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LES BOULANGERS DE CERTAINES WILAYAS FIXENT SON PRIX À 15 DA

Le pain fait "sa révolution"

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L'augmentation du pain avait déjà été faite par les marchands ambulantsL'augmentation du pain avait déjà été faite par les marchands ambulants

L'augmentation du prix du pain en violation totale de la loi fausse les efforts de l'Etat dont les subventions visent à éviter les remous et à jouer le rôle de tampon social avec le retour de l'inflation. Cette anarchie risque fortement de mener vers une «révolte du pain».

«L'État, c'est-à-dire une société où il y a des lois.» L'expression est du penseur politique, précurseur de la sociologie, philosophe et écrivain français, Charles de Montesquieu. Dans un Etat, il y a des lois qui doivent être respectées et là où la justice recule, où la sécurité est absente, où l'anarchie règne, c'est inévitablement l'Etat qui se dérobe devant ses missions. Aujourd'hui, c'est malheureusement le cas de le dire pour l'Etat algérien! Sinon comment expliquer que la baguette de pain se vende à 15 DA, dans plusieurs wilayas du pays alors qu'officiellement aucune augmentation n'a été décidée de manière officielle? A Bouira, Tizi Ouzou ou encore à Béjaïa et Oran, le citoyen paye sa baguette 5 dinars de plus que ce que prévoit l'Etat. La décision d'augmenter le prix du pain a été prise unilatéralement par certaines fédérations de wilayas de boulangers foulant aux pied les lois de l'Etat. Ces fédérations de boulangers de wilayas ont, après la tenue des assemblées, annoncé une hausse de 50%, soit de 5 DA, du prix du pain normal. «L'assemblée approuve l'augmentation du prix du pain normal dit ordinaire à 15,00 DA pour un poids de 200 grammes cuit, vente au comptoir à compter du vendredi 1er /12/2017. La livraison sera fixée à 13,50 DA pour tous les partenaires (épicerie, restaurant, les établissements étatiques ou privés: cantine, université, armée, etc.)», est-il possible de lire sur un procès-verbal d'une réunion de l'assemblée générale d'une des fédérations de wilaya. L'Etat n'est-il pas au courant via ses ministères et ses services de contrôle de cette augmentation? Une telle anarchie est-elle possible? Acceptable? Surtout en cette période de crise économique qui, malgré l'augmentation sensible des transferts sociaux dans la loi de finances 2018, saigne les ménages. Le pain comme un grand nombre de produits de première nécessité tels les céréales, l'eau et le lait, l'électricité et le carburant, est subventionné par l'Etat. «Il n'y aura pas d'augmentation du prix de la baguette de pain» ont toujours rassuré les représentants du gouvernement à chaque fois qu'une tentative d'augmentation est annoncée. Et c'est le cas également pour cette année où le gouvernement a décidé de maintenir sa politique de subvention «quel que soit le prix sur le marché mondial des céréales». Cependant, cela n'a pas mis fin à la rumeur. Au contraire, elle vient de devenir réalité au grand dam du citoyen qui continue d'être victime de promesses sans lendemain. Des promesses faites également par l'Association nationale des commerçants et artisans qui a réfuté la décision d'augmenter le prix du pain ou encore moins de réduire le poids de la baguette. L'association a même exhorté l'ensemble des boulangers à rejeter tout comportement arbitraire. «L'Association nationale des commerçants et artisans réfute toute revendication relative à l'augmentation du prix de la baguette du pain où la baisse de son poids», a affirmé l'Anca dans un communiqué de presse rendu public dernièrement. Et si l'Anca réfute l'augmentation, la Fédération des boulangers, elle, s'en lave les mains! Et c'est de la bouche même de son président, Youcef Kalafat, cité par un quotidien national, qu'il est affirmé que la Fédération des boulangers «s'en lave les mains des dernières informations faisant état d'une augmentation du prix du pain de 50%». Selon lui, la revendication principale des boulangers reste l'augmentation de la marge bénéficiaire qui doit être définie selon la réglementation. C'est là, la confirmation d'une situation de non-droit absolue et d'une anarchie totale. Quel rôle joue une Fédération nationale des boulangers si cette dernière n'a pas son mot à dire dans la décision prise par ses structures de wilayas? Même s'il est vrai que la marge bénéficiaire des boulangers est en baisse en raison de l'augmentation des prix des intrants, cela ne justifie en rien la décision de ces derniers de franchir le pas de l'illégalité. Ils devaient, dans le respect des lois et de l'Etat de droit, poursuivre leur négociations pour l'augmentation de la marge bénéficiaire, fixée actuellement à 3%, à 20%, comme ils le revendiquent. Ils pouvaient également recourir à la protestation pacifique en annonçant un mouvement de grève. Les moyens pondérés pour contester existent, mais le choix de transgresser les lois n'exprime rien d'autre que l'absence de l'autorité de l'Etat. Et c'est déjà le cas. Faut-il rappeler que la loi de 1996 fixe le prix de la baguette normal à 7,50 DA, celui du pain amélioré à 8,50 DA alors que le prix de vente actuel est de 10 DA. Ce n'est déjà pas réglementaire. C'est peut-être cette flexibilité et permissivité de l'Etat qui ont ouvert la porte à une transgression plus importante? Une transgression très grave, faut-il plutôt dire. L'augmentation du prix du pain en violation totale de la loi fausse les efforts de l'Etat dont les subventions visent à éviter les remous et à jouer le rôle de tampon social avec le retour de l'inflation. Faut-il rappeler les émeutes qui ont éclaté à la suite de l'augmentation des prix du sucre et de l'huile en 2011? Qu'en sera-t-il pour le produit le plus consommé en Algérie? Cette anarchie risque fortement de mener vers une «révolte du pain».

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