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UNE NUIT AUX URGENCES DU CHU MUSTAPHA PACHA

La vie dans un hôpital sans les résidents

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Tout ce «monde» de patients est impatient de voir son cas, rapidement traitéTout ce «monde» de patients est impatient de voir son cas, rapidement traité

Sous d'irrésistibles douleurs, la vieille maman criait et sanglotait. Désarmé, le corps soignant assistait hébété à cette scène dramatique sans pouvoir faire quoi que ce soit, car ce genre d'interventions relève des médecins spécialistes et des résidents.

La performance d'un hôpital se vérifie à travers sa disponibilité à répondre avec efficience aux besoins des patients dans des situations d'urgence. Ce critère permet de juger de la maîtrise du corps médical de cet aspect crucial en termes d'intervention et de prise en charge rapide et efficace. Nos hôpitaux et nos centres hospitalo-universitaires (CHU) disposent-ils de ce plan d'urgence capable de satisfaire les demandes massives de malades qui font l'objet d'une situation grave et qui nécessitent une prise en charge urgente? Ces interrogations prennent leur sens dans la mesure où le gros des interventions nécessitant un plateau d'urgence ne peut être remarqué que durant la nuit. C'est dire que cette période de travail d'urgence au sein des hôpitaux constitue un signe annonciateur de l'état de la prestation dans son ensemble. Dans ce sens, nous avons décidé de faire une «virée» nocturne au CHU Mustapha Pacha pour se faire une idée aussi concrète qu'objective de la réalité des urgences et la situation dans laquelle s'empêtrent les patients durant cette nuit «cauchemardesque» dans l'attente d'une prise en charge idoine et dans les normes de ces derniers en leur qualité de malades dont l'état exige un plan d'urgence tel que son nom l'indique.

Hôpital Mustapha Pacha à 22h30...
Dès l'entame de la «virée» nocturne, les idées ne tardent pas à s'esquisser dès lors que l'ambiance est au cantonnement devant le service des urgences baptisé «Trauma-Center» où l'on constate un nombre impressionnant de malades accompagnés de leurs familles qui par leurs propres moyens, qui par les structures d'intervention étatiques à l'image du Samu et les éléments de la Protection civile via des ambulances faisant l'alternance tantôt jaunes et tantôt blanches avec une petite spécificité faite d'un bleu ciel. On constate tous les cas de malades, ceux qui sont victimes des accidents de la route ou le contraire, et ceux qui ont subi un traumatisme et surtout les cas de «délinquants» qui ont subi des lésions au crâne et autres cas de ce genre qui nécessitent une prise en charge urgente. Tout ce «monde» de patients est impatient de voir son cas, rapidement traité étant donné que l'état dans lequel il baigne provoque plus de nervosité et de stress rien qu'à l'idée de voir chaque seconde passer sur le rythme du sang qui coule sans arrêt et les sanglots qui n'en finissent pas. C'est une scène intenable et difficile à admettre, surtout quand le service est estampillé du sceau «Trauma-Center» qui s'avère dépouillé de sa sève censée faire dans l'intervention rapide et l'urgence médicale sans tergiversations ni atermoiements. Le service des urgences du CHU Mustapha Pacha n'arrivait pas à contenir le nombre de malades venant des grands quartiers et des endroits limitrophes de ce vieux CHU. Il était 22h30 quand le gros des interventions devrait se faire pour alléger le fardeau qui s'accumulait davantage. Hélas, la situation était à son comble, une jeune fille ne dépassant pas la trentaine criait à haute voix pour qu'elle se fasse entendre auprès du staff médical et paramédical dans le but de faire rapidement la prise en charge de sa vieille maman septuagénaire souffrant d'un traumatisme et une fracture grave du bassin et du fémur. La vieille maman ne cessait de sangloter et de crier à cause de la douleur irrésistible, mais l'image qui suscitait la désolation, c'était celle du corps soignant qui assistait hébété à la scène dramatique sans pouvoir rien faire, étant donné que ce genre d'interventions relève des médecins spécialistes et de résidents de traumato et orthopédie. Le drame s'est conjugué davantage quand on a su, après avoir demandé à ceux qui sont censés être dans ce pavillon pour dispatcher les malades par ordre de priorité et en fonction du degré de gravité. La réponse était sèche et sans ambages: «Vous ne pouvez pas entrer au service, comme vous ne pouvez pas aussi prendre des photos ni parler avec les patients. C'est une directive venant des services du ministère de la Santé. Nous ne pouvons pas vous faire des déclarations, vous voyez que nous sommes en train de gérer une catastrophe, donc, s'il vous plaît monsieur, n'ajoutez pas de désagrément plus qu'il en est», a martelé une généraliste dépassant la cinquantaine, chargée de notifier les malades et les classer par ordre de priorité pour qu'après ils seront orientés à qui de droit, selon les spécialités.
On a pu continuer à travailler et assister à cette situation abracadabrante dans laquelle sombre le service des urgences du CHU Mustapha Pacha.

Le sinistre pavillon de déchoquage!!
Sans exagération, on peut dire que le pavillon de déchoquage du service des urgences est une véritable écurie d'Augias, on peut lui donner toutes les connotations et définitions possibles, sauf le pavillon de déchoquage. Plus on avance dans le service des urgences du CHU Mustapha Pacha, plus on rencontre des scènes qui nous laissent pantois, voire dubitatifs. On croyait au début de la visite au sein de ce service des urgences que le laisser-aller était uniquement visible au niveau du service de radiologie dépendant du pavillon des urgences de la neurochirurgie et de chirurgie générale. Le comble manifeste son paroxysme dans toutes les spécialités médico-chirurgicales. On a eu à parler avec les infirmiers et les généralistes qui ont accepté de nous livrer leurs impressions sur cette «hécatombe» qui ne dit pas son nom. L'amertume et le désarroi se confondent dans leurs déclarations, surtout qu'ils veulent dénoncer ce statu quo des plus déplorables, mais ils ont peur des représailles. Un généraliste à peine la quarantaine, nous a permis de mentionner uniquement son prénom pour qu'il ne soit pas la cible directe de l'administration et sa hiérarchie médicale. Hakim travaille depuis sept ans dans le service des urgences, pour ainsi dire, il est devenu par la force des choses un urgentiste. Ce généraliste habitant non loin du CHU considéré souligne que «nous sommes livrés à nous-mêmes, pour résumer la situation, nous sommes face à une catastrophe et ce n'est pas pour amplifier la situation. Pensez-vous qu'il soit normal qu'un pavillon de déchoquage soit abandonné de la sorte, alors qu'il représente le maillon fort de tout le service des urgences et cela c'est connu partout où le travail d'urgence médicale se fait de par le monde dans les hôpitaux qui se respectent», et d'ajouter qu'«il est inconcevable de voir un cadavre devant un patient censé recevoir des soins d'urgence en attendant qu'il soit transféré dans un autre pavillon ou vers le bloc opératoire si son cas nécessite une intervention chirurgicale précise. C'est grave ce à quoi nous assistons comme situations dans un service des urgences où les moyens devraient être déployés en continu et sans arrêt», tempête le docteur Hakim, le généraliste au ton marqué par une déception profonde et un goût d'amertume. Le constat n'est pas une invention fantasmagorique, elle est le produit d'une réalité dramatique visible et constatable. Nous nous sommes rendus encore une fois auprès des assistants, c'est-à-dire les médecins spécialistes en réanimation, mais la logique de l'attente est devenue monnaie courante dans «les urgences», la chef de pavillon déchoquage nous a répondu avec dédain et désinvolture «vous perdez votre temps monsieur, les assistants ne viendront pas de si tôt et ce n'est pas sûr qu'ils vont accepter de vous parler. Vous perdez votre temps monsieur», a fulminé notre généraliste chef de pavillon de déchoquage. Le pavillon de déchoquage reçoit tous les patients qui font cas d'urgence, il n'a pas le droit de les rejeter, c'est sa mission pour les mettre sous perfusion et autres techniques en rapport avec la réanimation et les soins intensifs. Ce pavillon affiche une scène qui frise l'invraisemblable, une vieille alitée et un autre vieux allongé sur un lit mitoyen d'elle depuis le début du matin, à 6 h00 souffrant au niveau du foie qui secrète de l'ascite provoquant ainsi une «fibrose hépatique», selon le technicien supérieur de la santé publique présent au niveau du pavillon sans qu'il puisse faire quelque chose en la matière, puisque cela relève des assistants en chirurgie générale. Son fils montre une espèce d'attitude de découragement, voire de démission même face aux tergiversations dont son père fait l'objet depuis la matinée à l'heure où nous étions présents, c'est-à-dire à minuit et quart plus exactement. Un pavillon de déchoquage qui ne dispose que de six lits dans un service des urgences, c'est de l'insulte en direct, voire du mépris à l'égard des citoyens lambda qui se débattent dans la spirale de la maladie et les dédales de la gabegie dont ils sont victimes dans les hôpitaux. Mais le plus grave dans ce tableau macabre c'est lorsque ces malades sont mis dans la même salle que des cadavres de malades qui ont décédé lors de cette matinée sans qu'ils soient transférés à la morgue. C'est une scène insoutenable, elle remet en cause y compris l'humanité que les hôpitaux sont censés répandre. Les patients sont sidérés et tourmentés, mais ils ne peuvent rien faire, voire se considèrent-ils plus ou moins chanceux d'avoir ce lit, même s'ils devraient attendre des heures et des heures sans la possibilité de voir pris en charge leur cas.

Faillite perceptible
L'absence des médecins résidents et leur boycott des gardes ont eu un effet boomerang au niveau du service des urgences. Tous les concernés de ce service le réaffirment même s'ils le font d'une manière larvée. Le CHU Mustapha Pacha est connu par la détermination de ses médecins résidents à aller jusqu'au bout dans leur mouvement revendicatif. Cela s'est traduit à travers la décision de ne plus assurer les gardes jusqu'à la satisfaction de leurs revendications. Ce constat n'est pas le même à l'hôpital de Belfort où des médecins résidents poursuivent normalement leur activité dans le service de chirurgie infantile et aussi celui de la maternité qui n'est pas loin de lui d'après les déclarations d'éléments du service paramédical de la maternité et le service de néonatalogie du CHU Mustapha Pacha. Les urgences à ce niveau sont renvoyées et orientées vers d'autres hôpitaux. La raison est simple, tous les services, y compris celui des urgences sont encadrés dans leur quasi-majorité par les médecins résidents de toutes les spécialités confondues. C'est ce qui rend la tâche très difficile pour l'encadrement médical dans son ensemble et aussi les patients qui se sentent complètement relégués au dernier plan, voire subir fortement et dramatiquement les conséquences de cette situation où tout le monde s'accorde à dire que c'est une première dans les annales de la santé publique.
D'ailleurs, pour savoir comment l'hôpital fonctionne et s'il est dans les normes requises en matière de prestations médicales, il faut aller durant la nuit pour avoir une idée quant aux urgences et les interventions nécessitant une prise en charge extrême. Malheureusement, une femme enceinte sera rejetée de facto comme c'était le cas lors de notre visite au service maternité et d'accouchement du CHU Mustapha Pacha où les responsables du service avaient orienté le conjoint vers l'hôpital de Belfort où l'encadrement est disponible. Mais au CHU Mustapha Pacha les choses sont différentes, il y a une absence drastique d'encadrement en gynécologues et médecins résidents en gynécologie, ce qui rend la tâche très difficile de satisfaire toutes les demandes, surtout quand il s'agit des cas relevant de l'accouchement par césarienne. Seules les sages-femmes assurent difficilement les accouchements par voie basse et pas toutes, puisque l'effectif de garde fait grand défaut. Nous avons laissé derrière nous un CHU avec un service des urgences le moins que l'on puisse dire, calamiteux en pensant aux citoyens lambda qui n'ont plus ce droit reconnu constitutionnellement de bénéficier de soins médicaux et de prestations médicales dans une situation d'urgence qui hypothèque leur vie dans beaucoup de cas. Les citoyens, surtout les plus démunis, sont livrés à des mouroirs. C'est celle-là la terrible réalité!!

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