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30 ANS SONT PASSÉS DEPUIS LA RÉVOLTE DU 5 OCTOBRE 1988 :QUESTION AUX JEUNES NÉS APRÈS LES ÉVÈNEMENTS

Racontez-nous octobre...

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«La génération d'Octobre 1988 tire une légitimité avec cette date»«La génération d'Octobre 1988 tire une légitimité avec cette date»

Que ce soit les trentenaires ou les moins de 30 ans, on a tous entendu parler de cette date importante de l'histoire de l'Algérie. Mais de là, à savoir précisément de quoi il retourne, c'est une autre histoire que tentent de nous raconter des jeunes rencontrés dans la rue ou interrogés sur les réseaux sociaux... Appréciez plutôt!

«Le 5 Octobre 1988: ce n'était pas la révolution que l'on appelle des Stan Smith?». C'est avec ce trait d'humour que définit Sihem. B, le 5 Octobre 1988. Une réponse burlesque qui témoigne du peu de connaissances qu'ont les jeunes de cette date, pourtant charnière, dans l'histoire récente de l'Algérie. Mais de là, à dire qu'ils ignorent complètement la symbolique de cette date, il y a un pas que ces jeunes refusent de franchir. «On n'est pas inculte à ce point. C'est juste que les espoirs qui berçaient nos aînés se sont transformés en nos désillusions...», tient à souligner Farid. O, né un certain 4 octobre 1988! Pour ce jeune chirurgien dentiste, ce «mai 68» algérien n'aura rien apporté de bien. «C'est vrai que c'était à partir de là que le multipartisme a vu le jour. Mais concrètement qu'avons-nous fait avec ces partis? Si ce n'est avoir des Benhamou et Naïma Salhi qui font les clowns en nous faisant croire que c'était cela la liberté d'expression», poursuit-il avec colère.

Une leçon pour... les autres
«Je suis en train de constater amèrement une situation qui est pire que celle du parti unique. Je ne suis peut-être pas objectif du fait d'avoir grandi pendant les années de braise», souligne-t-il avec beaucoup d'amertume. «Car dans mon esprit, le terrorisme était le résultat de cette révolution volée, par les islamistes un peu comme ils ont essayé de le faire en Égypte ou en Tunisie», soutient ce même jeune homme. Youba, médecin de son état, partage le même avis. Pour ce jeune médecin né en 1992, Octobre 1988 a été détourné par les islamistes qui étaient à l'affût de la moindre ouverture. «Il est vrai que cette date a permis d'arracher plus de liberté. Mais le peuple qui souffrait de la malvie et des années de dictature a été très très vite endoctriné par les islamistes», estime-t-il. «Ils ont fait dans le populisme, ils ont fait peur au peuple, ils se sont appuyés sur une fausse interprétation de la religion pour servir leurs ambitions partisanes. La révolte des jeunes qui espéraient plus de liberté et surtout une meilleure vie s'est transformée en un moyen d'imposer l'islamisme!», peste le docteur Youba. Mehdi qui se montre aussi pessimiste de la résultante d'Octobre 1988 sur les Algériens estime, cependant, que cela aura été une bonne leçon pour les peuples voisins.
«Plus de 20 ans avant le fameux printemps arabe, on a vécu l'automne algérien. Cela ne nous a rien apporté de bon, mais a permis à nos voisins, notamment tunisiens, de ne pas faire les mêmes erreurs que nous...», pense cette architecte. Sarah. D, née en 1990, commerciale dans une multinationale, qui refuse de voir l'aspect politique de la chose, mais se penche plutôt sur le côté économique. «Je sais que c'est après cette révolte que l'Algérie est passée du socialisme au capitalisme. Je suis consciente que c'est grâce à cela que je peux travailler dans une multinationale et toucher un aussi bon salaire», avoue cette demoiselle. Néanmoins, celle qui semble être adepte de la théorie du complot assure que c'est le début de la guerre des lobbys. «Koul Wahed yedreb el djib de l'autre (chacun essaye de prendre sa part). Les émeutes et tout le reste ce n'était qu'une excuse pour se partager le gâteau...», lance-t-elle avec une terrible haine. Yanis, son fiancé, qui l'accompagnait ne partage nullement son avis. Il lui coupe la parole pour, dit-il, mettre les points sur les «i».

Le début de la démocratie!
«Octobre 1988 est un grand moment de l'histoire du pays. Je ne pèse pas mes mots en qualifiant cela de révolution. Les jeunes se sont spontanément révoltés et sont tous sortis dans les rues pour changer les choses», rappelle ce fonctionnaire qui est complètement à l'opposé de sa future femme. «Ils ont réussi à le faire. On est certes passé par des moments difficiles, mais pour moi cela n'a rien à voir avec Octobre 1988. Il fallait que l'Algérie passe par cela... C'est tout simplement le début de la démocratie», pense-t-il. Si ces jeunes ont une idée bien précise de ce fameux 5 Octobre 1988, d'autres n'en n'ont que vaguement entendu parler. «Nasmaâ biha (j'en ai entendu parler, Ndlr). Mais de quoi, il s'agit, je ne sais pas, cela ne m'intéresse pas. Je suis né en 1995, ce qui m'importe c'est ce que je vis maintenant», témoigne Nassim, vendeur dans un magasin d'habillement. Chose que partagent beaucoup d'autres jeunes. Même Nabila qui est pourtant très politisée. Elle refuse, au début, d'évoquer cette date avant de lâcher quelques mots. «On passe notre temps à critiquer la nouvelle génération en nous faisant passer pour des bons à rien», a-t-elle déploré. «La génération d'Octobre 1988 tire une légitimité avec cette date. Moi je ne la reconnais pas! Non pas du fait que le combat de mes aînés ne portait aucune symbolique, mais du fait que selon moi, cela n'a rien changé», dit cette ingénieure. «Les choses ont-elles vraiment changé? Moi j'ai l'impression d'être revenu 30 ans en arrière. Non pas à cause des Stan Smith qui sont revenus à la mode, mais du fait qu'en 2018 il y ait encore des chaînes humaines pour espérer avoir un...sachet de lait», conclut-elle très amèrement...

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