La guerre permanente

Le chef de l'Etat a mis la corruption en tête des fléaux à combattre, justifiant la création du front populaire.

L'affaire dite d'El Boucher, celle du sénateur et bien d'autres, moins connues du grand public, suivront leur cours, jusqu'au prononcé du verdict final. S'en tenant au principe de la présomption d'innocence, l'institution judiciaire n'est pas moins instruite par le premier magistrat du pays, de ne jamais accorder une quelconque circonstance aux corrompus, lorsque leur culpabilité est avérée. Beaucoup de procès retentissants ont eu lieu, ces 20 dernières années, qui ont fait dire à pas mal d'observateurs, l'impossibilité d'un aboutissement en raison de liens et autres relations d'intérêts avec tel ou tel autre centre du pouvoir. Mais le déroulé desdits procès, les débats publics et les verdicts rendus ont démenti les appréhensions des observateurs, de sorte qu'il a été clairement établi la volonté des plus hautes autorités du pays de combattre la corruption. Il n'est pas dit, cependant, que l'indépendance des juges suffise, à elle seule, à garantir l'efficacité de la lutte contre la corruption. La formation des magistrats pour ce genre d'affaires est une condition sine qua non pour la réussite d'une des missions les plus sensibles, de l'institution judiciaire. Il y a certes beaucoup d'insuffisances que la justice algérienne doit rattraper, pour gagner en crédibilité et s'imposer effectivement comme le recours juste et ultime de tout citoyen. Dans le registre de la corruption, la crédibilité vaut son pesant d'or. Et pour cause, d'affaire en affaire, la justice algérienne démontre sa maturité et sa détermination à camper son rôle dans la société. Il arrive, cependant, que des brebis galeuses, qui exercent en son sein, remettent régulièrement en cause des avancées réelles. Mais ce qui est sûr, c'est que la lutte contre les corrompus dans les couloirs des tribunaux se fait inlassablement, et régulièrement, l'opinion nationale est informée des poursuites engagées contre des fonctionnaires de justice véreux. Cela pour dire que la lutte est permanente et les résultats obtenus, même s'ils ne paraissent pas spectaculaires, sont concrets.
Cela pour ce qui concerne le corps de la magistrature qu'il faudra, certes, accompagner, pour lui permettre de rendre des verdicts de qualité, mais également «protéger» contre toute tentation. A ce niveau, la guerre contre la corruption ne doit pas connaître de répit. Maintenant, si les juges sont le bras armé de l'Etat dans son combat contre le fléau de la corruption, les Algériens dans leur grande majorité, sont censés être cette armée appelée à lutter pour la survie de la nation. En effet, si le chef de l'Etat a mis la corruption en tête des méfaits, justifiant la création du front populaire, c'est précisément parce qu'une société qui cède face à la criminalité en col blanc, creuse elle-même sa tombe. Quoi qu'en disent certaines mauvaises langues, l'Algérie n'est pas prise dans le piège de la corruption. Celle-ci est l'un des sujets de discussions au quotidien, et parce que c'est le cas, c'est qu'au sein de la société, l'esprit de résistance est bel et bien vivant. Le président de la République ne se trompe pas en appelant à la mobilisation des Algériens pour combattre la corruption. Son rôle, en tant que chef de l'Etat, il l'a assumé en protégeant l'indépendance des juges, le corpus judiciaire a été amendé sur son instruction, les magistrats ont subi des formations pointues, d'importants moyens matériels et financiers ont été mobilisés pour améliorer la qualité des prestations de la justice. Tout cela doit s'appuyer sur le nationalisme des citoyens. Que les Algériens sachent donc, une bonne fois pour toutes, que tous les investissements consentis n'ont qu'un seul objectif: une justice indépendante et crédible. Il est important qu'ils y croient pour mettre les corrompus sur la défensive.