Accueil |Nationale |

LES DÉCISIONS DE BOUTEFLIKA N'ONT PAS CALMÉ LA RUE

Le jour d'après

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font
Les étudiants ont défilé dans beaucoup de villesLes étudiants ont défilé dans beaucoup de villes

Trois scénarii possibles: Bouteflika reste sur ses positions. Il pourrait aussi prendre sur lui de démissionner. Le Conseil constitutionnel activerait l'article 102 de la Constitution et déclarerait l'empêchement.

Sortis dans les rues, sitôt l'annonce du report de l'élection présidentielle, les Algériens se sont réveillés, hier matin, avec la nette impression que rien n'a véritablement changé dans les propositions présidentielles. Le président de la République, qui sollicitait un cinquième mandat écourté de 4 ans, est venu, avant-hier, avec la proposition d'allongement de l'actuelle mandature d'une année au moins. Les étudiants qui ont défilé dans beaucoup de villes du pays ont mis en évidence le «tour de main» du président Bouteflika, qui propose toujours de réunir la conférence nationale inclusive dans les «temps morts» de son quatrième mandat. Le résultat est identique, que l'on prenne le problème d'un bout ou de l'autre.
Même si personne ne peut raisonnablement douter de l'intention de chef de l'Etat d'assurer une transition générationnelle apaisée, il reste que cette volonté de sauvegarder les intérêts de la nation et du peuple ne lui est visiblement pas reconnue par une bonne partie des citoyens.
La carte de Lakhdar Brahimi qu'il pourrait sortir en guise de bonne foi et de garantie d'équité, n'est pas si capitale, sachant que l'éminent diplomate est inconnu parmi la jeunesse. En un mot comme en mille, les Algériens sont sceptiques. Il semble clair, en effet, que la revendication qu'exposent les Algériens depuis le 22 février dernier ne souffre d'aucune «modulation». Ils veulent le départ pur et simple du président de la République. Il devient plus qu'évident que l'insistance de la rue, malgré les trois messages présidentiels, traduit une détermination qu'aucune négociation ne saurait infléchir. Il est peut-être exagéré de l'affirmer, mais les démonstrations de citoyens, quasi quotidiennes, depuis près de trois semaines, ferment hermétiquement la porte à toute autre tentative du Président de les convaincre de sa bonne foi. Le matraquage anti-Bouteflika sur les réseaux sociaux et l'aphonie totale de ses partisans ont eu certainement un effet grossissant et recruteur parmi les citoyens hésitants. Le Président a perdu la bataille politique dés lors qu'il n'a pas pu se positionner sur le terrain médiatique. Aucun retournement de situation n'est possible.
Mais cela n'a pas empêché le président de réaliser un «dernier coup», quitte, pour ce faire, à rompre avec la légalité en vigueur. En effet, le chef de l'Etat a proposé aux Algériens une offre politique qui ne repose sur aucune assise constitutionnelle. C'est le commentaire des spécialistes en matière de droit constitutionnel. Il n'existe pas d'article de la Loi fondamentale qui donne au chef de l'Etat l'autorité de reporter une consultation électorale sur de simples considérations subjectives. Les constitutionnalistes sont, en effet, unanimes à souligner la caractère anticonstitutionnel, voire inconstitutionnel de la démarche entreprise par le Président Bouteflika.
Ces adversaires politiques, qui s'appuient sur les conclusions de spécialistes, l'accusent de vouloir créer un précédent et rester «illégalement» au pouvoir, bien plus d'une année. En tout état de cause, le report de la présidentielle, telle qu'indiqué par le chef de l'Etat, est une «sortie des rails» de la Constitution, d'autant qu'une bonne partie du personnel politique, concerné par la conférence nationale inclusive décrie le processus. Le risque serait de voir une conférence factice concoctée par le pouvoir en toute illégalité républicaine. Ce serait un retour à la case départ.
Le chef de l'Etat, qui suit l'évolution de la situation, attend, comme l'ensemble des Algériens, les marches du 15 mars prochain. Ayant bâti sa dernière offre sur l'immense succès des manifestations du 8 mars dernier, saura-t-il saisir le message que
délivrera la rue, le prochain vendredi? C'est la grande question de l'heure. Au jour J, l'Algérie sera à la croisée des chemins. Les options qui s'offrent à elles sont de l'ordre de trois. La première serait que Bouteflika reste sur ses positions et convoque la Conférence nationale inclusive, avec le risque d'échec que cela sous-tend. Il pourrait aussi prendre sur lui de démissionner et ouvrir un processus constitutionnel de succession, avec le président du Conseil de la nation comme arbitre d'un processus déjà prévu par la Constitution. Il y a également l'activation de l'article 102 de la Constitution par le Conseil constitutionnel, déclarant l'empêchement du chef de l'Etat, d'autant qu'il reconnaît lui-même sa maladie qui lui interdirait un mandat supplémentaire à la tête du pays. Cela conduira à la convocation d'une nouvelle élection présidentielle.
Les délais se calculent en jours, ce qui complique le défi. Et plus encore, si jusque-là l'ambiance est fraternelle, il commence à poindre dans la sphère médiatique des propos haineux, susceptibles de conduire à un pourrissement que personne ne souhaite en Algérie.

Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha