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À LA LOURDE MALADIE S'AJOUTE L'ABANDON FAMILIAL

Les sidéens seuls face à leur détresse

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Sida: le mal du siecleSida: le mal du siecle

Sur plus de 11.000 sidéens soignés en Algérie, pas moins de 1200, venus à Oran des différentes wilayas du pays, sont abandonnés par leurs progénitures. Le sida étant un tort social difficile à supporter, il semble bien que l'abandon se généralise.

Un sidéen, âgé de 46 ans, s'est donné la mort en fin de journée du lundi dernier en se jetant du premier étage du service des maladies infectieuses du CHU Benzerdjeb.
L'homme a été pris, pendant de longues années, en charge dans ledit service avant que son état de santé ne se dégrade, d'où son hospitalisation. Le malade souffrait-il de problèmes psychiques? A-t-il été abandonné par sa famille? «Le défunt était un modèle de patience et connu pour son comportement correct vis-à-vis des praticiens», a-t-on témoigné.
Pour sa situation sociale, ajoute t-on «seule l'enquête, ouverte par les policiers, est en mesure de répondre à toutes ces questions», a-t-on expliqué soulignant que «la prise en charge des personnes séropositives ne se résume pas à des soins médicaux, mais comporte en complément, dans le cadre d'une démarche de prise en charge globale, des mesures d'accompagnement visant à développer et maintenir l'autonomie des personnes à l'égard de la maladie en leur assurant l'accompagnement psychologique, une éducation thérapeutique, une éducation nutritionnelle, mais surtout plaider, auprès de leurs familles, pour un accompagnement socio-économique».

Tabou, abandon et détresse
Dans leur démarche, ajoute-t-on, les spécialistes assurent «la prise en charge globale permettant la création des conditions les plus favorables à sa participation aux soins, notamment à une prise régulière du traitement et à un suivi au long cours». Aussi, ces praticiens sont tenus par le respect de la confidentialité sur le statut sérologique. Il s'agit là d'un élément indispensable à une relation de confiance avec les patients. «Toute transmission d'informations à l'entourage doit avoir reçu l'accord de la personne concernée», souligne-t-on. Le médecin ou l'infirmier est tenu de comprendre ce que ressent la personne malade tout en demeurant professionnel, objectif et efficace dans sa relation avec le malade sans procéder au jugement de valeur ni afficher une attitude charitable et compassionnelle, dans un contexte fortement marqué par des valeurs religieuses. La maîtrise de soi est, en ce sens, de mise», a-t-on détaillé soulignant qu'aux «fins de répondre aux besoins des personnes séropositives, l'accompagnement psychologique exige une prise en charge en réseau, dans un cadre complet de soins et de compétences». «Le travail en équipe met en valeur le cadre interdisciplinaire, que ce soit au sein d'une organisation ou d'une institution, ou en liaison avec d'autres organisations et institutions». «Il est plus que nécessaire d'orienter avec exactitude les personnes concernées vers d'autres personnes et structures, quand cela est nécessaire.
En somme, vivre en trimballant le sida ou encore toute autre maladie, n'est pas une si simple affaire. Du moins dans la société vivant au rythme des valeurs archaïques. Une telle réalité est, à plus d'un titre, vérifiable au niveau de tous les services des différents hôpitaux d'Oran. Des familles entières responsabilisent les médecins en leur confiant leurs proches sans plus donner signe de vie après. D'autres, optent carrément pour l'abandon de leurs proches une fois hospitalisés et pris en charge. Il s'agit très précisément des malades souffrant des problèmes psychiatriques. Un tel constat est de visible au niveau de l'hôpital psychiatrique de Sidi Chahmi. Plusieurs dizaines de ces patients sontdans l'attente depuis plus de trois ans, d'un geste de leurs familles. À Oran, la détresse de sidéens se fait, en tous les cas, sentir. Sujet à tabou, plusieurs dizaines de personnes souffrent de maladies psychiatriques.

Le maillon faible
Pour cause, ils sont tout simplement abandonnés par leurs...familles, mais totalement pris en charge par la maison l'hôpital psychiatrique de Sidi Chahmi. Plusieurs dizaines de ces patients sont en attente depuis plus de trois ans d'un geste fort provenant de leurs familles les ayant remis entre les mains des spécialistes dudit établissement. «C'est une véritable problématique posée pour les responsables de la santé», a-t-on indiqué expliquant que «des familles de ces patients ne manifestent plus leur volonté quant à récupérer leurs enfants».
Plus loin encore, certaines familles n'ont trouvé rien de mieux à faire que de changer complètement de domicile, une façon de brouiller toutes les pistes pouvant mener leur progéniture à les retrouver. D'autres, celles-là sont également nombreuses, continuent à faire la sourde oreille aux courriers de l'hôpital psychiatrique les invitant à se présenter en vue d'accompagner les membres de leur famille qu'elles ont abandonnés. La majeure partie de ces malades est venue de plusieurs localités de l'ouest et du sud-ouest du pays. Le sida, cette maladie est vue autrement. Chez plus d'une famille, cette pathologie constitue un tort social difficile à supporter. L'abandon des malades se généralise-t-il? Là également rien n'indique l'inverse! Pas moins de 1200 sidéens, venus des différentes wilayas du pays pour se soigner à Oran, sont abandonnés par leurs progénitures. Les préjugés font état que tout sidéen est un dépravé ou encore un débauché. Leurs seuls gîtes les abritant ne sont autres que les box exigus et autres chambres spécifiques des différentes structures sanitaires d'Oran dont le service des maladies infectieuses près le Centre hospitalo-universitaire Benzerdjeb. Des spécialistes sont unanimes. La sentence de la «démission» leur ayant été infligée par leurs familles est la principale raison de leur abattement vu que celles-ci ne leur rendent nullement visite, ne serait-ce que dans le cadre d'une opportunité occasionnelle. Hommes et femmes sont figés dans leur souffrance, en silence, les terrassant à petit feu tout en continuant à faire l'objet de toutes les formes de stigmatisation exprimées à leur encontre aussi bien par la société que, plus grave encore, par leurs...proches, parents et voisinage.

Doublement victime
«Chez la majeure partie de ces malades, la cassure est expansive tandis que le fossé les séparant de leurs familles et de leurs proches s'agrandit davantage», dira un psychiatre ajoutant que «dans plusieurs cas, plusieurs dizaines de ces patients font des crises d'anxiété difficiles à gérer aussi bien par eux-mêmes que par les psychologues chargés de les assister moralement». Se sentant coupables alors qu'ils sont victimes des différentes situations sociales, leurs crises s'accentuent davantage à la faveur des soins qui leur sont prodigués par les praticiens de la santé. «Ces malades ne voient que la mort rôder dans tous les couloirs des structures les abritant», a affirmé le psychiatre. Ce n'est pas tout. Le traitement médical du sidéen est d'autant plus exceptionnel qu'une simple maladresse suffit pour que le patient chavire dans un état psychologique dégradé. Une simple extraction d'une dent d'un sidéen nécessite un traitement particulier. Le malade commence à s'agiter dès qu'il s'aperçoit que le dentiste entame les procédures de la stérilisation totale de ses équipements. Et le psychiatre de juger utile de souligner que «vu les gros moyens techniques et les plateaux médicaux exceptionnels à mobiliser par les chirurgiens-dentistes, l'extraction d'une molaire chez le sidéen revient au coût de 6000 dinars». D'autres (dentistes), se comptant sur les doigts d'une seule main, versent brutalement dans le rejet en se cachant derrière le fallacieux prétexte de disette et de pénurie des produits et outils médicamenteux. Là encore, les sidéens, se sentant marginalisés encore plus, se mettent aussitôt dans tous leurs états.
La cote d'alarme est-elle atteinte? En 2017, le Laboratoire national de référence du VIH/sida (Lnrv) de l'institut Pasteur-Algérie a enregistré 723 nouveaux cas de sida durant la période allant du 1er janvier au 30 septembre 2017 au niveau national. Cela représente un indice de stabilité du nombre de cas recensés depuis quatre années. Un total cumulé de 11385 personnes dont 6347 hommes et 5038 femmes ont été diagnostiquées séropositives pour le VIH depuis le début de l'épidémie en 1985 jusqu'au 30 septembre 2017, selon le Laboratoire national.

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