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SITES ET MONUMENTS HISTORIQUES : LA CITADELLE SE CONSUME DANS LE SILENCE LE PLUS TOTAL DES AUTORITÉS

La Casbah ne se rend pas!

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Les ruelles de la Casbah fascinent toujoursLes ruelles de la Casbah fascinent toujours

La citadelle qui était jadis appelée «El-Mahroussa», qui signifie la bien-gardée, offre un spectacle désolant, surtout quand ce spectacle est inauguré à partir de «Bab-Djedid», un endroit situé dans les hauteurs de ce premier noyau urbain du pays, les scènes et les images d'insalubrité qui révulsent les esprits, sont le lot de la haute Casbah qui n'en a cure de cette situation d'abandon et de déchéance à ciel ouvert.

La contemplation d'un lieu d'en haut, c'est-à-dire le vivre avec une espèce de force nostalgique qui emmène et transporte le visiteur dans des temps suaves et exubérants en termes de haltes historiques, et de moments charnières qui ont alimenté ce lieu et l'ont chargé d'interférences événementielles, lui fait redécouvrir les senteurs idylliques d'un lieu pétri d'amour, de vie et d'histoire.
Tel est le tableau pittoresque de la haute Casbah s'ouvrant sur une baie l'habillant d'un décor envoûtant et enivrant, la plongeant dans ses racines qui ont côtoyé tant de mythes, de contes et d'événements qui ont donné à cette citadelle son originalité et sa personnalité à travers les siècles.
La Casbah, pour ainsi dire, le haut de ce lieu, permet aux «arpenteurs» et aux amoureux de cet endroit de prospecter les coins et les recoins de cette cité qui dégage une odeur qui renseigne sur le poids et la charge incontestables d'une civilisation et d'une mémoire qui s'écroule au vu et au su des passants qui avaient construit une image sur cette cité ancienne qui remonte à la période punique et qui a vu son corps urbain se former de façon complète avec l'avènement de l'ère ottomane qui a imprimé cette citadelle d'une empreinte mauresque.
Pour connaître mieux la cité, et pour faire une visite, voire une prospection des lieux et des repères de cette dernière, il est préférable de prendre le côté qui surplombe cette citadelle.
La Casbah dispose de portes, qui ne sont plus visibles aujourd'hui, les années et les événements les ont réduites à quelque chose qui ressemble à une symbolique d'un lieu d'antan et d'une mémoire qui garde intacte la transmission de bouche à oreille en retranscrivant ces repères et ces lieux.
La porte de la haute Casbah qui se présente comme la clé de voûte de toute la cité, c'est ce qui est appelé communément «Bab-Djedid», c'est ici que le passant pourrait inaugurer sa visite et prendre le chemin qui lui permet de scruter les dédales de la Casbah de fond en comble. C'est l'amont de la citadelle qui facilitera le déplacement dans les rues et les anciennes maisonnettes que l'on appelle là-bas «douirettes».

«Bab-Djedid», la clé d'«El-Mahroussa»
La citadelle qui était jadis appelée «El-Mahroussa», qui signifie la bien-gardée, offre un spectacle désolant, surtout quand ce spectacle est inauguré à partir de «Bab-Djedid», un endroit situé dans les hauteurs de ce premier noyau urbain du pays, les scènes et les images d'insalubrité qui révulsent les esprits, sont le lot de la haute Casbah qui n'en a cure de cette situation d'abandon et de déchéance à ciel ouvert.
Dès l'entame, on s'aperçoit que les gens qui occupent ce qui reste comme lieux d'habitations n'ont plus cette hargne et cette espèce de sentiment d'appartenance à cette «Kala'a» qui faisait bercer des générations et des générations depuis sa création.
L'une de ces choses qui démontrent la dénaturation, voire des métamorphoses au sens péjoratif du terme, c'est la méconnaissance de certains qui habitent ce haut lieu des repères vernaculaires que même les vieux et les vieilles qui sont ailleurs, en dehors de cet espace, connaissent la symbolique et le sens que véhiculent ces repères. C'est le cas des jeunes avec qui on a fait une rencontre de courtoisie pour s'introduire dans les fins fonds de la citadelle. On voulait vraiment savoir si ces jeunes sont en phase avec les repères et les symboles de la cité. Mais la stupéfaction était grande de savoir que ces jeunes sont en déphasage par rapport à l'histoire qui constitue les noms et les lieux de «Bab-Djedid».
Le jeune Mourad, à peine 22 ans, habitant «Bab-Djedid», a répondu à notre question qui a trait à la statue qui longe le centre de la placette en soulignant que «cette statue est ancienne, elle remonte à la période ottomane, elle a été érigée en l'honneur de «Barberousse», d'ailleurs même la prison qui n'est pas loin de cet endroit est baptisée en son nom», a rétorqué Mourad avec un ton péremptoire et affirmatif.
Ce qui est surprenant dans cette réaction, c'est que même ses acolytes abondaient dans le même sens jusqu'à colporter des histoires qui n'ont rien à voir avec la statue et le lieu.
C'est à un vieux de la vieille qui a vécu depuis sa naissance dans un quartier qui porte le nom du martyr Debih-Cherif, ex-Cadix, que le sens de l'histoire a été restitué avec exactitude pour replacer le repère par rapport à sa portée réelle. Le rectificatif émane de Aâmi Ahmed, un ancien retraité des Galeries algériennes. Ce vieux a su mettre les jeunes en question dans le bain de l'histoire de la cité jusqu'à leur raconter des anecdotes et des histoires dont était l'objet ce lieu séculaire. Avec un sens plein d'humilité, cet ancien retraité et fils de la rue Debih-Cherif, leur a répondu que «la statue est érigée au nom de notre ancêtre Bologhine Ibn-Ziri, le fondateur de la cité avant l'avènement des Ottomans», a expliqué Aâmi Ahmed.
Certes, les générations se succèdent, mais perdre le fil d'Ariane de la cité qui est amplement chargée de symboles et d'histoires, cela fait vraiment peur pour les générations montantes qui ne connaissent pas l'identité de leurs cités et de leurs espaces urbains.
Bref, l'accès a été fait à travers «Bab-Djedid», l'entrée à cette vieille structure urbaine qui portait jalousement son nom de «médina» et d'«El-Mahroussa», n'a pas été inspiratrice de joie et de gaieté, loin s'en faut. La Casbah agonise et languit sans que cela secoue les esprits des gens à qui elle a permis de savourer le sens de la vie avec ses moments jonchés d'espoir, d'amour, de rêve et de beauté.
L'écroulement de la Casbah se fait au quotidien, les maisonnettes ou les «douirettes» qui résistent aux aléas de la nature et au vandalisme de la main humaine ne sauront faire preuve de ténacité et d'hardiesse aussi longtemps. Les rues se dégradent davantage, les activités artisanales reculent de façon sidérale, l'humain est presque sabordé par des comportements hétéroclites en contradiction avec l'urbanité et la citadinité qui pullulaient dans l'espace de la médina résolument ancrée dans l'ambiance méditerranéenne façonnée dans le but de faire régner la joie et le savoir-vivre au pluriel comme au singulier. Les rues des dinandiers «nehassa» et de la poterie «fekhardjia» et autres métiers qui donnaient à la Casbah son harmonie d'une vie rythmée et pleinement remplie n'ont plus droit au chapitre.
La Casbah d'en haut a laissé place aux vestiges et aux lamentations des anciens qui se souviennent de cette citadelle qui avait une telle emprise que même ceux qui habitaient la cité dans le temps venaient de temps à autre se ressourcer pour faire un saut dans le monde de jadis qui leur procurait de la joie des souvenirs d'antan. Même cette trame de fond qui a trait à la nostalgie semble quitter avec amertume les allées et les rues de la Casbah réduite à une somme de gravats et de tonnes de déchets qui la guettent quotidiennement.
Certes, les pouvoirs publics essayent tant bien que mal de réhabiliter et restaurer les palais et les repères religieux de l'ancienne médina, mais la haute Casbah qui est un patrimoine national et universel reconnu par l'Unesco, doit être la préoccupation des habitants de l'ancienne cité.

La réhabilitation, le défi qui s'impose
La basse Casbah connaît une série de restaurations et de prises en charge, comme c'est le cas pour la mosquée Ketchaoua qui vient d'être rénovée. Mais la haute Casbah vit au rythme de l'abandon et du manque d'intérêt notable hormis le palais du Dey qui vient d'être pris en charge.
Pour rappel, la wilaya d'Alger vient de débloquer un budget qui avoisine 24 milliards de DA dans le cadre de plan de la réhabilitation de la Casbah durant les 4 années à venir, mais cette réhabilitation touche surtout le volet qui a trait aux repères historiques de la citadelle et ses «Jamaâ» et sanctuaires et mausolées. Mais la Casbah c'est aussi «les douirettes» qui constituent la lame de fond, voire l'ossature de cet ancien ensemble urbain. Ce volet est confronté à de sérieux problèmes, ce sont des problèmes en rapport avec les habitants de ces maisonnettes qui sont source de litiges et conflits remontant même à un siècle d'existence. Pour réhabiliter «les douirettes», il va falloir assainir leur situation du point de vue administratif, ce n'est pas du tout reluisant ni facile d'en arriver à une solution, puisque beaucoup de «douirettes» n'ont pas de propriétaires en vie. Et même la paperasse fait défaut sur ce plan. Mais les pouvoirs publics pourraient intervenir pour endiguer ce problème et déclarer l'immobilier restant comme propriété de l'Etat en jugulant la question de ces biens par des voies qui pourront résoudre une fois pour toutes la question, que ce soit pour ceux qui occupent jusqu'à aujourd'hui ces maisonnettes ou pour les établissements qui ont déployé des budgets colossaux pour la réhabilitation de la Casbah et que cela n'a rien donné à cause de ces problèmes pendants qui n'arrivent pas a être résolus jusqu'à aujourd'hui.
On assiste à des visites lancées par des associations dans le but d'alerter les pouvoirs publics de l'état d'abandon dont est l'objet la Casbah. Ce sont des démarches louables pour sensibiliser les gens et les autorités de l'état de délabrement qu'a atteint la citadelle, mais cela ne suffit pas pour redonner à la Casbah son visage radieux d'antan et sa joie d'autrefois.
Les pouvoirs publics doivent déployer un plan d'urgence pour la réhabilitation et la sauvegarde de ce patrimoine mondial témoin de l'histoire de ce pays.
Il est à rappeler aussi que la Casbah disposait de 800 habitations anciennes, aujourd'hui, cette dernière n'en compte pas plus de 300 «douirettes» qui sont dans leur majorité dans un état piteux. La réhabilitation doit se faire en termes d'ensemble qui nécessite une mobilisation de moyens financiers, et d'experts dans le domaine de la restauration, éminemment qualifiés.
C'est dire que ce qui se fait aujourd'hui à la Casbah est beaucoup plus une démarche partielle qui ne touche pas la citadelle dans son fond, celui d'une réhabilitation d'une ville et son architecture ancienne et son environnement.

Le cimetière des Deux Princesses ou le viol orchestré
La Casbah ce sont aussi les mausolées qui font sa caractéristique et son saint patron sidi Abderrahman Athaâlibi. Mais il y a aussi le cimetière qui porte le nom de «Nefissa» une rue qui sépare ou constitue la limite entre la basse et la haute Casbah. Le cimetière qui existait depuis deux siècles déjà, n'a plus d'existence, il a été rayé mordicus de l'espace de la Casbah. Ce qui est grave dans cet acte, c'est que même la trace des deux épitaphes des deux princesses qui témoignaient de leur existence ont été complètement détruites et elles n'ont plus le droit d'être citées.
Le cimetière a une histoire fabuleuse, celle de deux princesses Nefissa et Fatma, les deux filles de Hassan Pacha, elles étaient connues pour leur amour pour un jeune homme appartenait à la haute hiérarchie militaire de l'époque à savoir l'armée des janissaires qui était la force de frappe de l'Empire ottoman durant la période de la régence d'Alger. Les deux princesses qui étaient des soeurs, aimaient la même personne se trouvaient dans un véritable dilemme d'amour qui les a mis dans un tourment fait de chagrin et de dépit des plus mélancoliques et dramatiques. L'histoire d'amour de ces deux princesses et soeurs à la fois qui n'étaient autres que les filles de Hassan pacha, un notable de renom et d'un poids important dans la sphère féodale de l'époque, s'est propagée rapidement dans la médina ce qui a suscité un désarroi profond même pour le père. L'histoire raconte que Hassan Pacha s'est débarrassé de ses deux filles à cause de cet irréparable «péché» mignon qui lui avait causé des désagréments quant à son rang et son pouvoir à cette époque. Mais il y a une autre histoire qui raconte le contraire, elle soulève la problématique de l'amour interdit, surtout que Nefissa et Fatma étaient toutes les deux amoureuses de ce jeune homme de haut rang dans la soldatesque ottomane. Elles ne pouvaient pas cacher cet amour ce qui les a amenés à se suicider toutes les deux en provoquant l'effroi et l'émoi dans la Casbah. D'où le tombeau des Deux Princesses. Toute cette histoire de «sbayate zouj» chantée par le regretté Guerrouabi vient d'être réduite à néant par le vandalisme moderne.
La Casbah est dans la tourmente, elle exhorte les consciences et les esprits éclairés à la sortie de l'obscurantisme multiforme dont elle est la cible.
A bon entendeur.

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