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UNE POLITIQUE FRANÇAISE À CONTRE-COURANT DU DISCOURS

Excepté la vocation

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Equivoque, cédant même à la duplicité, la démarche de Paris qui oscille constamment entre le discours novateur de relations dépoussiérées et celui archaïque de la puissance coloniale, demande à être reconfigurée pour correspondre à ses leçons de vertu.

Le constat est unanime pour la majorité des observateurs: les relations algéro-françaises sont «très bonnes» et s'inscrivent, par-delà quelques couacs circonstanciels, dans la «bonne» voie. De part et d'autre, les efforts ont été nombreux autant que soutenus pour concrétiser ce partenariat d'exception que les deux capitales disent indispensable à la régénérescence de leur amitié fondée sur le capital humain. Il faut dire que l'élément humain, qu'il s'agisse des Algériens vivant en France ou des citoyens français vivant en Algérie, représente un pont «extraordinairement créatif» et la preuve concrète que les ambitions peuvent être aussi grandes que les horizons maintes fois espérés. Trop de fois, hélas, les aspirations ont été déçues et les occasions «historiques» complètement ratées. Parce que le poids des rancoeurs et des nostalgies aiguisées demeure intact, des levées de boucliers se sont opérées, et s'opèrent toujours, pour annihiler les espérances des uns et les attentes des autres. Ainsi en sera-t-il au moment où l'on croyait le plus dans ce partenariat d'exception qui devait engager les deux gouvernements, l'ensemble des institutions et la société civile. Sans doute, les rapports entre les deux pays n'ont jamais été aussi féconds que durant la dernière décennie, la coopération étant élargie à tous les secteurs, y compris les plus sensibles comme la défense, sans occulter le moins du monde les questions de mémoire afin de garantir la durabilité du partenariat stratégique. Pourtant, les liens ont beau être chaque fois plus denses, et la refondation initiée en 2012 plus prometteuse, on ne peut faire abstraction d'un certain nombre de dossiers où le chemin à accomplir pour rétablir le niveau de confiance demeure encore complexe et difficile. Dans le domaine international, la diplomatie des deux pays n'est pas toujours convenue, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais avant d'aborder ce chapitre, il convient de revisiter les étapes marquantes de cette relation mouvementée que les médias ont pris soin de rapporter à celles d'un couple en mal d'intelligence. Depuis la visite complètement ratée de Valery Giscard d'Estaing, «sûr de lui et dominateur», en 1975, celles de François Mitterrand qui a cédé aux relents de la SFIO et des antiennes liant Tamanrasset à Dunkerque, le petit tour et puis s'en va de Nicolas Sarkozy, venu prendre davantage qu'il ne comptait apporter, il aura fallu le quinquennat de François Hollande pour que se dessinent les contours d'un partenariat qui n'a eu d'exception que le nom, mais dont la dynamique apaisée aura néanmoins permis quelques progrès substantiels. Le coeur a ses raisons...
Voilà pourquoi, mise à part la tentative généreuse et hardie du président Jacques Chirac qui a voulu sceller avec l'Algérie un traité d'amitié identique à celui que le général de Gaulle avait conclu avec le chancelier allemand Konrad Adenauer, balayant trois guerres particulièrement atroces entre les deux peuples, on ne peut pas dire que la volonté politique a été réellement à la hauteur des attentes. Chirac bloqué par les ultras et les nostalgiques des «bienfaits de la colonisation», Hollande soumis aux pressions des apprentis sorciers tels que Valls, ont été «abattus en plein vol», pour reprendre l'expression chère à Michel Rocard.
Par ailleurs, la scène internationale a aussi altéré l'embellie bilatérale car sur plusieurs dossiers tels que la Libye, la Syrie, l'Irak, le Sahel et d'autres, les convictions d'Alger et de Paris ne pouvaient être les mêmes, pour plusieurs raisons. Si l'Algérie occupe une place incontournable au Maghreb et en Méditerranée, la France a des ancrages tributaires de ses intérêts néo-coloniaux au Maroc et dans les pays qualifiés de Françafrique. Pour cela, Paris n'a pas hésité en 2011 à détruire la Libye, mettant en péril nos frontières et portant gravement atteinte à notre sécurité ainsi qu'à nos intérêts. On connaît les résultats et les motivations de l'aventurisme d'un Sarkozy. Mais d'autres sujets, tout aussi importants, montrent que le fossé est considérable. Outre l'agression caractérisée qu'ont subie la Syrie et l'Irak, d'abord ciblés par Daesh interposé puis attaqués ouvertement, sous des prétextes divers comme le soutien aux indépendantistes kurdes et à une prétendue opposition salafiste, instrumentalisée par les monarchies du Golfe, il y a la question palestinienne complètement bloquée avec, en prime, une arrogance et un expansionnisme israélien encouragé par les capitales occidentales, et enfin, il y a le dossier du Sahara occidental.
A ce niveau, on ne peut pas dire que la position française brille par sa clarté. Equivoque, cédant même à la duplicité, la démarche de Paris qui oscille constamment entre le discours novateur de relations dépoussiérées et celui archaïque de la puissance coloniale, demande à être reconfiguré pour correspondre à ses leçons de vertu. Vis-à-vis du peuple sahraoui spolié de sa terre et de son indépendance, la France, pays membre du Conseil de sécurité de l'ONU, use et abuse sans cesse de son droit de veto pour protéger le Maroc, envers et contre toutes les résolutions des Nations unies. Ce faisant, elle perpétue les souffrances indicibles de ce peuple et mine, par conséquent, l'édifice de l'Union du Maghreb arabe, comme si cet ensemble risquait d'être non une passerelle fructueuse entre l'Europe et le Maghreb, mais une épine économique dans le pied de la France néocoloniale.
D'autres sujets reflètent ces distanciations à peine latentes. La Libye et le problème des flux migratoires, né principalement de l'agression de l'Otan en 2011, l'insécurité dans les pays du Sahel que ne peut résoudre, à elle seule, une intervention quasi symbolique telle que Barkhane alors que la problématique est avant tout celle du développement, la nécessité de se départir du regard condescendant sur des enjeux cruciaux, le défi régional et international du terrorisme, voilà les défis que la France est appelée à affronter au bénéfice de tant de peuples injustement meurtris, et cela, c'est sa véritable vocation historique. Encore faut-il qu'elle puisse s'y consacrer.

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