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DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE

Les tares d'une stratégie

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Le regret qui est fréquemment exprimé, c'est le peu de confiance investi dans l'agricultureLe regret qui est fréquemment exprimé, c'est le peu de confiance investi dans l'agriculture

Avec une nature très diversifiée et un territoire plus grand que toute l'Europe occidentale, l'Algérie n'attire pas les visiteurs.

Depuis cinq décennies, l'Algérie exporte exclusivement des hydrocarbures et importe l'essentiel et l'accessoire. Une stratégie qui a fragilisé son économie et étouffé ses secteurs créateurs de richesse. Ce choix politique et économique s'est fait, il faut le dire, au détriment de tous les autres secteurs qui restent soit très peu compétitifs soit mal exploités.
Le regret qui est fréquemment exprimé, c'est le peu de confiance investi dans l'agriculture. Le secteur primaire qui a donné d'excellents résultats ces dernières années n'arrive cependant pas à se hisser au rang d'exportateur faute de vision stratégique. Pourtant, avec le même climat, la même pluviométrie et moins de terres, les pays voisins réussissent à vendre leur récolte dans plusieurs régions du monde. L'Algérie dispose d'environ 9 millions d'hectares qui restent néanmoins tributaires des caprices de la météo. Elle a réussi à irriguer près de 1,5 million d'hectares sauf que son potentiel hydrique est loin de lui permettre de devenir un vaste champ de blé. Les nappes phréatiques du Sahara sont souvent évoquées comme la panacée pour augmenter ses capacités de production, mais une surexploitation de ces eaux fossiles non renouvelables peut s'avérer dangereuse pour les équilibres naturels. D'ailleurs, la principale raison qui a suscité la colère des Algériens du Sud, c'est leur crainte d'une possible pollution de cette ressource vitale. Pour leur part, les plaines du Nord ont subi une forte urbanisation au détriment des espaces agricoles. La taille de la population algérienne a été multipliée par quatre depuis 1962 et, elle qui était à 90% rurale avant l'indépendance, devient aujourd'hui à plus de 65% citadine. D'où le manque de main-d'oeuvre et d'enthousiasme pour le travail de la terre. Résultat: le pays occupe la troisième position mondiale des importateurs de blé et la deuxième en matière de poudre de lait. Une situation qui met gravement en péril sa sécurité alimentaire. Le deuxième domaine générateur de richesse laissé en jachère est celui du tourisme. Avec une nature très diversifiée et un territoire plus grand que toute l'Europe occidentale, l'Algérie n'attire pas les visiteurs à cause d'un mauvais aménagement du territoire, de la faiblesse du nombre de lits offerts, de la médiocrité des prestations et d'une hygiène qui reste à parfaire. La difficulté d'obtenir le visa algérien, les prix prohibitifs des billets d'avion en plus d'une fermeture culturelle, n'encouragent pas les étrangers à découvrir ou à investir dans ce secteur. Par ailleurs, l'industrie peine à devenir la locomotive d'une croissance soutenue. Certes, l'électronique et l'électroménager commencent à pointer du nez et à satisfaire une partie de la demande intérieure, mais leurs velléités à l'exportation demeurent timides. La construction automobile entame quant à elle ses premiers pas par le montage de kits importés puisque le taux d'intégration en usine est encore très faible. D'autre part, le nombre de sous-traitants en pièces détachées est encore insuffisant pour qu'on puisse parler de véritable industrie.
En ce qui concerne les services, la téléphonie mobile a imprimé aux technologies de l'information et de la communication un rythme assez rapide. Cependant, l'accès à Internet souffre de lenteur et d'instabilité en dépit du développement de la fibre optique. Toutefois, le talon d'Achille de l'économie algérienne reste son mode de financement. Le secteur tertiaire est dominé par des banques publiques pusillanimes et frileuses face au risque. Leur fonctionnement obéit à des critères qui prennent apparemment moins en compte la rentabilité que les décisions politiques. Ainsi, en moins de deux ans, elles sont passées d'une imposante surliquidité à la rareté des capitaux.
Elles ont financé à perte les projets Ansej, et accompagné des projets pharaoniques tels que l'autoroute Est-Ouest, le programme du logement, les barrages dont le retour sur investissement n'est pas direct et les retombées lointaines. Ce sont elles aussi qui ont ouvert les vannes aux importateurs qui ont saigné à blanc les ressources financières du pays et étouffé des pans entiers de l'économie nationale. Ces pratiques ont par ailleurs privé de crédits beaucoup d'entrepreneurs algériens en quête de fonds pour lancer ou développer des affaires qui auraient créé des richesses et stimulé d'autres activités. L'Algérie est probablement le seul pays où les entreprises se bâtissent et prospèrent, si elle le peuvent, sur les fonds propres de leurs créateurs. C'est pourquoi les promoteurs craignent la croissance de leurs business au-delà d'une certaine limite de peur de perdre le contrôle sur leur investissement.
De toute façon, l'économie mondiale est en train de changer de paradigme. Cette nouvelle façon de voir et de faire n'a pas encore soufflé sur l'Algérie qui s'obstine à rester un fournisseur de carburant pour faire tourner les usines ailleurs avant d'importer l'accessoire et le nécessaire.

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