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PSYCHIATRES ET SPÉCIALISTES LE CONFIRMENT DÉSORMAIS

Le stress est le socle de la violence sociale

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La femme, principale victime du stressLa femme, principale victime du stress

59% des morts subites sont causées par le stress. Ce chiffre n'inclut pas les décès relatifs aux maladies causées par ce mal du siècle. Et elles sont nombreuses.

Le stress est derrière des maladies cardio-vasculaires, des cancers et des ulcères de stress, des maladies de la peau ou encore des maladies auto-immunes. Le stress est derrière beaucoup de maladies psychiques trop nombreuses. Le stress est-il une affaire de santé publique? Le stress fait des ravages dans notre société. On parle beaucoup des effets sur la santé de l'individu et sur les manifestations symptomatiques individuelles. Mais on parle moins des manifestations sociales du stress comme sur la place publique. Quelles en sont les causes et les conséquences? Quelles sont ces manifestations sociales induites par ce mal et quels en sont les symptômes sur l'entourage? Beaucoup de questions se posent et s'imposent.

Contradictions individuelles
Les réponses sont de plus en plus spécialisées et les effets non encore visibles. Comment vit-on dans une société où les gens sont presque tous hyperstressés? Parce que ce mal se propage. Notre société est minée par les contradictions. L'Algérie est classée 10ème au classement des pays tranquilles du point de vue sécuritaire. Pourtant, l'Algérien a peur. L'Algérie est l'un des pays les plus riches, mais l'Algérien part toujours...plus loin et en risquant sa vie en mer. L'Algérien a des réponses à tout, mais ses questions existentielles sont toujours en suspens. De quoi a-t-on peur pour être aussi stressé? Quelques témoignages sélectionnés, car il y en a par millions, rendent compte de ces contradictions. «Que voulez-vous faire dans un bled pareil. Vous voyez ce bâtiment, des gens aisés y habitent dans des F4 et F5 comme ma famille d'ailleurs. Nos salons brillent de propreté, mais la cage d'escalier est sale et pleine d'immondices. Des gens civilisés à l'intérieur qui deviennent des cochons juste à un pas de leur porte. Expliquez-moi ça et je vous donnerai le remède contre le stress», nous répond un jeune que nous avons accosté en ville à Tizi-Ouzou. Un peu plus loin, dans un café, les gens tentaient de nous expliquer leur état de stress et ses causes. «Moi, je vous expliquerai cela mieux que n'importe quel psy. Les gens ne savent pas ce qu'ils veulent, d'où le stress. «Je ne le connais même pas et non seulement il me juge, mais il ose me dicter ma conduite et ma façon de m'habiller. Quelle horreur ce bled!» se plaint une femme qui nous a raconté une aventure avec un inconnu qui a failli la battre en pleine rue à cause de sa tenue vestimentaire. En fait, la majorité des témoignages, c'est-à-dire, la plus grande cause du mal est que chacun veut contrôler son prochain. «Nous, Algériens sommes tous des policiers, des gardiens de la morale. On se rend la vie insupportable les uns les autres. Moi, j'étouffe dans ce cocon. Je veux me casser à tout prix», se révolte un homme à la cinquantaine. «Tenez, imaginez quelqu'un qui considère sa mère comme un ange et sa femme comme un diable. Les deux sont des femmes. Mais imaginez un peu ce qui se passe dans le cerveau d'une personne qui pense comme ça. C'est l'horreur!», ajoute un médecin psychologue qui a requis l'anonymat. Les contradictions agissent négativement sur les individus.

Le stress est-il un mal contagieux?
Sur la place publique, les gens se transmettent le stress, par le verbe, par le geste, voire même par l'apparence et le regard. Pas de mots gentils, des réactions intempestives pour un truc anodin; une mine de loup prêt à dévorer et un regard inquisiteur, accusateur et surtout menaçant. Signe de peur de l'autre; de son agressivité, de sa jalousie, de sa ruse...le stress se transmet de bouche à oreille, d'oeil en oeil.
Le bonhomme veut faire plusieurs choses dans la journée, mais il ne parviendra à faire aucune le soir venu. Il a passé sa journée à attendre devant le guichet de la mairie, de la poste de la... Enervé, il transmet son stress par son comportement. La violence est omniprésente dans la société algérienne. A la maison, dans la rue, dans le bus, dans les stades, dans les écoles, les mots méchants trop dominants font taire les paroles gentilles. Les conséquences physico-biologiques au stress apparaissent selon beaucoup de chercheurs lorsque notre organisme n'arrive plus à faire face à des tensions permanentes et répétitives. Et à propos de tensions permanentes justement, il serait légitime de s'interroger sur les conséquences de la persistance des manifestations sociales du stress. Le comportement d'une personne stressée transmet les effets sur son entourage. Que dire alors de plusieurs, voire cent personnes ou mille ou carrément un million ou quarante millions. Une société stressée. En fait, le stress est-il la cause de cette ambiance générale ou est-ce le résultat? D'autres témoignages sont catégoriques: c'est le mode de vie occidental qui nous a contaminés. Jadis, nos ancêtres ne souffraient pas de stress. «Nos grands parents, acceptaient la vie comme elle était. Ils n'étaient pas comme nous. Ils ne travaillaient pas pour s'enrichir comme nous. Aujourd'hui, les gens ne travaillent plus pour vivre aisément. Ils travaillent pour s'enrichir. Les prix sont un indicateur de cette course folle vers la richesse. Le médecin fixe des prix pour gagner un milliard par jour, le cordonnier exerce des prix pour gagner cent millions la journée. On court, on court et en fin de journée on est fatigué par ce bled que nous avons rendu, les uns aux autres, insupportable durant la journée. «Jadis, les familles étaient solidaires, contrairement à aujourd'hui, plus réduites, elles sont dans une logique concurrentielle et conflictuelle. La course effrénée à être meilleur et le plus riche rend les gens malades», explique un enseignant. Pourtant, en majorité, les gens sont, foncièrement bien élevés et sentimentaux. Dans un bus, c'est tout le monde qui se lève pour laisser place à une femme enceinte ou un vieil homme ou une vieille femme. Une goutte dans un océan. Nous vivons dans l'envers de l'utopie parce qu'il y a plusieurs décennies que l'Algérien a raté le train des gens qui vont vers le pays des rêves...même les plus fous.

Le stress, la déprime généralisée
Le stress n'est vraisemblablement pas une affaire individuelle. Le comportement individuel génère le stress dans la société et cette dernière s'imprègne de ces modes comportementaux pathogènes et les rend à l'individu. C'est du moins ce qui ressort des différents témoignages et à la lecture de l'avis du docteur Zeggane qui confirme que le comportement lié au stress est l'une des raisons qui ont impacté la violence qui mine notre société.
Raison pour laquelle, on peut aisément conclure que ce mal ne doit plus être pris dans sa dimension uniquement individuelle. Cette vision serait réductrice de l'étendue du mal. Le stress est aujourd'hui une question collective qui doit être prise dans sa dimension sociétale et non plus exclusivement individuelle. Cette maladie du siècle, mélangée à son ignorance parmi les populations, rend la vie en commun infernale. Ce qui met les gens dans un cercle vicieux infini car à un certain degré on ne sait plus si le stress est la cause ou c'est l'effet ou bien les deux. Une société stressée et stressante est invivable. D'ailleurs, après cette virée sur la place publique, nous sommes sortis avec les mêmes questions de nos postulats. Ce qui nous a amenés à voir un psychiatre. Nous avons posé les mêmes questions au docteur Zeggane Soufiane qui est psychiatre à l'ESH Fernane-Hanafi de Oued Aïssi. Il a à son actif plusieurs contributions dans la presse algérienne en articles et interviews surtout. Très sollicité sur les thèmes relatifs à son domaine, son avis est très écouté parmi les milieux scientifiques et de la recherche.

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