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UN AUTRE RENDEZ-VOUS CRUCIAL ATTEND L'ALGÉRIE VENDREDI PROCHAIN

Eclats de joie et frissons d'angoisse

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C'est désormais la rue qui dicte...C'est désormais la rue qui dicte...

La tâche prioritaire n'est ni de protéger le régime ni de prêter main forte au gouvernement, mais de sauver une Algérie qui, sans exagération aucune, frôle sérieusement le danger.

A la liesse et à la joie exprimées après l'annonce, avant-hier, du Président Bouteflika qu'il ne briguera pas un cinquième mandat, ont vite succédé une déception et une angoisse des lendemains. Le surgissement populaire certes pacifique, mais si brusque, si rapide qu'il s'apparente à un saut dans l'inconnu. Ou allons-nous? Comment éviter une rechute à un pays qui vient à peine de terminer sa convalescence après 10 ans d'une guerre civile des plus féroces dans le monde? C'est le noeud du problème. La tâche prioritaire n'est ni de sauver le régime, ayant déjà un pied à terre, ni le gouvernement, mais de sauver une Algérie qui, sans exagération aucune, frôle dangereusement l'irréparable. Pour nombre d'observateurs sagaces, l'heure est grave et les conséquences risquent d'être imprévisibles. Il faut surtout prendre garde de céder à l'esprit de revanche et bannir le discours de haine. Nous avons essayé la recette durant les années 1990 et on a payé chèrement la sauce. Plus jamais ça! Il faut évidemment consolider cette dynamique qui constitue une rupture majeure dans l'histoire du pays et d'élargir le champ des possibles. Aujourd'hui, les Algériens ont remporté une première bataille, le chemin est encore très long pour savourer la victoire. Par sa dernière offre, le Président Bouteflika espérait sans doute diluer le mouvement dans les bavardages, mais cette nouvelle manoeuvre est vouée à l'échec. La rue promet un autre raz de marée vendredi prochain pour signifier encore une fois son rejet du projet présidentiel. La transition est un processus long et dur, plein d'embûches. L'histoire des peuples nous enseigne que les transitions qui ont réussi, ce sont celles faites de compromis. Pour reporter la présidentielle, le Président Bouteflika n'a invoqué, dans son message, aucun texte -Constitution ou loi- pour justifier le report de la présidentielle, mais il dit répondre à une demande de la rue! C'est un précédent lourd de conséquences. Il vient d'acter un fait inédit dans les annales de la politique: C'est désormais la rue qui dicte, c'est elle qui décide et qui fixe l'agenda. Mais qui est la rue? Autrement dit: qui peut rassembler tout ce concentré d'indignation d'un peuple et lui donner de la forme? C'est une mobilisation qui ne veut pas de leader. C'est à ce prix qu'elle parvient à se concentrer et à rassembler le plus largement qu'on puisse l'imaginer. Une particularité lui donne le caractère d'une révolution citoyenne. Mais tant que le mouvement n'a pas quitté le statut de l'anonymat, il demeure fragile. Un statut qui le prête à toutes les convoitises, aux transactions occultes et surtout aux risques de dérives incontrôlées. Avons-nous tiré les leçons du passé pour éviter à nouveau le «détournement du fleuve», par la caste islamiste à la rancoeur toujours ardente? Tapis dans l'ombre, rodés à l'entrisme et aux techniques de récupération, ils se sont dilués dans la foule depuis le début de ces manifestations. Il faut absolument survivre aux flots torrentiels. On se dissout dans la masse et joue le second rôle. L'expérience leur a appris que la réalité du terrain s'oppose aux alchimies politiques fussent-elles les plus séduisantes. On a vu avec quelle vitesse l'irruption islamiste comme projet politique, totalitaire, a balayé l'espoir démocratique né de la révolte d'octobre 1988. C'est pour cette raison qu'il faut se méfier des enfumages qui faussent la mise en perspective, aussi bien du côté du pouvoir que de l'opposition qui, tous les deux, ont été définitivement disqualifiés par la rue.
Une leçon de pacifisme livrée au monde. La sublime symphonie avec laquelle les Algériens mènent la musique, résonne avec autant de force chez tous ceux qui aspirent à la dignité. C'était le cas de la guerre de libération qui a inspiré bien des nations à se libérer du joug colonial.

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