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INCAPABLE DE FORMULER UNE OFFRE POLITIQUE DIGNE DE CE NOM

L'opposition brasse du vent

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L'opposition brasse du vent

Les Algériens se retrouvent spectateurs d'une scène sur-politisée, chahutée et qui va dans toutes les directions.

La guéguerre entre Noureddine Boukrouh et Saïd Sadi illustre assez bien l'état de délabrement qui caractérise l'opposition en Algérie. Le premier accusant l'autre d'être un pion du système aussi loin que remonte sa carrière politique, rappelle la petite polémique née entre les deux hommes à l'aube de l'ouverture démocratique. Il faut savoir, en effet que le PRA et le RCD, créés et présidés, respectivement par Nourreddine Boukrouh et Saïd Sadi, s'étaient accrochés sur la paternité d'un programme politique aux premiers balbutiements de la démocratie en Algérie. Ils s'étaient mutuellement accusés par médias interposés, de pratiquer le plagiat. A l'époque déjà, l'opinion nationale s'était interrogée sur l'opportunité d'une dispute, au moment où l'enjeu consistait à changer le système politique en place ou tout au moins à l'obliger à s'émanciper. Le spectacle que s'était donné l'opposition à l'époque, à travers cette querelle stérile, semble se répéter à plus de 27 ans d'intervalle. Les deux leaders politiques, aujourd'hui «personnalités indépendantes» offrent, encore une fois, aux Algériens l'image de deux personnages qui se chamaillent autour d'un passé révolu, ignorant les grands défis qui s'imposent à la nation.
En élargissant le champ de l'image Boukrouh-Sadi, un certain Soufiane Djilali entre dans le champ de vision «médiatique», avec un discours radical et une posture d'opposant, sans concession. Le président de Jil Jadid répond à toutes les sollicitations des médias et «ose» le tabou. Seulement, lorsqu'on lui pose la simple question de savoir les forces politiques de l'opposition que son discours a fédérées, il ne parvient à prononcer aucun nom ni sigle partisan au risque d'être démenti dans l'immédiat. Il avoue n'avoir aucun contact avec Noureddine Boukrouh depuis 1999. Lâché par la Coordination pour les libertés et la transition démocratique (Cltd) et l'Instance de coordination et de suivi de l'opposition (Icso), Soufiane Djillali fait office de «Don Quichotte» de la scène politique nationale. Après plusieurs mois d' «activisme» médiatique, il ne peut prétendre à aucun résultat sur le terrain. Toute la composante de l'opposition, sans exception, regarde ailleurs. Ni le MSP ni le RCD et encore moins le FFS et le PT, n'ont cru bon d'évoquer l'agitation de Soufiane Djilali au sein de leurs instances dirigeantes. Si les partis de l'opposition ne regardent pas dans la direction de Jil Jadid, ce n'est pas pour fixer unanimement un autre objet. En réalité, chacun voit midi à sa porte et personne ne semble pressé de construire l'alternative, que pourtant, tous disent appeler de leurs voeux. Aucune initiative n'est envisagée par quelque état-major que ce soit, à l'exception peut-être du FFS qui tient à son consensus auquel l'ensemble de la scène partisane ne semble accorder la moindre importance. Le projet du plus vieux parti d'opposition, dont l'ambition est de réunir l'ensemble des acteurs politiques autour d'une seule et même plate-forme aurait gagné en crédibilité auprès de l'opinion nationale, si les partis d'opposition y avaient vu une opportunité de réaliser la convergence souhaitée pour proposer une alternative sérieuse au système en place.
A l'approche des élections locales, chaque formation politique de l'opposition joue pour son propre compte. Il se dégage un brouhaha indescriptible où tout le monde critique la démarche du gouvernement, sans que le citoyen ne comprenne un traître mot de ce qui est reproché véritablement au gouvernement. Face à la feuille de route que déploie le Premier ministre, les cris de vierge effarouchée des islamistes, se mêlent aux prévisions apocalyptiques des démocrates, avec le même objectif, celui de polluer le discours du pouvoir, sans apporter aucune alternative sérieuse. De fait, les Algériens se retrouvent spectateurs d'une scène sur-politisée, chahutée et qui va dans toutes les directions. Un état de fait qui ne peut objectivement déboucher que sur une reconduction automatique des élites politiques dirigeantes. En un mot comme en mille, l'opposition n'a pas réussi à fabriquer une offre politique digne de ce nom. Et au lieu de reconnaître sa faiblesse, elle s'éparpille en plusieurs électrons pour dire tout et n'importe quoi. Mais l'objectif des uns et des autres est-ce réellement la formulation d'une alternative au pouvoir ou un petit strapontin dans les institutions élues de la République qui ouvre quelques privilèges et une bonne rente au bout du chemin? Ce serait un profil parfait de ce qu'on pourrait qualifier de professionnel de l'opposition.

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