LE PREMIER MINISTRE FACE À UNE DURE RÉALITÉ ÉCONOMIQUE

Le pragmatisme comme viatique

Le pragmatisme comme viatique

Il a choisi ses armes, financière, économique et politique. Il n'a pas l'intention d'abdiquer, et sa meilleure monture reste la sérénité et la realpolitik.

Toutes les prévisions catastrophiques ne se réaliseront pas durant l'exercice 2018. Telle qu'elle a été conçue, la loi de finances élève un mur protecteur à même d'empêcher les effets de la crise financière d'atteindre les couches sociales les plus vulnérables. Cette mesure, endossée par le Premier ministre, relève du principe de solidarité nationale, mais pas seulement en réalité. Le gouvernement entend sauvegarder la cohérence de toute la société, facteur essentiel de la relance économique du pays. Le principe qui consiste à mettre la ressource humaine au centre de la stratégie gouvernementale trouve sa pertinence et confirme même les leçons tirées du plan d'ajustement structurel imposé par le FMI, dans le milieu des années 90. Ahmed Ouyahia en a été l'exécutant pour le compte de l'Etat. Il sait parfaitement ce que l'Algérie y a laissé comme énergie et illusions. Si le pays a mis beaucoup de temps à se relever, c'est en raison de l'affaiblissement de l'homme, mis en situation de grande pauvreté.
Pour dépasser la crise qui a éclaté en 2014 et contrairement aux appels de certains «experts» le gouvernement a pris la voie inverse, celle de la sauvegarde du pouvoir d'achat des citoyens et la mise en avant de la solidarité nationale. Pendant trois ans, le Fonds de régulation des recettes permettait une politique généreuse en direction de l'ensemble des Algériens. Mais, il convient de constater que l'assèchement de ce même fonds n'a pas conduit le gouvernement à aller dans le sens des «experts», qui préconisent de trancher dans le vif. L'adoption du financement non conventionnel apporte la garantie de la souveraineté nationale et donne au gouvernement l'opportunité de poursuivre sur la voie de la solidarité nationale.
Le Premier ministre, qui a sonné l'alerte quant à la situation critique des finances publiques, assume pleinement la poursuite de la politique sociale de l'Etat. Cette attitude que certains pourraient trouver contradictoire, traduit au contraire, une grande sérénité dans la gestion de la crise. Il y a dans l'attitude de Ahmed Ouyahia beaucoup de realpolitik. Il fait prendre au gouvernement le risque d'une gestion, sur le fil, d'un état de fait économique et financier très complexe, mais sous contrôle, au lieu d'abandonner la société à une descente imminente aux enfers, avec ce que cela suppose comme gestion d'une grave crise sociale, avec son lot de chômage et d'inflation en hausse. En fait, le Premier ministre confirme le pragmatisme qu'on lui reconnaît en misant sur la solution la moins douloureuse pour la société et où le gouvernement garde son pouvoir de décision sur l'économie. Cela, sans oublier le fait de maintenir intactes les ressources d'un peuple, appelé à relever, très bientôt, le défi du développement.
Le Premier ministre qui semble avancer dans son projet avec une sérénité remarquable, malgré le chahut des «experts», est tout de même tenu de transformer plusieurs essais du premier coup. La réforme structurelle des finances, la décentralisation de la décision économique, avec son corollaire, une lutte efficace contre la bureaucratie, le développement de l'économie numérique et le soutien effectif à l'innovation, constituent autant de chantiers qu'il va falloir mener à bien, en un temps très court et avec l'efficacité d'un Exécutif très compétent. On ne peut pas réussir tout cela avec une société préoccupée par un chômage et un coût de la vie galopants. C'est dire que l'équation de Ahmed Ouyahia n'a visiblement pas d'inconnues, à condition, bien entendu, que le plan d'action qui n'en est encore qu' à ses balbutiements, trouve le chemin de sa mise en oeuvre sur le terrain.
Ce serait donc injuste de condamner le gouvernement à l'échec, avant même l'entame de son travail. La loi de finances 2018 est, en ce sens, le premier jalon qui donne déjà des signaux clairs aux partenaires intérieurs et extérieurs de l'Exécutif. Les trois mois qui suivent seront consacrés à des réglages nécessaires, mais aussi au déploiement d'une communication que Ahmed Ouyahia veut manifestement offensive. Les réactions du Premier ministère, publiées sur son site Internet, en rapport avec le gaz de schiste et la loi sur les hydrocarbures, illustrent le style Ouyahia qui ne veut rien laisser au hasard. Il sait que sur ces deux dossiers, comme sur d'autres, il devra batailler pour l'emporter face à ses adversaires politiques. Le ton incisif et direct des communiqués montrent une volonté de ne pas mentir aux Algériens, mais également démolir toutes les fausses rumeurs.
En fait, le Premier ministre a choisi ses armes, financière, économique et politique. Il n'a pas l'intention d'abdiquer et sa meilleure monture reste la sérénité et la realpolitik.