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QUELQUES JOURS APRÈS UNE ATTAQUE HAINEUSE DES ISLAMISTES, NOURIA BENGHEBRIT SE CONFIE À L'EXPRESSION

"Mon combat pour l'école"

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Systématiquement «épinglée» par les islamistes pour chacune de ses décisions et déclarations, la ministre de l'Education nationale aura été la «grande combattante» de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis mai 2014. Nouria Benghebrit, qui a fait l'objet, la semaine dernière, de violentes attaques des islamistes sur la question de la prière dans l'enceinte scolaire, termine son quinquennat à la tête du secteur sur une vague menace de grève que brandissent six syndicats du secteur. Lorsqu'on l'interroge au sujet de la grande bataille qu'elle mène, pour la modernisation de l'école algérienne et la résistance aux forces de l'obscurantisme, la ministre refuse de tomber dans les travers de l'idéologie. Elle fait face à des hommes endoctrinés et prêts à tout pour poursuivre l'embrigadement des générations d'élèves. Mais on ne l'entendra jamais polémiquer sur des aspects idéologiques. Ses armes ne relèvent d'aucun dogme. Elle fait siennes la lettre de mission du président de la République adressée à la Commission nationale de réforme de l'école, la loi d'orientation de 2008 et autres textes fondateurs de la réforme de l'école. Mme Benghebrit est certainement le pire ennemi que les islamistes aient eu à affronter, parce qu'elle répond avec le langage de la science et de la pédagogie. Ce sont ces deux passions qui font d'elle, la ministre la plus accomplie et certainement, la plus moderne qu'a connue le secteur de l'Education nationale. Dans l'entretien qu'elle nous a accordé, elle nous dit avec des mots simples, mais parfois savants, pourquoi et comment son combat fait mal aux islamistes.

L'Expression: Vous êtes arrivée à la tête du ministère de l'Education nationale en 2014. Dans quel état l'avez-vous trouvé?
Nouria Benghebrit: Je dois d'abord vous rappeler que j'ai été membre de la Commission nationale de la réforme de l'école. Je dois dire qu'à l'époque j'étais dans une situation de confort. Je m'y étais sentie totalement en phase avec toutes les personnes qui avaient été choisies par le président de la République pour réfléchir à la réforme de l'école. J'ai aussi fait partie du Conseil supérieur de l'éducation et occupé des fonctions qui m'ont amenée à m'intéresser d'assez près à l'école algérienne. En tout, je peux dire que je totalise 41 années d'expérience professionnelle. A mon arrivée à la tête du ministère, je me suis rendu compte qu'au plan de la littérature juridique, le département de l'Education nationale est très bien outillé. Je dois dire qu'à ce niveau, le ministère avait une réelle existence et l'encadrement législatif était bien là. La réforme lancée en 2000, la loi d'orientation promulguée en 2008, le référentiel général des programmes et le guide méthodologique mis en place en 2011.
Très honnêtement, j'ai passé tout l'été dans des réunions avec tous les responsables du secteur. J'avais un réel besoin d'entendre les acteurs de terrain, ceux qui agissent et qui défendent un certain nombre d'intérêts des catégories socioprofessionnelles. Je suis venue avec aucun préjugé préalable. Pour répondre à votre question, les consultations que j'ai faites m'ont amenée à constater des déficits, des hiatus dans la mise en oeuvre de la réforme. J'ai eu à constater un agenda complètement déstructuré. En matière pédagogique, la situation était insondable. Il nous fallait des outils d'évaluation qu'on n'avait pas. C'est vous dire qu'on savait comme tout le monde que la qualité d'enseignement n'était pas au niveau requis, mais nous ne pouvions pas mettre le doigt sur ce qui n'allait pas vraiment. Donc, c'est pour vous dire que j'ai trouvé un secteur bien encadré par de bons textes, mais fonctionnellement, il allait dans tous les sens. Nous avons, pour avoir une idée précise, réalisé une enquête exhaustive, qui a touché 95% du corps enseignant, pour comprendre la situation exacte de l'Education nationale.
L'un des constats les plus lourds a été la âtaba (le seuil) qui a chamboulé toute la logique des programmes. Cela, en plus d'une réelle fracture entre le programme, le référentiel général et les pratiques de classe. La transmission des cours de l'enseignant et l'élève ne cadrait pas du tout avec une pratique pédagogique saine. L'autre grande faille du système est en rapport avec la place très prépondérante que prenait le cycle secondaire et donc le baccalauréat dans les préoccupations des acteurs de l'Education nationale et plus généralement au sein de la société. Les grèves récurrentes étaient organisées dans le secondaire, les solutions trouvées ne concernaient que le secondaire. Bref, tout le secteur ne tournait quasiment qu'autour de ce cycle. Les autres paliers étaient ignorés et à chaque question posée, la réponse était de construire. Tout le monde s'est braqué sur la paix sociale et ne préconisait que des solutions d'ordre physique. Le sens de la mission de l'école se perdait.

Sur l'aspect législatif, vous affirmez que la réforme a connu des avancées. Dans la pratique quelles ont été vos actions?
Le constat fait, je me suis d'emblée située dans la réforme, parce que telle qu'elle avait été pensée, dans le cadre de la lettre de mission du président de la République et la loi d'orientation. Ma mission a consisté à mettre en oeuvre les directives de la direction politique du pays. Je me suis attelée à rendre applicable ces textes à travers des décrets et des circulaires, histoire de compléter l'arsenal juridique encadrant la réforme. En fait, j'ai tout simplement fait mon travail d'exécutante. Je n'avais pas à avoir de vision, celle-ci existait déjà. Il fallait la suivre. Mon rôle en tant que tel a été surtout de rétablir l'ordre des choses et redonner au cycle primaire l'importance qu'il doit avoir, mais qu'il n'avait pas. J'ai fait en sorte de renverser les priorités. Les écoles primaires étaient dans un état très critique, tant au plan des infrastructures que celui des conditions d'enseignement qui étaient déplorables. Ça a mis du temps, mais je peux vous dire que la rentrée 2018/2019 aura été une première victoire, puisque l'intérêt pour ce cycle d'enseignement a concentré l'intérêt des pouvoirs publics, notamment le ministère de l'Intérieur qui a fourni des efforts remarquables dans le transport et les cantines scolaires. Plus que cela, j'ai eu le plaisir de constater que là où je me suis déplacée dans les wilayas, le sujet du primaire revenait avec insistance. Cet intérêt vient confirmer l'aboutissement du décret que nous avions sorti en août 2016. Ce texte clarifiait les relations entre les ministères de l'Intérieur et de l'Education nationale. Il a légitimé le discours que je tenais depuis ma prise de fonction. Cela dit, je dois souligner que les textes ne suffisent pas pour gagner de pareilles batailles. Il me fallait initier un gros travail de sensibilisation à tous les niveaux, notamment avec les partenaires institutionnels. Le décret de janvier 2018 sur les cantines scolaires, a identifié les champs d'intervention des uns et des autres et, partant, recentrer l'éducation sur sa mission originelle, à savoir la pédagogie qu'il faut absolument réhabiliter. Il y a quatre ans, cette construction par la base n'était pas du tout évidente, puisque l'ensemble des Algériens n'avait d'yeux que pour le baccalauréat. Pour cette rentrée, on a abordé la question du primaire comme la priorité. C'est une victoire.

Votre combat pour faire admettre la pédagogie au centre de la mission du ministère de l'Education est visiblement en passe d'être gagné. Cela suppose une amélioration à terme du niveau des élèves. Comment comptez-vous vous y prendre concrètement?
Il nous fallait d'abord situer le niveau de compétence de nos élèves à l'échelle de tout le pays. On a procédé à une analyse profonde des copies d'examen de la cinquième année primaire et du collège.
On a identifié toutes les failles et difficultés en matière d'enseignement. Ce travail a mobilisé deux laboratoires universitaires et des enseignants et a duré plus d'une année et demie. L'étude qui a porté sur la langue arabe, les mathématiques et la langue française, a permis d'avoir un aperçu très précis des compétences pédagogiques des élèves.
Avant même ce niveau d'appréciation, le système pédagogique national a été soumis en 2012, au contrôle du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa), à l'initiative du président de la République. Nous avons eu les résultats en 2015. L'analyse, sans complaisance de Pisa a mis à nu toutes les insuffisances du système éducatif national. Sur les 66 pays qui ont été évalués par Pisa, l'Algérie était à l'avant-dernier rang. Nous avons pris acte des résultats. J'ai mis en place un comité de pilotage et des dizaines d'inspecteurs qui travaillent depuis deux années sur les Item (un item désigne généralement l'énoncé d'une question ou un élément utilisé dans le questionnaire, Ndlr), pour comprendre comment les élèves ont réagi. Ce n'est pas facile comme mission. Celle-ci a pris deux longues années pour aboutir. Partant du travail que nous avions accompli pour améliorer la pratique pédagogique, selon les conclusions de Pisa 2015, le ministère s'est inscrit pour le Pisa 2021. Nous aurons une idée précise sur les avancées et les manques de notre système. Entre-temps, l'équipe de pilotage intervient auprès des analystes de Pisa pour avoir une appréciation qui soit la plus juste possible.

Faut-il donc attendre 2021 pour estimer les avancées du secteur, ou y a-t-il déjà quelques indices qui amènent à penser que le niveau des élèves progresse?
Nous avons, effectivement, des signaux qui attestent de l'évolution positive du niveau. A titre d'exemple, nous avons constaté un sérieuse amélioration des notes en langue arabe, ce trimestre. Dans les autres matières, les résultats ne sont pas encore satisfaisants. Mais nous sommes dans un processus qui avance. La progression se fera d'année en année, Ce résultat ne relève pas du hasard. Nous avons formé des noyaux d'inspecteurs qui se déplacent dans les régions pour former leurs collègues dans les wilayas. Ces derniers mettent à jour les connaissances des enseignants, à travers des sessions pédagogiques. C'est vous dire que la machine est lancée. J'en veux pour preuve que le secteur a récupéré plusieurs instituts de formation. Nous étions à 11, nous en sommes à 28. Même les formateurs ont besoin eux-mêmes de formation. En fait, la grande faille de l'éducation était l'inexistence de la formation continue.

A ce propos, justement, depuis votre arrivée à la tête de l'Education nationale, quelles ont été vos actions en direction de la formation des enseignants?
On était confronté à un double défi, pour ce qui concerne les enseignants. Le premier tient dans l'absence d'une tradition de formation continue. Celle-ci existait dans le passé, mais cette pratique a été abandonnée. Il fallait la rétablir. Le second défi avait trait à la sortie massive à la retraite des enseignants sur trois ans, de 2015 à 2017. Cette saignée a coïncidé avec la mise en oeuvre du processus de réforme. Cette situation inédite mettait le secteur dans la contrainte. Il nous fallait transformer cette contrainte en acquis. Nous avions donc une population jeune, universitaire.
La mission essentielle était donc de leur tracer les grandes lignes et les accompagner sur le terrain. J'ai instruit les inspecteurs pour donner la priorité aux nouveaux dans le process de formation. En même temps, nous avons travaillé dans le sens de la réhabilitation de la formation continue. Il faut que je vous dise, à ce propos, que nous n'avons pas été gâtés par la situation économique du pays qui nous a obligés à une gymnastique pour boucler les budgets de formation. Nous sous sommes donc adaptés, tant bien que mal. De toute façon, nous n'avons pas abdiqué. Le programme de formation avance, malgré les difficultés financières.

En fait, vous n'avez pas été vernie. Vous arrivez à la tête du ministère en même temps que la chute des prix du baril de pétrole...
Vous faites bien de le relever. Personne ne soulève cet aspect des choses. On présente le ministère de l'Education nationale comme le second plus gros budget de la République. D'ailleurs, à l'APN, les députés me le font souvent rappeler. Mais vous savez, 92% du budget sont consommés par les salaires. Sur les 8% restants, 3% vont vers les oeuvres sociales. Il ne reste que 5%. C'est ce que je dis aux élus de la nation. Il faut rendre des comptes. Je ne me déroberai jamais. Mais qu'on me juge sur les 5% restants! Et sur ce chiffre, 2% sont consommés par les actions de soutien aux élèves nécessiteux, comme les livres gratuits. Le ministère se débrouille avec 3% du budget global, pour former les enseignants à hauteur de 2,5%.

Au vu de ce qui a été réalisé ces cinq dernières années, notamment dans le domaine pédagogique, peut-on dire que la réforme a dépassé le point de non-retour?
A partir du moment où les établissements scolaires sont gérés et animés par des êtres humains, il n'y a jamais de point de non-retour. Une régression est de tout temps possible, mais j'estime qu'elle sera plus difficile. Après ce qui a été réalisé, la rechute ne peut pas être automatique. Il y a, je pense, du point de vue de la gestion et des acquis, des comportements positifs qu'il ne sera pas aisé d'éliminer. Quand vous retirez votre bulletin de l'Internet et passez par le même réseau pour l'inscription, il sera assez difficile de revenir aux anciennes méthodes. Lorsque le recrutement se fait sur la base d'une plate-forme qui vous donne rendez-vous pour déposer votre dossier. Lorsque l'information circule instantanément aux quatre coins du pays, de sorte à ce que la proximité du centre de décision ne confère aucun avantage, je vois mal un retour à l'ancien système, avec toues ses tares.

Les syndicats de l'éducation ont été des partenaires du ministère, mais il semble que l'heure est à la grogne.
J'estime que pour ce qui concerne les syndicats, il y a une nécessité, pour eux, de repenser leur mission. Il sont dans une logique de type revendicative. Il faut dire à ce propos que l'essentiel des revendications salariales a été acquis entre 2011 et 2012. Pour ce qui concerne la progression dans les carrières, je dois dire qu'avant, il y avait une non-gestion. L'intervention de la gestion informatisée a considérablement réduit les injustices. De fait, les enseignants n'ont plus besoin de courir pour s'assurer du suivi de leur carrière. Notre système d'information qu'on a appelé Simem, nous donne la possibilité de faire en sorte à ce que des pans entiers de la gestion ne soient plus dépendants des individus et donc du bon vouloir du petit fonctionnaire qui laisse moisir des dossiers dans le terroir. A terme, les revendications socioprofessionnelles n'auront plus leur raison d'être ou ne seront plus aussi déterminantes. Face à la mutation de l'administration, les syndicats se cherchent une mission plus appropriée à la situation. Je peux vous dire que la charte d'éthique qu'on a signée avec les syndicats en 2015, participe de cette nouvelle logique. Nous sommes parvenus à un consens a minima avec neuf organisations syndicales. Le Cnapest a fait exception. D'ailleurs, ce syndicat est dans une attitude oppositionnelle de principe. Mais comme rien n'est totalement acquis, comme je le disais tout à l'heure, 5 syndicats se sont retirés de la charte. Il reste, tout de même, encore dans la charte six organisations, dont deux de parents d'élèves. La nature de la demande syndicale a changé. Ils évoquent la loi sur la retraite, l'augmentation des salaires et la hausse du niveau de vie, qui ne relèvent pas de la compétence du ministère de l'Education nationale. Cela dit, vous aurez constaté que grâce au dialogue permanent que j'ai engagé avec l'ensemble des partenaires, dont les syndicats, cela a permis de réduire considérablement le nombre de jours de grève, ces cinq dernières années. Le dialogue n'est pas un mot en l'air dans la politique du ministère. On n'a jamais entrepris quelque chose, sans en informer l'ensemble des acteurs du secteur. Il faut dire que nos pages Facebook et Twitter nous ont bien aidés dans notre stratégie de communication.

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