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RAPHAËLLE BRANCHE, HISTORIENNE, À L'EXPRESSION

"C'est un acte politique fort et clair"

Par
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Raphaëlle Branche est historienne, spécialiste de la guerre d'Algérie, auteure de plusieurs livres sur la guerre d'Algérie traitant notamment de la torture, en l'occurrence son livre «La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie» (1954-1962). Elle est aussi rédactrice en chef de la revue Vingtième siècle, revue d'histoire et membre du Conseil supérieur des archives. Dans cette interview, elle soutient que «la vérité historique est connue depuis bien longtemps», et d'ajouter: «Certes, Emmanuel Macron n'a pas dit les choses aussi explicitement, mais son texte va bien au-delà du cas de Maurice Audin.»

L'Expression: Que signifie pour vous en tant qu'historienne la décision d'Emmanuel Macron de reconnaître l'existence d'un «système de torture légalement institué». Quel sens lui donnez-vous?
Raphaëlle Branche:
C'est la première fois que l'Etat français reconnaît que les tortures, qui ont été massivement pratiquées pendant la guerre, n'étaient pas des bavures ou des mensonges, mais bien des violences constitutives du système répressif. C'est donc absolument essentiel. Cette vérité historique est connue depuis bien longtemps. Pierre Vidal-Naquet en avait, dès la guerre, apporté plusieurs preuves. J'avais, dans ma thèse soutenue en présence de Pierre Vidal-Naquet, complété ce qu'on pouvait en dire, notamment grâce aux archives militaires que j'avais pu voir. Désormais, il s'agit d'un acte politique: cette déclaration dit une vérité de nature politique qui s'appuie sur les faits et les reconnaît. Enfin, la France d'aujourd'hui peut regarder ce passé et dire: je m'en distingue et je reconnais que ce qui a été fait à cette époque est condamnable.

N'est-ce pas que ce geste audacieux du président Macron va contribuer à dépassionner davantage les rapports entre les deux pays et ouvrir d'autres dossiers demeurant encore fâcheux pour Alger tout comme Paris?
On peut le souhaiter. Dans un premier temps, ce texte va permettre aux familles de disparus d'espérer trouver des informations sur leurs proches dans les archives, dès que les conditions réglementaires et matérielles seront réglées pour que l'annonce présidentielle devienne concrète. Plus largement, il peut aussi servir de base à une discussion avec les autorités algériennes pour tenter d'obtenir des informations sur les lieux d'inhumation des corps des disparus. Dans un deuxième temps, le président Macron s'attachera peut-être à prolonger sa déclaration, qui ne porte que sur la période de la guerre, par une déclaration plus vaste sur la période coloniale. Il me semble que les positions qu'il a prises jusqu'alors permettent d'imaginer qu'un geste en ce sens est possible.

A votre avis, sommes-nous dans une démarche de reconnaissance à dose homéopathique? Car, en définitive, on ne peut éviter la question: qu'en est-il de la responsabilité de l'Etat français dans la torture et l'assassinat de milliers d'autres Algériens?
Votre question m'étonne car, précisément, c'est ce que je lis dans cette déclaration: la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat pour l'ensemble des disparus qui ont été arrêtés par les forces de l'ordre françaises. Certes Emmanuel Macron n'a pas dit les choses aussi explicitement, mais son texte va bien au-delà du cas de Maurice Audin. Josette Audin et ses enfants peuvent sans doute être vus comme le symbole des familles algériennes qui ont, elles aussi, pu voir disparaître du jour au lendemain un proche dans les mains des militaires français et ne plus jamais revenir.

Le geste officiel de Macron, est-il l'aboutissement d'un travail mené par des historiens, intellectuels ou un acte purement politique?
Cette reconnaissance vient d'abord répondre à l'acharnement de la famille Audin qui réclame la vérité depuis 1957. Elle a pu s'appuyer sur l'engagement de plusieurs générations de militants qui se sont relayées jusqu'à nos jours pour que la vérité soit reconnue et assumée par l'Etat. Au-delà, l'appel des douze (signé par Mme Audin) demandait une reconnaissance globale de la pratique de la torture. Ces actions militantes, appuyées sur des travaux historiques ou journalistiques, n'ont pas cessé. L'apport des historiens est d'avoir rendu indiscutable le fait que la torture était une violence massivement pratiquée en Algérie et impunie. J'ai aussi expliqué à quelles fins elle avait été utilisée et pourquoi elle était devenue si centrale dans la répression des indépendantistes algériens. J'attache personnellement, en tant que citoyenne française, beaucoup d'importance à ce que la République française soit capable de condamner ces actions et à ce que l'Etat soit capable de regarder ce passé en s'en distanciant fermement. La tâche est très noire; il était impossible de l'ignorer - ce que tous les gouvernements successifs avaient pourtant fait jusqu'à hier. L'acte est politique assurément et c'est pour cela que je le prends: un acte politique fort et clair.

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