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YACINE OULD MOUSSA, ÉCONOMISTE, À L'EXPRESSION

"Il faut encadrer les marchés"

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Dans cet entretien express, Ould Moussa s'explique sur l'évasion fiscale qui est à l'origine de l'hémorragie qui frappe l'économie nationale. Des pertes estimées à des centaines de milliards sont affectées au Trésor public chaque année.

L'Expression: Le recouvrement fiscal fait grand défaut. La Cour des comptes a relevé cette défaillance dans son rapport sur le règlement budgétaire de 2015, quelle lecture faites-vous?
Yacine Ould Moussa: Ce n'est pas une défaillance. L'évasion et la fraude fiscale constituent une véritable saignée pour l'économie nationale. Le constat ne date pas d'aujourd'hui. On avance plus de 700.000 milliards de dinars, qui accusent un trou dans le Trésor public. C'est une hémorragie. L'assiette fiscale n'est pas vraiment élargie vu que le système de bancarisation n'est pas bien favorisé. C'est clair, quand il n'y a pas de bancarisation, il n'y pas de traçabilité. Ce qui fait que beaucoup de fonds échappent au contrôle du fisc. Dans le cadre de l'encouragement de l'investissement, l'Etat a épargné les opérateurs économiques du paiement de certains impôts sans pour autant qu'il y ait des résultats probants. Ce sont ces recettes non recouvertes, qui créent le déficit budgétaire. A mon avis, le problème est plutôt structurel, qu'on n'a pas pu résoudre.

Pourquoi vous refusez de parler de défaillance:
Le mot défaillance est propre, mais il y a une réalité qu'on ne peut pas dissimuler, le paysage économique est composé en grande partie de l'informel qui dépasse les 40%. C'est là où réside le problème. Le paiement par chèque n'est pas généralisé. Son utilisation se limite uniquement à des entreprises, mais pas toutes les transactions. Les commerçants qui ont des registres du commerce échappent également au fisc puisqu'ils ne déclarent pas les factures. La plupart des transactions sont faites en cash. Tant que ces opérations ne sont pas interdites, il est impossible de contrôler les fonds qui sont en circulation.

Comment freiner cette hémorragie justement?
Il faut encadrer les marchés et avoir des politiques publiques de régulation et de bancarisation. Sans la régulation du marché il ne peut pas y avoir de traçabilité bancaire qui permet de rendre le système de recouvrement plus efficace. Pourquoi l'IRG représente le gros morceau du fisc, tout simplement parce que le retrait se fait sur des revenus clairs et déclarés par les entreprises. Ce qui n'est pas les cas pour les autres taxes. Beaucoup de citoyens préfèrent acheter des produits du marché informel pour ne pas payer la TVA. Ce qui fait perdre à l'Etat une part de ses recouvrements.

Certains partis ont critiqué le recours au financement conventionnel en estimant que le recouvrement des recettes fiscales et des crédits bancaires sont suffisants?
Le recouvrement des crédits bancaires et des recettes fiscales peut, certes, renflouer les caisses de l'Etat pour les besoins de financement interne, mais cela reste insuffisant. Pourquoi? Pour la simple raison que nous n'avons pas une économie diversifiée. Notre économie dépend à 70% des importations. Les montants recouverts ne suffisent pas du moment que les importations se chiffrent en dollars. Sans une économie diversifiée et créatrice de richesse, on ne peut pas échapper aux conséquences des fluctuations des prix des hydrocarbures sur le marché international.

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