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LE GOUVERNEMENT EN PANNE DE COMMUNICATION DE CRISE

L'étendue d'une faillite

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La Palais du gouvernementLa Palais du gouvernement

Face à une opposition qui écume les plateaux de télévision, le pouvoir répond par des absences totales de ces «premiers de cordée» et laisse les seconds couteaux se «débrouiller» comme ils peuvent face à des militants très agressifs.

Depuis l'irruption de la rue dans l'agenda électoral, la scène nationale est sens dessus dessous. La répétition des manifestations populaires et leur caractère pacifique a fait dissiper les risques qu'elles faisaient planer sur la sécurité publique. Les Algériens ont donc montré un sens élevé de civisme et une conscience démocratique qui a étonné beaucoup d'observateurs nationaux et étrangers. Cette entrée presque par effraction dans le débat préélectoral a fait de la rue le premier acteur et quasiment le seul protagoniste qui semble disposer d'une longueur d'avance sur le reste des intervenants sur la scène nationale que sont le pouvoir et l'opposition. Les manifestants ne se sont d'ailleurs pas gênés pour remettre l'ensemble de la classe politique à sa place, certainement pour son incapacité à gérer convenablement la situation politique de l'heure.
Mis dos à dos par l'opinion nationale, les partis, qu'ils soient au pouvoir ou dans l'opposition, ont adopté des stratégies diamétralement opposées. Alors que les premiers se confinent dans un silence pesant et «comptent» des défections dans leurs rangs, les seconds ont pris l'option de «plonger» dans la rue et tenté de trouver une posture susceptible de les rendre plus visibles des foules pour en contrôler la destinée. Mais les communiqués et les deux rencontres de l'opposition depuis le 22 février dernier, n'ont visiblement pas amélioré leur image auprès des Algériens qui, faut-il le constater, n'ont repris aucune de leurs propositions de sortie de crise dans les marches des vendredis. Il n'y eut point de référence à l'application de l'article 102 de la Constitution, ni de report de l'élection présidentielle. Autant dire que les chefs de partis qui se fondent dans la foule ne pèsent que leur «poids physique».
Du côté du pouvoir, le gouvernement dispose pour convaincre les citoyens de la bonne foi du président de la République, de deux messages, envoyés le 2 février et le 3 mars derniers. Le chef de l'Etat y fait acte de candidature et explique son geste par le souci de garantir une succession sereine à la tête du pays. Le gouvernement et la direction de campagne, censés expliciter le message présidentiel qui peut constituer une sortie de crise, donnent la fâcheuse impression d'être en retard d'un train sur l'évolution de la situation. En communiquant sur les symptômes, louant le caractère pacifique des marches et oubliant le fond du «conflit», à savoir l'avenir immédiat du pays, les partisans du chef de l'Etat tournent en rond et défoncent des portes ouvertes. Le Premier ministre qui s'est hasardé à trouver des similitudes entre les roses d'Alger et celles de Damas, a à peine effleuré le sens profond du message présidentiel. Le ministre de l'Intérieur s'est, lui, contenté de féliciter les Algériens pour leur civisme. Pareil pour les présidents de l'APN et du Conseil de la nation. A croire que tout ce beau monde n'a pas lu le message du président.
Par cette communication superficielle et surtout trop timorée, le camp présidentiel affiche une attitude défensive alors que la situation impose une attitude bien plus combative. En d'autres termes, il leur faut adopter une communication de crise. Devant une opposition qui écume les plateaux de télévision, le pouvoir répond par des absences totales de ces «premiers de cordée» et laisse les seconds couteaux se «débrouiller» comme ils peuvent face à des militants très agressifs qui, sans aller au fond du sujet, détruisent tout l'argumentaire de leur vis-à-vis.
Ces absences nuisent bien plus qu'elles ne servent le président de la République. Pourtant, il est clair que les Algériens, dont une partie participe activement aux marches, ne se détouneront pas d'un débat politique sérieux, engageant le Premier ministre ou le ministre de l'Intérieur. Ces deux personnages centraux de la scène gouvernementale doivent eux aussi «écumer» les plateaux télé et pas seulement pour se féliciter du civisme de leurs compatriotes. Ces derniers attendent de leur part une parole forte, sincère et patriotique sur ce qui se passe dans leur pays. Tous les Algériens, les manifestants compris, appréhendent l'avenir immédiat de la République. Les membres du gouvernement ont des arguments à faire valoir à l'appui de leur soutien à la candidature du président de la République. Ils doivent les présenter aux Algériens. Ce ne sont pas les chaînes de télévision, ni les émissions politiques qui manquent dans le paysage audiovisuel national. Ahmed Ouyahia, Nouredine Bedoui et autres Abdelkader Bensalah, pour ne citer que les plus médiatisés, gagneraient à descendre dans l'arène et défendre leurs convictions. Pourquoi ne le font-ils pas?

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