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DES CANDIDATURES FANTAISISTES POLLUENT LE SCRUTIN PRÉSIDENTIEL

Le temps des bouffons

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Le temps des bouffons

Sans attenter au droit du citoyen de se présenter à toute consultation, la loi peut mettre quelques préalables, comme par exemple soumettre le retrait des imprimés à une caution financière, remboursable en cas d'atteinte d'un certain nombre de parrainages.

Le processus électoral qui, au plan administratif suit normalement son cours, est entré ces deux derniers jours dans sa phase «anecdotique», avec les candidatures fantaisistes qui ont déjà fait le tour du Web. Ainsi, de la dame qui va voir ce qu'il y a à faire, une fois à El Mouradia, au monsieur, dont le premier acte de président consiste à s'offrir un steak, en passant par le jeune homme qui prévoit de dissoudre Air Algérie, l'inébranlable Bencherif et autre bonhomme au burnous, la chronique présidentielle foisonne de ces personnages «incontournables» en pareille étape du processus électoral.
Cette séquence du feuilleton électoral qui, faut-il le souligner, fait tourner la présidentielle en ridicule, en ce sens que les propos des uns et des autres relèvent des clowneries, n'est pas près de son épilogue. D'ici à la clôture de la période de retrait des imprimés relatifs aux parrainages des citoyens et des élus, d'autres personnages défileront au ministère de l'Intérieur. Des anecdotes, on en aura encore beaucoup, et des scènes burlesques autour de la présidentielle du 18 avril prochain ne tarderont pas à inonder la Toile et partant, tourner en ridicule le processus et la classe politique nationale.
Ce constat, que l'opinion fait à la veille de chaque rendez-vous de la présidentielle, peut constituer «un petit moment de détente» avant de passer aux choses sérieuses, censées débuter le 4 mars prochain. Sauf que les «candidats du vendredi» ont ceci de fâcheux: ils parasitent le champ politique et tendent la perche à ceux et celles qui veulent se jouer de la crédibilité du scrutin. Cela ne dure que quelques semaines, mais coûte tout de même au contribuable la somme de tous les imprimés distribués gratuitement et qui ne serviront à rien.
Les fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, chargés de fournir les fameux imprimés de parrainage, ont l'obligation légale de ne refuser à aucun citoyen algérien le droit à ces documents nécessaires pour candidater à la magistrature suprême du pays. C'est la loi. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit lors de la présidentielle de 2014 où pas moins de 106 demandes ont été introduites. Dans le lot, à peine une dizaine étaient sérieuses. Pour cette élection, il y a de fortes chances que le chiffre de la précédente soit atteint, voire battu. Et pour cause, en l'espace de quelques jours seulement, 50 Algériens ont formulé leur désir de devenir président de la République. Certains pourraient trouver dans cette séquence une sorte d'exutoire pour une centaine de «rêveurs» ou de plaisantins. Mais doit-on au nom de la démocratie imposer ces personnages aux 40 millions d'Algériens qui, d'une manière ou d'une autre, financent le scrutin? La réponse à cette interrogation peut prendre des accents populistes, du genre: la candidature est un droit fondamental pour tous. Mais encore, faut-il disposer des capacités et des compétences pour se hisser à la hauteur d'une ambition présidentielle.
Cela pour dire que si la législation actuelle ne le prévoit pas, il serait tout de même opportun de s'assurer en amont du sérieux des candidats à la candidature. Sans attenter au droit du citoyen de se présenter à toute consultation, la loi peut mettre quelques préalables, comme par exemple soumettre le retrait des imprimés à une caution financière, remboursable en cas d'atteinte un certain nombre de parrainages. Ou tout autre «digue» susceptible d'amener les gens à réfléchir avant d'entamer une démarche qui n'a de sens que celui de passer à la télévision et amuser la galerie. Et donner, par la même, aux détracteurs de la démocratie l'occasion de railler l'Algérie. Il suffit, en effet, de parcourir les commentaires laissés sur les réseaux sociaux pour se rendre compte de la perche que tendent nos «plaisantins» à des personnages aigris qui ne cherchent qu'à décrédibiliser l'Algérie et sa jeune démocratie. En attendant, l'opinion nationale est frustrée d'un vrai débat de fond sur le prochain rendez-vous électoral.

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