DES EURODÉPUTÉS AU SAHARA OCCIDENTAL À PARTIR DE DEMAIN

Bruxelles va-t-elle légaliser le pillage des ressources sahraouies?

Cette visite s'inscrit dans le cadre de la nouvelle mouture de l'accord de pêche qui lie le Maroc à l'UE.

L'arrêt rendu par la Cour de justice européenne est-il en train de vivre ses dernières heures? L'UE osera-t-elle le remettre en cause? On n'en est certes pas encore là car il restera plusieurs à franchir pour qu'il soit enterré. La nouvelle mouture de l'accord de pêche qui lie le Maroc à l'UE, paraphée le 24 juillet dernier à Rabat sera notamment soumise au vote du Parlement européen qui aura à trancher si elle répond au verdict de la Cour de justice européenne, Cjue, qui avait considéré que «Compte tenu du fait que le territoire du Sahara occidental ne fait pas partie du territoire du Royaume du Maroc, les eaux adjacentes au territoire du Sahara occidental ne relèvent pas de la zone de pêche marocaine visée par l'accord de pêche», avaient jugé les magistrats européens. «En concluant cet accord, l'Union européenne (ndlr) a violé son obligation de respecter le droit du peuple du Sahara occidental à l'autodétermination», avaient souligné les juges de la Cour européenne dans leur arrêt rendu, le 27 février 2018. L'Union européenne et le Maroc qui avaient fait le dos rond dans un premier temps se sont attelés à trouver la parade. Après des mois de négociations, le Maroc, et l'Union européenne (UE) se sont mis d'accord sur le renouvellement de leur accord de pêche, avaient annoncé le 20 juillet 2018 les deux compères. Le Maroc et l'UE «se sont entendus sur le contenu du futur accord de pêche durable et son protocole d'application», ont-ils indiqué dans un communiqué conjoint, publié à l'issue d'un nouveau round de négociations à Bruxelles. Les deux parties «s'engagent à prendre les mesures nécessaires en vue de l'entrée en vigueur de l'accord de pêche et de son protocole dans les meilleurs délais», souligne ce document. L'accord qui n'a pas encore été ratifié par les Etats européens membres de l'UE et le Parlement européen n'a pas tenu compte des recommandations des juges de la Cour de justice européenne. Il englobe le Sahara occidental. Une information confirmée par une source diplomatique marocaine. Ce qui serait aux antipodes des conclusions de la décision prononcée le 27 février 2018. La Cour de justice européenne avait mis l'accent sur le fait que l'UE et le Maroc ont décidé d'appliquer l'accord qu'ils ont mis en vigueur le 28 février 2007 au Sahara occidental, sans qu'ils aient jugé utile de tenir compte du «statut séparé et distinct» du Sahara occidental qui, rappelons-le, est inscrit sur la liste de l'ONU. Que va y faire alors cette délégation d'eurodéputés? Il parait que c'est pour arracher le quitus des populations sahraouies. Une délégation commerciale du Parlement européen se rend au Sahara occidental les 3 et 4 septembre pour constater sur le terrain «si une extension des droits de douane préférentiels sur le territoire bénéficie d'un soutien local» indique un communiqué du Parlement de l'UE répercuté par la presse marocaine. Cette délégation composée de quatre députés de différents partis devra rencontrer les représentants de l'administration coloniale marocaine et des organisations non gouvernementales... mais ne fait pas mention de rencontre avec la population sahraouie des territoires occupées. Ce qui va à l'encontre de l'arrêt rendu par la Cour de justice européenne. Les responsables sahraouis avaient dénoncé une UE «qui tourne le dos à la justice pour protéger des intérêts politiques et financiers à court terme et entrave les efforts de paix» au Sahara occidental, et ont exhorté les eurodéputés à assumer toutes leurs responsabilités. Les élus européens ne semblent pas avoir reçu le message. Leur mission qui débute demain s'annonce comme un tour de passe-passe pour légitimer le pillage de ses ressources naturelles...