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USAGE DE TAMAZIGHTH DANS LA CAMPAGNE ÉLECTORALE

La réalité amère du terrain

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Exception faite du FLN, la majorité des autres listes s'est contentée de leurs appellations ou des formules d'ouverture et slogans.

Reconnue en tant que langue nationale et officielle, la langue amazighe ne trouve, encore une fois, pas sa place dans l'expression générale. La campagne électorale, qui bat son plein à Béjaïa et un peu partout dans les régions du pays, illustre parfaitement ce constat qui confirme à bien des égards le peu d'intérêt accordé à ce moyen de communication. Si dans la majorité des régions du pays, la langue arabe est privilégiée, dans la région de Kabylie, le fief de la revendication identitaire, la langue française passe pour être la canal d'expression le plus utilisé, tamazighth reste le parent pauvre. Sur les affiches, qui font leur apparition sur les tableaux d'affichage, la langue amazighe n'a d'existence que sur la traduction des appellations des formations politiques, les slogans ou les appels au vote. Aucune transcription concernant les programmes et leurs préambules. A Béjaïa, exception faite de la liste du FLN, qui a eu l'idée d'écrire le préambule de ses programmes en tamazight, la majorité des autres listes s'est contentée de leurs appellations ou de la formule d'ouverture respectives. C'est là le premier paradoxe.
Lors des meetings et autres sorties de proximité, qui se multiplient dans une quête de voix pour accéder aux commandes des collectivités locales, tamazight ou encore le parler local n'est de mise qu'en début de réponse à une interrogation. Le reste arrive évidemment en langue française pour ce qui est de la région de Kabylie et en arabe dans le reste du pays.
Faire le tour des états-majors électoraux des villes de la wilaya de Béjaïa est assez illustratif de l'état d'esprit de ceux qui aspirent à la gouvernance locale, notamment en matière d'usage des langues, tel que stipulé par la loi électorale.
Les permanences poussent comme des champignons depuis l'ouverture de la campagne officielle. C'est très simple. Une table, quelques chaises et des portraits de candidats, le tout sous l'oeil vigilant d'un jeune homme ou d'une jeune fille, incapables de commenter les intentions des candidats figurant sur la liste affichée en matière de programme.
Parfois, ils ne savent même pas pour quels partis politiques ils travaillent. Ils se contentent de vous remettre un dépliant, généralement en langue française et où tamazight n'a qu'une petite place. Une cinglante réalité qui n'a de valeur que d'illustrer le décalage de certains partis politiques avec leurs engagements, qui ne datent pas d'aujourd'hui. Ce sont les partis ayant exercé le pouvoir qui font le plus usage de la langue amazighe, tandis que ceux qui en ont fait leur cheval de bataille des années durant ne l'évoquent que rarement. Ayant fait longtemps l'objet de revendications portées par des formations politiques à l'ancrage incontestable dans la région de Kabylie, notamment depuis l'ouverture démocratique en 1988, la langue amazighe, dont la transcription reste encore une problématique, n'a pas eu la place qui lui revient de droit. C'est le FLN et le RND, qui se distinguent par le recours au parler local pour expliquer leurs programmes. Le FLN est parti jusqu'à écrire les textes dans la langue de Massinissa, dans leurs discours, tamazight est la langue la plus utilisée à côté de l'arabe dialectal.
Chez les partis démocratiques, la langue française est devenue une règle immuable. Tamazight ne figure que dans les sigles de ces partis. Une entorse d'abord à la loi qui ne semble ébranler personne, y compris la fameuse Commission de surveillance des élections au niveau local. Pourtant, dans une région berbérophone, les programmes transcrits en berbère seraient plus crédibles. Qu'à cela ne tienne! Rien n'est fait dans ce sens. Il en est de même quant à l'intention de travailler, une fois élus, pour tamazight qui, faut-il le rappeler, est une langue nationale et officielle.
Un statut arraché après de longues luttes parfois dramatiques devrait inciter tous les acteurs politiques à l'utiliser ne serait-ce que par respect aux victimes. Il est donc du ressort des candidats locaux de trouver les moyens à leur portée afin de donner une suite concrète à ce statut.

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