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LES ÉLECTIONS LOCALES VUES PAR LE SOCIOLOGUE NACER DJABI

Le grand miroir de l'Algérie profonde

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«La restriction des prérogatives du P/APC, a poussé les candidats à discourir sur des généralités incompréhensibles, en guise de programme électoral.»

Les élections locales portent des indications politiques différentes de celles des législatives, d'après Nacer Djabi. Ce sociologue a indiqué sur sa page facebook que «les élections municipales rendent visible le phénomène de l'argent sale, dont ses tenants qui adoptent comme règle, le pillage de l'argent public ou son transfert privatif, tentent d'investir les assemblées locales». Ce phénomène est en «forte progression» depuis au moins deux décennies en Algérie. Cela permet, en outre, de déceler à travers ces élections organisées dans les deux dernières décennies, un important indicateur «le changement dans la base sociale de l'État national lui-même à travers ces élections, favorisant les nouveaux riches, au détriment de la classe moyenne et populaire». En outre, il ajoutera que «cette tendance aura un impact sur le rapport entre l'Etat et les citoyens à quelques encablures de l'échéance de 2019».La campagne pour les locales reste toujours «timide» dans ses premiers jours. Les partis en lice, «éprouvent toutes les difficultés» du monde à convaincre les électeurs sur l'importance de ces élections. Le taux de participation reste «un défi majeur de toutes les parties et le système politique officiel», relève-t-on. «Si les élections locales sont monopolisées par les élites locales, en revanche les législatives sont contrôlées par les élites centrales, qui continuent de bouder les mandats locaux», a soutenu Nacer Djabi. «Une sorte de division du travail, adoptée par les élites partisanes, a permis aux personnes au niveau d'instruction primaire de figurer sur les listes de candidature», a-t-il noté. Ces élections reflètent «les spécificités et le niveau culturel locaux». Il cite l'exemple suivant: «des illettrés ont été bombardés têtes de listes de candidature aux élections locales, notamment au niveau de nombreuses communes des Hauts-Plateaux et du Sud du pays, dont le taux de scolarisation demeure faible». Malgré toutes les difficultés auxquelles avaient fait face les partis pour boucler leurs listes faute de militants et de candidats, «ces élections sont caractérisées par l'inflation ou un nombre très élevé de candidats», a-t-il indiqué. On a recensé 165 000 candidats à travers les 1541 APC et 16 600 pour les 48 APW. «La pénurie de candidats est un phénomène nouveau sur la scène électorale nationale, d'habitude marquée non pas par la rareté de candidats, mais par une défection citoyenne», est-il rappelé. La situation financière difficile de nombreuses communes peut être à l'origine d'un nouveau phénomène de déflation de candidats qui a touché plusieurs formations politiques», a-t-il expliqué. Au-delà de la phase des candidatures, la campagne électorale en cours est «marquée par un contenu tantôt axé sur les préoccupations locales et tantôt sur des sujets de dimension nationale». En fait, est-il souligné «la grande restriction des prérogatives du P/APC, a poussé les candidats à discourir sur des généralités incompréhensibles, en guise de programme ou de propositions électorales». «Le P/APC sait par expérience que l'autorité effective de prise de décision au niveau local est entre les mains du chef de daïra et du wali, tous deux des commis de l'Etat désignés. Le nouveau Code communal, en vigueur depuis 2011, a limité les prérogatives des élus locaux, notamment les P/APC dont le rôle est réduit à sa plus simple expression. N'ayant pas suffisamment de prérogatives pour répondre aux attentes des citoyens qui les ont élus, les P/APC ont souvent subi la déception et le mécontentement de leur électorat. L'autre caractéristique des élections municipales est leur tendance à ressusciter «la mobilisation des niveaux d'affiliation traditionnels qui sont la famille, le aârch et la tribu, notamment dans les localités des Hauts-Plateaux et du Sud du pays», est-il indiqué. Les partis qui subissent souvent des hémorragies à l'approche de ces rendez-vous électoraux, sont «les premières victimes» des élections locales caractérisées également par la multiplication des cas de démissions collectives et de nomadisme. En fin de compte. La femme est «sous-représentée» lors de ces élections, puisque sa candidature reste une exception à la règle, nonobstant la politique de discrimination positive ou des quotas qui exige la présence de femmes sur les listes électorales. «L'investissement de la place publique par la femme est loin d'être acquis, notamment dans l'Algérie profonde», déplore-t-il. La grande ville protège mieux que la périphérie, le village et le douar, les spécificités individuelles. Cela explique le phénomène de candidates «fantômes ou sans visage» sur la fiche électorale, survenu lors des dernières législatives. Autant dire que les élections locales sont le véritable miroir de ce qu'est la société algérienne.

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