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BOUIRA

LA RUE S'EMBALLE

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Les chaînes algériennes privées jouent un jeu troubleLes chaînes algériennes privées jouent un jeu trouble

Les craintes et les soupçons sont dus aux rumeurs qui font état de la désignation de personnes du mouvement associatif, qui seraient déléguées pour participer aux pourparlers à Alger.

Après la gigantesque marche du vendredi, hier aussi Bouira a vibré aux cris des membres de la coordination des retraités, radiés, invalides, fils et filles des chouhada et des veuves de Chahid et ayants droit. Répondant à l'appel du bureau national, les anciens militaires ont arpenté les artères de la ville sous les applaudissements des citoyens et brandissant des pancartes où il est clairement signifié le départ des personnalités dites du pouvoir. La marche sera vite rejointe par les lycéens et lycéennes qui ont déserté les classes, mais aussi par les employés de la direction de la jeunesse et des sports. A l'autre bout de la ville, les fonctionnaires de la direction des oeuvres universitaires ont aussi exprimé leur ras-le-bol dans un sit-in devant le siège de la direction. A M'Chedallah les élèves des établissements scolaires ont séché les cours pour marcher.
Même topo à El Esnam où les étudiants ont sensiblement perturbé la circulation sur la RN5 qu'ils ont occupée lors d'une marche où les slogans brandis lors de toutes les manifestations étaient identiques. En marge, les débats quant au dénouement de ce bras de fer entre le pouvoir en place et la rue s'animent. Beaucoup soupçonnent une énième manoeuvre pour détourner les revendications. «Les commentaires sur les réseaux sociaux donnent plus d'importance à l'ambiance qui prévaut dans les marches oubliant l'essentiel, les revendications», nous confie un étudiant au département de tamazight de l'université Akli Mohand Oulhadj. «On met l'accent sur le calme, les civilités et la bonne ambiance. J'ai comme l'impression qu'on fait des démonstrations au monde. Ce n'est pas l'objectif. Il faut que ce pouvoir réponde à la rue et exécute ses demandes», ajoute notre interlocuteur.
Les craintes et les soupçons sont dus aussi aux rumeurs qui font état de la désignation de personnes du mouvement associatif qui seraient déléguées pour participer aux pourparlers à Alger. «La grande majorité de ces associations est à la solde du pouvoir qui l'utilise au moment opportun et qui l'engraisse par des subventions tout au long de l'année. Ces gens ne doivent pas participer au nom de la rue qui les a rejetés», nous dit un avocat. «Qui peut donc participer?» avons-nous demandé? Notre interlocuteur préfère «des compétences de l'ensemble des composantes de la société, des universitaires, des jeunes chômeurs, des cadres intègres des deux sexes, mais pas des partisans de partis politiques qui ont fait pendant des années dans la docilité à l'égard de leurs commanditaires».
Cet avis est plausible au regard de ce qui se passe. Depuis la troisième marche on remarque la réaction de quelques associations jusque-là très élogieuses envers le pouvoir venir occuper les devants de la scène et faire des virages de 180 degrés. «Même si l'Algérie a besoin de tous ses enfants, ces personnes qui n'ont aucune crédibilité doivent rester en marge» ajoute l'avocat qui veut garder l'anonymat. Ce qui se passe aussi sur les plateaux TV ne laisse pas indiffèrent le commun des citoyens. «Certaines chaînes font dans l'excès. Les cinq chaînes publiques doivent arrêter ce positionnement antipeuple et revenir à la noble mission, celle d'informer le citoyen. La chaîne islamiste qui émet depuis Londres, fait dans l'alarmisme pour réhabiliter la mouvance qui a conduit le pays à la dérive avec la complicité du pouvoir pendant toute une décennie. Les chaînes algériennes privées jouent un jeu trouble. Tantôt elles sont du côté du peuple tantôt elles défendent la continuité. Les débats sur leurs plateaux n'apportent aucun élément en mesure de dénouer la crise politique», nous affirme un professeur en journalisme. En attendant des jours meilleurs, les citoyens prient Dieu de préserver le pays. Incha Allah, ce voeu sera exaucé et l'Algérie sortira de son sombre tunnel.

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