CORRUPTION: LOUH ANNONCE LA CRÉATION D'UN PÔLE PÉNAL DÉDIÉ AUX AFFAIRES FINANCIÈRES

Le glaive de la justice

L'engagement de l'Etat à lutter sans merci contre les affaires de corruption qui ont éclaboussé l'été 2018. Cet engagement, Tayeb Louh l'avait manifesté
L'engagement de l'Etat à lutter sans merci contre les affaires de corruption qui ont éclaboussé l'été 2018. Cet engagement, Tayeb Louh l'avait manifesté

Cette déclaration du ministre de la Justice, la première de la rentrée politique et sociale, se veut comme une mise en garde à l'encontre de tous ceux qui pensent que leurs fonctions les mettent à l'abri des poursuites judiciaires.

C'est à partir de Tindouf où il effectuait, hier, une visite de travail, que le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Tayeb Louh, a choisi de répondre aux sénateurs protestataires qui ont boycotté, rappelons-le, la semaine dernière l'ouverture de la session du Conseil de la nation, en signe de solidarité avec leur collègue, le sénateur RND de Tipasa, Malik Boudjouher, détenu pour corruption. «Personne n'est au-dessus de la loi et personne ne peut échapper à la justice et aux lois de la République quel que soit son statut», a déclaré le ministre. Tenant à ce que sa réponse soit tranchante, il a ajouté «la justice ne fermera pas l'oeil sur ces dossiers dans lesquels sont impliqués des élus, des politiques et des cadres de l'Etat». Cette déclaration de Tayeb Louh, la première de la rentrée politique et sociale, se veut comme une mise en garde à l'encontre de tous ceux qui pensent que leurs fonctions les mettent à l'abri des poursuites judiciaires. Elle se veut aussi comme une assurance quant à l'engagement de l'Etat à lutter sans merci contre les affaires de corruption qui ont éclaboussé l'été 2018. Cet engagement, Tayeb Louh l'avait manifesté, en août dernier, lors de ses déclarations sur l'affaire de Kamel Chikhi, plus connu sous le sobriquet d'El Boucher, où il avait affirmé que «l'enquête n'épargnera personne» quel que soit son statut. Le ministre est également revenu sur l'indépendance de la justice, l'un des fondements d'un Etat de droit, affirmant que l'appareil judiciaire «accomplit sa mission avec sérieux et fermeté pour lutter contre la corruption, conformément aux directives et orientations du président de la République».
Le discours tenu par le ministre fera, à ne pas en douter, l'effet d'une douche froide aux sénateurs qui ont brandi le respect de la procédure de levée de l'immunité parlementaire pour exiger du président du Sénat de demander la libération du sénateur corrompu tout en mettant en sourdine le fait que ce représentant du peuple a été pris en flagrant délit de corruption, ce qui rend caduque, par la force de la loi, l'immunité du parlementaire. Le procureur de la République, qui a décidé de la mise en détention de Malik Boudjouher, est un homme de loi. Il ne peut donc pas méconnaître les textes. Mais même les sénateurs frondeurs ne peuvent pas ignorer la loi! Défendre un collègue pris la main dans le sac, est, il faut oser les mots, une attitude irresponsable. Car soutenir une personne accusée de corruption, c'est approuver l'impunité, ce qui discrédite l'institution parlementaire. Malik Boudjouher n'est pas une personne corrompue avant que la justice ne se prononce certes, mais il n'est pas innocent pour autant. Et si les membres de la chambre haute cherchent des poux dans la tête d'un chauve en exigeant le respect à la lettre de la procédure, à savoir le respect de l'article 128 de la Constitution qui prévoit dans le cas «de flagrant délit ou de crime flagrant», la possibilité pour le bureau de l'APN ou le Sénat, selon le cas, d'introduire une demande pour la suspension des poursuites et la mise en liberté du député ou du sénateur, il y a alors urgence à revoir cette question d'immunité. Sur cette question, il y a lieu de rappeler, que l'année dernière, Tayeb Louh avait évoqué la nécessité d'engager un débat permettant d'aboutir à un équilibre législatif à même de garantir l'immunité parlementaire au député sans limitation des prérogatives de la justice pour l'examen des éventuels dépassements dans ce domaine. En appelant à un débat serein sur la question de l'immunité du parlementaire, Tayeb Louh a été, il faut le dire, l'un des rares responsables à évoquer un sujet presque tabou. Le débat proposé est malheureusement resté au stade de l'évocation. Aujourd'hui que le pays est face à une multitude d'affaires de corruption où sont impliquées des personnes bénéficiant de l'immunité parlementaire ou encore du privilège de juridiction, il est plus que nécessaire que la justice soit renforcée afin de lui permettre d'agir en toute liberté et loin des pressions. Car comme l'a affirmé encore une fois, hier, Tayeb Louh «il n'y a pas d'exception. Tous ceux qui sont impliqués dans des affaires de corruption seront traités selon les textes de loi de la République. Il n'y aura pas de traitement spécial ni dans un sens ni dans l'autre». Cette fermeté affichée à l'encontre des transgresseurs des lois, des corrompus et de tous ceux qui abusent de leur pouvoir s'inscrit en droite ligne dans la démarche décidée par le président de la République qui a appelé, dernièrement, les enfants de l'Algérie à «renforcer l'édifice d'un front populaire solide» permettant de «faire face à tous les fléaux et en premier lieu la corruption et la drogue qui rongent notre économie et notre société».

Un pôle pénal dédié aux affaires financières sera créé
Le ministre de la Justice, Tayeb Louh, qui a déclaré hier à Tindouf, qu'une justice forte et indépendante peut contrecarrer les différentes formes de la corruption, a annoncé la création d'un pôle pénal dédié aux affaires financières «qui sera doté de tous les moyens humains et matériels nécessaires lui permettant de mener sa mission avec efficacité, dans la lutte contre le crime de la corruption, dans le cadre de la poursuite des réformes du système juridique visant l'amélioration de l'efficacité de lutte contre la corruption».