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ABSENTES DES AFFICHES ET DES PERMANENCES ÉLECTORALES

Les candidates fantômes de la campagne

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«La photo n'est pas l'essentiel, mais c'est le combat des militantes qui compte»«La photo n'est pas l'essentiel, mais c'est le combat des militantes qui compte»

Le principal argument «inavoué» de ces partis tient au fait que «trop de femmes dans une campagne, tue la campagne».

Consacrée par la révision constitutionnelle de 2008, la présence des femmes dans les institutions élues de la République est en passe de transformer le paysage partisan national. C'est un fait, en effet, que l'ensemble des formations politiques «s'obligent» à associer des femmes dans leurs stratégies de conquête du pouvoir local et national. La démarche n'est en rien volontaire, à l'exception notable du Parti des travailleurs qui a toujours construit son activisme politique sur la parité homme-femme. Sortie du «bel exemple» du PT, la scène partisane donne l'impression d'être en porte-à-faux avec une tendance lourde au plan international et une aspiration assumée par les plus hautes autorités du pays à accorder à l'Algérienne la place qui est censée lui revenir en politique.
A regarder de plus près, les formations politiques ne sont pas simplement dans «l'obligation», mais carrément dans la «corvée», vis-à-vis de la disposition constitutionnelle, les «invitant» à incorporer 30% de femmes dans leurs listes électorales. L'opinion nationale, quelque peu choquée par les candidates fantômes lors des dernières élections législatives, se surprend à revoir les mêmes comportements à l'occasion du prochain scrutin pour les locales, avec en prime une «contagion» qui a touché la quasi-totalité des partis en compétition.
De fait, le phénomène ne relève pas d'une approche idéologique islamiste, puisque ces derniers ne sont désormais pas les seuls à «flouter» leurs femmes, mais d'une forme de laxisme «généralisé» de la classe politique. Celle-ci ne parvient visiblement pas à convaincre les femmes algériennes de leur engagement en politique, à l'effet de prendre part à l'action publique en temps de paix. Car, il faut savoir que l'apport de la femme a été réclamé et a été décisif en temps de guerre, que ce soit durant le combat pour l'indépendance du pays ou dans la lutte antiterroriste.
Lorsque au sortir de ces deux épreuves, les politiques ne parviennent pas à agir sur la société pour intégrer la femme, c'est qu'il y a certainement quelque chose qui cloche dans le paysage partisan national. En fait, rien qu'à considérer que la femme peut ne pas être identifiée sur une affiche électorale, on devine aisément un côté rétrograde d'une classe politique algérienne, visiblement encore incompatible avec la modernité. Il faut dire que le caractère généralisé de la pratique autorise une généralisation de la critique, adressée aux formations les plus en pointe dans le combat pour l'émancipation de la femme. Des arguments, du genre «la photo n'est pas l'essentiel, mais c'est le combat des militantes qui compte» ne convainc pas grand monde.
En fait, la femme est également absente de l'espace public. On ne voit quasiment pas de candidates dans les rencontres électorales et encore moins dans les permanences des partis. Il n'est même pas besoin d'énumérer les formations politiques qui ne veulent pas s'encombrer de présence féminine dans les locaux de campagne. Il y a comme un consensus, apparemment impossible à briser qui veut que la politique soit une affaire d'hommes et si la Constitution oblige les uns et les autres à associer des femmes, elle ne les contraint pas à se les «coltiner» durant les 21 jours que dure la campagne. Le principal argument «inavoué» de ces partis tient du fait que «trop de femmes dans une campagne, tue la campagne». Une sorte d'accord tacite s'est établi entre une société conservatrice et réfractaire à ce genre de changements et une classe politique qui ne cherche pas l'émancipation du pays, mais simplement exercer le pouvoir. Il faut croire qu'une présence effective de la femme en politique ne viendra pas des partis. Ces derniers, avec leurs «pratiques douteuses» sur cette question précisément, sont un frein à l'évolution du pays. Aussi, il ne faudra certainement pas compter sur la génération actuelle pour voir la disposition constitutionnelle consacrant l'entrée de la femme politique, appliquée dans ce qu'elle a de révolutionnaire. On replâtre et on attend la «révolution».

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