CHANTIER DES 2684 LOGEMENTS DE DRARIA

Les clés du désespoir

le chantier des 2684 logements de Draria, toujours au point mort (Photo archives)
le chantier des 2684 logements de Draria, toujours au point mort (Photo archives)

Que d'espoirs déçus! Que de rêves brisés! Qui assumera la responsabilité de ces morts, de ces malades à vie, de ces citoyens qui ont quitté leur travail et dilapidé leurs «fortunes»?

Drame social sur les hauteurs d'Alger. 10 ans après son lancement, le chantier des 2684 logements de Draria, toujours au point mort, broie ses souscripteurs et collectionne les «martyrs». 14 personnes sont mortes victimes d'accidents cardiovasculaires, une dizaine d'autres de dépressions et des centaines d'hypertendus et de diabétiques. Cette comptabilité du mal, ne prend pas en compte les citoyens devenus des SDF et des endettés pour avoir versé toutes leurs économies dans ces logements et surtout les tentatives de suicide. Terrible situation où l'on n'est plus face à des citoyens se plaignant d'un quelconque retard de livraison, mais d'un douloureux phénomène social auxquels les autorités, les associations de la société civile et même des droits de l'homme doivent se pencher très sérieusement. Ces Algériens doivent-ils subir seuls et esseulés les dégâts collatéraux d'un chantier de logements? Il s'agirait alors de non-assistance à personnes en danger car cette situation nouvelle au sein de la société algérienne risque de se perpétuer et de causer d'immenses dégâts. Que d'espoirs déçus! Que de rêves brisés! Qui assumera la responsabilité de ces morts, de ces malades à vie, de ces citoyens qui ont quitté leur travail et dilapidé leurs «fortunes»? Personne bien sûr. «Pour se dédouaner de ce bourbier, on nous dit au niveau de la wilaya d'Alger et du ministère de l'Habitat que nous avons signé un contrat avec un privé!», s'emporte une citoyenne qui s'est présentée avant-hier à notre rédaction. «Certes, nous avons signé avec un privé, mais dans le cadre d'une formule lancée par l'Etat et qui s'appelle le logement social participatif. Ont-ils le droit de se dérober de cette manière, l'Etat est faible à ce point?», interroge cette dame qui ne cache pas sa déception. « Nous sommes devenus des cas sociaux, nous lançons un SOS aux autorités car nous vivons une situation des plus horribles», s'indigne-t-elle sans suggérer une terrible comparaison. Entre les condamnés à mort en Algérie qui ne verront jamais leur peine exécutée et nous qui ne verront jamais nos logements se réaliser, c'est presque le même drame. L'absurdité de l'attente. Une attente tue à petit feu, qui consume, qui use les nerfs et ronge le corps de l'intérieur. «De grâce, aidez-nous, on a mal! Nous souffrons», entend-on «Il y a de faux rapports, de fausses informations qui sont remis au ministre de l'Habitat» confie, catégorique, un souscripteur. La chantier devait connaître une cadence plus forte depuis le rachat de Batigec-Immobilière par le groupe Condor en mars 2014. C'était la solution palliative pour booster ce projet agonisant. Un engagement a été signé entre le ministère de l'Habitat et Condor pour des livraisons partielles, à savoir 320 logements en septembre 2015 et 512 autres en novembre de la même année. 888 unités devaient être livrées en février 2016 et enfin 964 logements devaient être réceptionnés en mars 2016. Que du vent! La cadence reprenait une semaine, ou deux puis c'est la même rengaine: le chantier replonge dans son hibernation. Il a fallu attendre la fin du mois d'août dernier pour assister à une mascarade de livraison de 374 logements qui sont à ce jour, tenez-vous bien, sans eau, sans gaz et sans électricité et pis encore, ce sont des immeubles de dix étages sans ascenseur. Cela s'appelle «livrer des logements aux citoyens» chez le wali d'Alger! Pour qui prend-on le citoyen algérien? Pourquoi ce déni, pourquoi ce mépris? L'actuel ministre a montré une certaine disponibilité, mais... ira-t-il au bout de ses promesses?Des milliers de familles ont rêvé. Leurs rêves captifs et espoirs brisés. A qui se plaindre sinon à l'Etat, aux lois de la République pour obtenir justice.