal international d'arbitrage basée en Suisse, que le groupe canadien avait saisie, suite au contentieux relatif au projet de réalisation, dans le quartier d'affaires de Bab Ezzouar, d'un «nouveau siège» d'Air Algérie plus conforme à son envergure internationale. La société dispose d'à peine cinq jours pour verser la somme réclamée, le délai limite étant fixé à jeudi prochain, sachant que le verdict remonte au 31 août dernier et la signification effectuée quelques jours plus tard. Parmi les conséquences prévisibles de cette sentence, il y a le risque d'une saisie éventuelle des avions de la compagnie atterrissant sur le sol canadien ainsi que la menace pendante des pénalités de retard de l'ordre de 5,22% par an en cas de retard dans le versement des dédommagements octroyés par la chambre de commerce suisse.
Air Algérie avait conclu en 2007 un contrat d'un montant de 83 millions d'euros avec la société canadienne SMI International qui l'a accusée, en avril 2013, de ne pas en avoir respecté les clauses. Il se trouve que le P-DG de la société nationale, signataire du contrat, avait été remplacé entre-temps et que son successeur avait stoppé aussitôt la construction du nouveau siège dont le plan confié au bureau d'études libanais «Khatib et Allami» était l'exacte copie de celui d'un hôtel cinq étoiles construit à Dubaï. Qui plus est, deux ans de retard ont marqué le démarrage des travaux, pendant lesquels le site était pratiquement à l'abandon, de sorte que l'érosion du sol a fait son oeuvre. Devenu inévitable, le conflit a vu ensuite Air Algérie refuser de payer les travaux soi-disant «supplémentaires» que le groupe canadien prétendait avoir mené. Le dossier de ce contrat révèle d'autres tares, tout aussi effarantes, un plan plus que suspicieux, un permis de construire caduc, un système de désenfumage inexistant, des modifications impromptues répétées du plan... On peut comprendre que Air Algérie pèche par certaines lacunes en matière de management alors même qu'elle dispose, depuis des décennies, d'un personnel naviguant (pilotes et copilotes) de haute voltige. Si la direction des opérations est restée, bon an mal an, aux mains de cadres compétents, celle de la maintenance a connu, durant cette même période, de fortes turbulences qui ont abouti à «l'incident» de l'avion bloqué à Bruxelles. Mais une chose est certaine, des appétits féroces ont sans cesse lorgné la compagnie nationale, dont ils rêvent la privatisation coûte que coûte et cherchent, du même coup, à la saper par le dénigrement, voire le sabotage. Le scandale du siège de Bab Ezzouar s'inscrit dans cette gestion trouble qui affectait la compagnie. Mais il affecte aussi le pays, à un moment où la crise induite par la chute des prix du pétrole contraint l'Etat à des mesures budgétaires draconiennes. La société canadienne a beau jeu aujourd'hui de réclamer à l'Algérie le versement immédiat d'un peu plus de 90 millions d'euros car la genèse de l'affaire reste caractérisée par de multiples manquements aux règles habituelles de signature de ce type de contrats. Les nombreuses lacunes et insuffisances du plan prétendument élaboré par le bureau d'études Khatib et Allami, maître d'oeuvre chargé du suivi des travaux, sont là qui s'ajoutent aux malfaçons et aux modifications sonnantes et trébuchantes du projet par l'entreprise SMI. Le projet du nouveau siège, longtemps à l'agonie, fait désormais partie des légendes urbaines et l'ultime constat qui s'impose, à ce stade du conflit, consiste dans la certitude qu'un mauvais arrangement aurait été préférable à un tel «bon» procès. Et pour cause! Air Algérie n'a maintenant ni son nouveau siège ni la possibilité de conclure un nouveau contrat avec une autre entreprise de réalisation ni une solution palliative quelconque. Le projet s'est enfoncé irrémédiablement dans un stade de pourrissement qui fait fuir les candidats éventuels à sa réalisation. Sans compter que si volonté de relance il y aurait, le coût en serait indubitablement faramineux.

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