LES PRIX DU PÉTROLE ONT DÉPASSÉ LES 78 DOLLARS, HIER, À LONDRES

La crise irano-américaine porte le baril

La crise irano-américaine porte le baril

La barre symbolique des 80 dollars est désormais dans la ligne de mire du marché de l'or noir qui craint d'être privé des exportations iraniennes.

Washington-Téhéran. Le «match» se poursuit sur un scénario dont l'acteur majeur n'est ni plus ni moins que le fantasque président des Etats-Unis Donald Trump, qui a envie de régenter la planète à sa guise. Le locataire de la Maison-Blanche ne pouvait ignorer, en effet, qu'il allait provoquer l'onde de choc dont avaient besoin les prix du pétrole pour être propulsés vers des niveaux inespérés, en décidant de rompre de façon unilatérale l'accord sur le nucléaire iranien. Ce facteur haussier qui, de temps à autre, se fait oublier est revenu au-devant de la scène. Et les experts y ont été de leurs commentaires. Tous ceux qui se sont manifestés s'accordent sur une baisse de l'offre et sa conséquence directe, une augmentation des prix du pétrole. «Le marché reste soutenu par l'idée que les sanctions américaines contre les exportations iraniennes de brut vont limiter l'offre», a expliqué Stephen Innes, analyste chez Oanda. Les sanctions prendront effet début novembre, mais «les exportations du troisième plus grand producteur de l'Opep (l'Iran Ndlr) reculent déjà à un rythme plus rapide qu'attendu», a fait remarquer Stephen Brennock, analyste chez PVM. Soucieuse d'un probable déséquilibre du marché qui agirait dans le sens d'une flambée des cours de l'or noir l'alliance Opep-non Opep a décidé de maintenir la baisse de son offre à 1,8 million de barils par jour jusqu'à la fin de l'année 2018, comme prévu dans l'accord qui a été conclu le 10 décembre à Vienne en Autriche. L'accord qui lie l'Organisation des pays exportateurs de pétrole à ses alliés a atteint un taux de conformité de 109%, en juillet. Ce qui représente près de 2 millions de barils par jour. Soit largement plus que ce que stipulait l'accord mis en oeuvre le 1er janvier 2017 et qui expire la fin de l'année en cours. L' «alliance» Opep-non Opep a décidé d'ajuster le tir. «Les pays participants à la «Déclaration de coopération» ont atteint un niveau de conformité de 109% en juillet 2018, ce qui montre des progrès significatifs vers l'objectif fixé lors de la réunion Opep et non Opep à Vienne du 23 juin 2018, qui ont suivi et approuvé les décisions prises à la 174e réunion de la conférence de l'Opep tenue le 22 juin 2018», a indiqué, dans un communiqué publié le 30 août 2018, le Comité ministériel conjoint de suivi de l'accord Opep-non Opep (Jmmc) qui a examiné le rapport mensuel préparé par son Comité technique mixte. Les pays membres de l'Opep et leurs 11 partenaires dont la Russie se sont engagés en juin dernier à respecter le niveau global de conformité, volontairement ajusté à 100%, à compter du 1er juillet 2018 jusqu'à son expiration. Rendez-vous est pris à Alger, le 23 septembre prochain pour un nouveau bilan. Dans l'attente de cet événement, l'Algérie s'est déjà prononcée pour le maintien de l'accord, conclu le 10 décembre 2016 entre les «24». Le pays qui a besoin d'un baril à 100 dollars pour équilibrer son budget ne fera pas la fine bouche dans le cas où il venait à atteindre les 80 dollars les jours prochains. Et ça à l'air d'en prendre le chemin. Hier vers 15h40, heure algérienne le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre, dont c'est le premier jour d'utilisation comme contrat de référence, valait 78,34 dollars sur l'Intercontinental Exchange de Londres, en hausse de 70 cents par rapport à la clôture de vendredi. Dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude» pour le contrat d'octobre prenait 31 cents à 70,08 dollars. Ce «pic» pourrait être davantage exacerbé avec de nouvelles sanctions financières infligées par les Etats-Unis au Venezuela. Au lendemain de la réélection de Maduro, ils avaient menacé de mettre en oeuvre d'autres représailles pour isoler davantage son pays en proie à une crise financière. La production du Venezuela pourrait dans ce cas encore diminuer de 500 000 barils par jour d'ici la fin de l'année et tomber ainsi sous la barre du million de barils par jour. La remise en cause de l'accord du nucléaire iranien, les sanctions désormais en action contre Caracas jouent en faveur d'une hausse exceptionnelle des cours de l'or noir. Le baril pourrait refaire le plein plus vite que prévu...