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IL NIE SA NOMINATION À LA TÊTE DE LA CONFÉRENCE NATIONALE

Lakhdar Brahimi: "Ne ratons pas ce virage de l'Histoire"

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Le caractère pacifique des manifestantions salué par Lamamra et BrahimiLe caractère pacifique des manifestantions salué par Lamamra et Brahimi

«Aucun changement ne peut se produire en une nuit. Ne détruisons par la maison Algérie sur nos têtes. Oui, les changements doivent se faire rapidement, mais sans précipitation.»

Reçu par le président de la République, il y a trois jours, à son retour en Algérie, Lakhdar Brahimi, ex-ministre des Affaires étrangères et représentant spécial de l'Organisation des Nations unies (ONU) au Moyen-Orient, s'est exprimé, hier, à la chaîne de télévision A3, sur les événements actuels qui secouent le pays. Il a commencé par apporter son témoignage sur l'état de santé du président, nier sa désignation à la tête de la conférence nationale proposée par le chef de l'Etat dans son dernier message et donner son point de vue sur la voie à prendre pour réussir ce «tournant décisif» qui mènera l'Algérie vers une deuxième République. Le «négociateur» de l'ONU affirme être de retour en Algérie parce que «j'ai peur pour mon pays. Je suis certes optimiste et heureux de voir le degré de maturité de la jeunesse, il n'empêche que j'ai peur du risque de dérapage.» Et il se demande «où va-t-on? Les manifestations attirent l'attention sur les problèmes, mais n'offrent pas de solution». Revenant sur sa rencontre avec le président de la République, l'ex- ambassadeur précise qu'il n'a pas été convoqué spécialement pour ce rendez-vous, mais qu'il a été invité, après avoir informé, comme à son habitude, la Présidence de sa présence en Algérie, à rencontrer le chef de l'Etat. Lors de sa rencontre entre de «vieux amis», le président lui a soumis, pour avis, le dernier message qu'il a adressé à la nation. «L'homme est malade, mais contrairement à ce qui est dit, sa santé est stable. Je ne suis pas médecin, mais je peux vous dire que sa voix est très basse et à peine audible. Il ne peut donc pas faire de discours au peuple. Cependant, il a récupéré ses capacités mentales à 100% et non pas à 90%. J'ai pris connaissance de ses décisions et j'ai jugé qu'elles répondaient parfaitement aux aspirations et aux attentes du peuple.» Revenant ensuite sur la rumeur qui a fait de lui le président de la conférence nationale proposée par le chef de l'Etat pour mener à bien la période de transition, Lakhdar Brahimi nie catégoriquement cette information en disant «ce n'est pas vrai. Il faut un consensus très large pour choisir le président de la conférence. Qui m'a désigné et sur quelle base? J'espère que la personne qui sera désignée sera beaucoup plus compétente et expérimentée que moi». Reconnaissant que les revendications populaires, à savoir le rejet du 5ème mandat de Abdelaziz Bouteflika et la construction d'une deuxième République, sont «justifiées», le diplomate vétéran insiste cependant sur le fait que l'Algérie aborde «un nouveau virage très difficile. Et là j'aimerai rappeler que le pays a connu des tournants de par le passé, mais nous n'avions pas réussi le changement. Espérons cette fois que nous allons emprunter le droit chemin qui mènera vers la deuxième République». Les erreurs du passé, Brahimi les impute à l'absence d'un réel dialogue, le refus d'écouter l'Autre et de rechercher les dénominateurs communs. «J'ai eu à rencontre beaucoup de personnes depuis que je suis en Algérie. Même parmi l'opposition radicale. Je peux dire qu'il y a une unanimité contre le 5ème mandat et pour le report de l'élection. Mme Louisa Hanoune à titre d'exemple n'a cessé d'appeler à une Assemblée constituante. Comment la concevoir? A travers des élections, mais la loi électorale est actuellement décriée et devra être changée. Comment faire? Il faut une sérieuse réflexion pour arriver à un consensus. Le président a dit 'commençons par une conférence nationale''. La conférence doit permettre le dialogue et l'échange pour arriver à un consensus sur les mécanismes qui permettront d'aller de l'avant» explique encore le médiateur international. Mais qui doit organiser la conférence du moment que le peuple rejette toutes les figures de l'actuel régime? «Il faut savoir que le meilleur est l'ennemi du mieux. Aucun changement ne peut se produire en une nuit. On ne peut donc tout rejeter. Il ne faut pas détruire l'Etat comme cela s'est produit en Irak ou en Libye. On ne peut pas créer un vide constitutionnel, administratif... Oui? les changements doivent se faire le plus tôt possible? mais sans précipitation. Je suis optimiste, parce que nous sommes tous d'accord qu'il faut changer radicalement, alors commençons à travailler pour cet objectif sans détruire la maison Algérie sur nos têtes», explique Lakhdar Brahimi qui invite le peuple à «réapprendre à se faire confiance et à s'écouter. Il se rendra compte que les divergences ne sont pas aussi énormes».

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