REJETANT LES APPELS VOULANT L'IMPLIQUER DANS LE CHAMP POLITIQUE

L'Armée persiste et signe

Le chef d'état-major, général de corps d'armée, Ahmed Gaïd Salah
Le chef d'état-major, général de corps d'armée, Ahmed Gaïd Salah

Dans l'éditorial de la revue El Djeïch, l'ANP tranche: «(...) Les lourdes responsabilités dont est investie l'ANP font que son attachement à demeurer éloignée des questions qui ne sont pas de ses prérogatives constitue un devoir national motivé par l'intérêt suprême de l'Algérie.»

Emboîtant le pas à son général, l'Armée nationale populaire (ANP) a rappelé sa position par son canal officiel, El Djeïch. A l'appel qui lui a été lancé par le Mouvement de la société pour la paix (MSP) pour accompagner une transition démocratique, l'ANP a, dans son éditorial, paru dans le dernier numéro de la revue de l'institution militaire, donné une réponse ferme et cassante. «L'ANP demeure une institution républicaine qui se consacre à ses missions constitutionnelles représentées par la défense de l'intégrité de la patrie, de sa sécurité et de sa stabilité, loin de tout calcul et autres surenchères politiques.» Une position, on ne peut plus claire, qui vient appuyer les dernières déclarations du premier responsable de l'ANP, vice- ministre de la Défense nationale et chef d'état major, le général de corps d'armée Ahmed Gaïd Salah. Le général, lors de sa récente intervention à l'occasion de la cérémonie organisée en l'honneur des cadets de la nation, lauréats du baccalauréat 2018, avait tranché «l'Armée populaire est une armée qui connaît ses limites, voire le cadre de ses missions constitutionnelles, qui ne peut en aucun cas être mêlée aux enchevêtrements partisans et politiques ou être impliquée dans des conflits qui ne la concernent ni de près ni de loin». Il avait même commenté l'agitation de certains partis politiques à l'approche des échéances électorales soutenant qu'il s'agit là d'«une mauvaise pratique [qui] est devenue de coutume». Pour Ahmed Gaïd Salah, cette pratique n'est pas seulement «étrange» et «irrationnelle» même surtout «inacceptable». Par ces termes incisifs, le chef d'état-major cherche à annihiler tout espoir dans l'esprit de ceux qui pensent pouvoir recourir à l'institution militaire pour atteindre leurs ambitions en piétinant la Constitution et les lois de la République. «A la veille de chaque échéance électorale, que ce soit pour l'Assemblée populaire nationale ou pour les Assemblées communales ou de wilaya ou même pour l'élection présidentielle, je dis à la veille de ces importants scrutins nationaux, au lieu d'oeuvrer pour gagner la confiance du citoyen en prêtant attention à ses préoccupations les plus impérieuses et en ouvrant le débat dans divers domaines économiques, sociaux et autres, certaines personnes et certaines parties, qu'Allah leur pardonne, s'éloignent malheureusement de manière délibérée de l'essence même de la sagesse politique. Car la politique est la capacité de s'adapter aux exigences de la réalité et par capacité on entend la bonne gestion des exigences de l'intérêt national et les impératifs de leur réalisation, ce qui nécessite un haut niveau de performance politique en toutes conditions et circonstances» avait développé Ahmed Gaïd Salah, dans sa réponse au MSP laissant entendre ainsi que Abderezzak Makri, le président de cette formation politique, est loin de toute «sagesse politique». L'homme serait un aventurier politique qui fait passer son ambition et son intérêt personnel avant l'intérêt national. A l'adresse de ce dernier et à tous ceux qui ne semblent pas intégrer la donne que l'ANP ne sera jamais le bras qui «tapera» sur la République, le vice-ministre de la Défense nationale a encore insisté en disant «(...) certains s'autoproclament tuteurs de l'Armée nationale populaire, voire son porte-parole, oubliant ou omettant volontairement que l'Armée nationale populaire est l'armée du peuple algérien, l'armée de l'Algérie avec tout ce que cette expression peut contenir de significations historiques bien établies et de nobles valeurs et avec tout ce qu'elle représente pour le présent et l'avenir». Dire que l'ANP est l'armée du peuple et de l'Algérie, c'est rappeler que le pouvoir est celui du peuple et que c'est seul le peuple qui donne son quitus pour un quelconque changement. L'ANP appuie cette démarche et l'écrit, noir sur blanc, dans son éditorial: «Il est important que tout le monde se doit d'avoir conscience que les lourdes responsabilités dont est investie l'ANP font que son attachement à demeurer éloignée des questions qui ne sont pas de ses prérogatives constitue un devoir national motivé par l'intérêt suprême de l'Algérie.» Et d'ajouter, quelques lignes plus loin, «une armée forte de la confiance permanente qui lui est témoignée par le peuple parce que constituant la source de sa puissance, de sa détermination et de sa force morale inébranlable». L'ANP ne va pas conclure son intervention à travers l'éditorial d'El Djeïch, sans rappeler que «l'ANP demeurera l'honneur et la gloire du peuple algérien (...) Une armée républicaine qui s'honore d'accomplir ses missions constitutionnelles avec dévouement et constance et qui poursuit sa marche vers le progrès et la modernisation avec l'appui de sa base populaire, tout en se conformant pleinement aux lois de la République».