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EMMANUEL MACRON À LA JEUNESSE ALGÉRIENNE

"Ne soyons pas otages du passé"

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Le président français «prêt» à restituer les crânes des résistants algériens.

Le président de la République Abdelaziz Bouteflika a eu un tête-à-tête avec son homologue français Emmanuel Macron, en visite d'amitié et de travail hier en Algérie. Emmanuel Macron a également reçu le Premier ministre, Ahmed Ouyahia et le vice-ministre de la Défense nationale, chef d'état-major de l'Armée nationale populaire (ANP), le général de corps d'armée, Ahmed Gaïd Salah. Lors de ces rencontres, les responsables des deux pays ont eu à développer plusieurs sujets majeurs.
Le président français a détaillé sa vision des relations qu'il veut construire avec l'Algérie en affirmant qu'il s'agit d' «un partenaire historique et stratégique dans la région et au-delà». «L'axe Alger-Paris est un axe extrêmement structurant», a déclaré le chef de l'Etat français soutenant qu'en plus de l'histoire chargée et complexe «nos deux jeunesses sont profondément mêlées. C'est nos jeunesses croisées qui structurent notre relation bilatérale».
Le président français a, dans le détail, abordé des questions multiples dont celles de la mémoire, l'économie et la sécurité régionale. Les échanges entre le président français, le Premier ministre et le vice-ministre de la Défense nationale s'inscrivent, à ne pas en douter, dans le sillage de la préparation de la quatrième réunion du Comité interministériel de haut niveau (Cihn) algéro-français qui se tiendra aujourd'hui à Paris et qui sera coprésidée par Ahmed Ouyahia. Les dossiers les plus importants qui ont été défrichés à l'occasion de la visite du président Macron sont en premier la question mémorielle. A ce propos, l'Algérie souhaite que les précédentes déclarations du président français aboutissent sur des choses concrètes, notamment en ce qui concerne les dossiers relatifs aux archives de la colonisation et aux Algériens disparus durant la guerre de libération.
L'Algérie désire également obtenir des avancées en ce qui concerne la restitution par la France des dépouilles des résistants algériens. Dans une interview accordée au site électronique TSA, Emmanuel Macron est revenu sur la question mémorielle affirmant dans un premier temps assumer pleinement ses propos tenus en février dernier à Alger en qualifiant la colonisation de «crime contre l'humanité». «J'ai dit une chose qui était forte et que j'assume pleinement.»
Cependant «il n' y a pas de repentance. Il y a un espace, celui de la reconnaissance mutuelle qui n'est ni le déni ni la repentance. Le piège c'est de rester dans le déni et de ne jamais parler du passé ou d'être dans la repentance permanente et ne jamais en sortir». A l'adresse de la jeunesse, le président de la France Nouvelle demande d'avoir la force de caractère des héros de la révolution et de ne pas être otage d'un passé qu'elle n'a pas connu. Une manière de demander aux jeunes d'accepter de construire une nouvelle histoire avec la France. Pour le président Macron, il faut regarder «toutes les mémoires et les histoires de nos pays. Des histoires faites de violence et d'humiliation, mais aussi parfois d'amour et de moments heureux», a affirmé Emmanuel Macron qui a rappelé le départ en pleurs de milliers de Français à l'indépendance de l'Algérie ainsi que les milliers de jeunes Algériens «qui regardent la France comme un pays ami et qui veulent y aller» avant de conclure que «les choses sont beaucoup plus compliquées».
Face à cette situation complexe, le président français souhaite «d'abord de reconnaître toutes ces mémoires et leur donner leur juste place. Une reconnaissance entière. Ce qui va me conduire à prendre des décision fortes comme certaines restitutions». Il dira ainsi être «prêt» à restituer les crânes de résistants algériens tués dans les années 1850 qui sont conservés au Musée de l'Homme à Paris.
Le président français ne manquera cependant pas, après avoir évoqué «la douleur de mes concitoyens qui ont vécu autre chose en Algérie et qui ont été blessés par mes propos tenus en Algérie», d'affirmer attendre un geste fort de la part de l'Algérie «à l'égard de ceux qui sont nés en Algérie et qui veulent y revenir. Ce serait un geste fort de réconciliation».
L'autre question importante et qui a sûrement été abordée avec le président Bouteflika, mais aussi avec son vice-ministre de la Défense nationale, est celle de la lutte antiterroriste dans la région. Un dossier majeur dans les relations entre la France et l'Algérie au moment où Paris aspire à se retirer des zones de conflits en Afrique. Emmanuel Macron a, à ce propos, affirmé dans son interview, que la France s'attend à intensifier le travail en commun avec l'Algérie. «La lutte antiterroriste va être déterminante pour toute la région. Elle l'est pour l'Afrique et l'Europe. Elle se joue aujourd'hui dans la bande sahélo-saharienne jusqu'à la Méditerranée, beaucoup de l'avenir de nos pays. Nous devons être pleinement déterminés et intraitables» a-t-il insisté.
Evoquant la crise libyenne, le président parle de la nécessité de «stabiliser la situation». «L'Algérie fait partie des grands voisins dont la voix compte pour trouver une solution». La circulation des personnes, un problème récurrent dans les relations entre l'Algérie et la France a également été au coeur des discussions. Sur cette question, la France ne souhaite pas augmenter le nombre de visas, mais parle d'un traitement au cas par cas.» «Il faut changer les mentalités collectives.
Le visa français n'est pas un projet pour la jeunesse et la France peut être une étape, mais pas un objectif.» Pour Macron, il faut penser aujourd'hui à un traitement au cas par cas pour les visas.
Il s'agit pour lui d'une politique très volontariste visant à faciliter la circulation des politiques, artistes, intellectuels, hommes d'affaires et des étudiants. Enfin en ce qui concerne les relations économiques bilatérales, le président français a reconnu que «nos entreprises doivent s'engager encore plus, mais il faut aussi reconnaître que l'Algérie ne fait pas tout ce qu'il faut pour attirer les investisseurs. L'économie algérienne n'est pas une économie qui s'est ouverte».

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