EN DÉPIT D'UNE SAUTE D'HUMEUR DANS UN STADE DE FOOTBALL

L'amitié algéro-irakienne est indemne

Les gradins des stades de football en Algérie ont, de tout temps, résonné au rythme de chants sportifs, revendications politiques ou pour exprimer le ras-le-bol de la jeunesse algérienne. Les supporteurs de clubs de football reprennent souvent en choeur, dans une parfaite harmonie, des chants au contenu politique parfois étonnant, inattendu et souvent sans mesurer les conséquences des slogans C'est ce qui est arrivé, hier, lors du match qui a opposé l'USM Alger au club irakien ´´Forces Aériennes´´. Au stade de Bologhine, la rencontre n'est pas allée à son terme puisque les Irakiens ont préféré quitter le terrain à la 70e minute, pour protester contre le chant des supporters du club algérois qui glorifie l'ancien président de ce pays, Saddam Hussein. La colère des Irakiens ne s'est pas limitée aux sportifs. L'affaire a pris une tournure d'incident diplomatique puisque l'ambassadeur d'Algérie en Irak a été convoqué par le ministère irakien des Affaires étrangères. Le ministère irakien des Affaires étrangères a dénoncé le comportement de certains supporters présents lors du match, demandant «des éclaircissements aux autorités compétentes pour cet acte condamnable». Il faut dire que ce n'est pas la première fois que les chants des supporters algériens sont mal perçus et causent des couacs à la diplomatie algérienne. On se souvient de celui de l'an dernier lorsque l'Arabie saoudite s'était plainte d'un tifo dans les tribunes du stade de Aïn M'lila. Ou encore en 2012, dans un match des éliminatoires d'une coupe d'Afrique entre l'Algérie et la Libye où les supporters huaient les Libyens en criant «Ya djourdhan (rats)». A l'époque, les joueurs libyens se sont arrêtés un moment pour exprimer leur mécontentement, mais ont toutefois continué la partie. Ce n'est pas le cas des Irakiens qui, eux, ont préféré politiser l'incident malgré les excuses exprimées par des responsables sportifs algériens. En fait, les Algériens et même les supporters portent énormément d'affection à l'Etat irakien et à son peuple. Ils n'oublient nullement que ce pays frère a toujours été à leurs côtés lors de la guerre de libération menée contre la France coloniale. Le soutien de l'Irak a été financier, logistique et politique. Faut-il rappeler que l'Irak a été le premier pays à reconnaître le Gouvernement provisoire de la République algérienne (Gpra), quelques minutes seulement après sa proclamation. Ces positions de l'Irak, l'Algérie, gouvernement et peuple, ne les oublie pas et en tire une fierté, mais aussi une grande amitié. Et c'est ce que ne devrait pas oublier également l'Irak qui doit prendre en considération qu'en Algérie, les tribunes sont un espace d'expression libre. Certes, cela devrait peut-être changer mais actuellement les gradins représentent une forme de soupape pour la société. Au stade, la jeunesse accuse, condamne, insulte... évacue sa charge contre tous ceux qu'elle tient pour responsables de ses malheurs. Elle exprime son profond malaise ou encore son désir de harga. Ces chants permettent à la jeunesse de communiquer à sa manière, de dire qu'elle existe. Les supporters dans le stade ne forment pas un mouvement organisé qui cherche à passer des messages politiques. Loin de là, ce sont juste des jeunes dont les paroles dépassent souvent la pensée. Faut-il les censurer? Non pas exactement, il faut peut-être expliquer aux supporters algériens qu'ils peuvent plaisanter, s'énerver et même laisser éclater leur colère, mais en famille et de façon intra-muros. Aux invités de l'Algérie, ils doivent hospitalité et respect. Cela va éviter à la diplomatie algérienne de se plier, à chaque fois, en deux, pour rattraper leurs sornettes.