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«CHANGER LE SYSTÈME», «DÉGAGE!» SONT LES SLOGANS DU VENDREDI

Les institutions ne sont pas le système

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Le peuple dans toute sa diversité!Le peuple dans toute sa diversité!

Les Algériens en ont marre de l'injustice, de la fraude, des «seigneurs» qui se «sucrent», du personnel politique «frelaté», ils le crient dans la rue. Ils exigent une solution radicale...

Précisions. Depuis un mois, des manifestations populaires de grande ampleur ont lieu chaque vendredi dans toutes les villes du pays pour exiger un «changement de système». Tout d'abord il y a une distinction à faire entre ces manifestations du vendredi qui rassemblent toutes les franges de la société et les mouvements de protestation qui ont lieu les autres jours de la semaine et qui sont organisés par des corporations (magistrats, avocats, médecins, etc.). Ces dernières sont venues se greffer au vaste mouvement populaire pour des raisons que nous traiterons une autre fois. Donc, chaque vendredi, depuis le 22 février dernier, il n'est question que de «changement de système» avec cependant un autre slogan né du refus d'un «5ème mandat» et qui s'est transformé, depuis le renoncement du président de la République de se représenter, par ce qu'on pourrait appeler le «dégagisme». Une formule qui consiste à cibler des personnalités politiques pour exiger d'elles qu'elles «dégagent!».

Toutes les franges
Il est vrai qu'un changement de système ne peut se réaliser qu'avec le départ de certains responsables en place, notamment sur la scène politique. Mais cela n'est pas l'unique condition d'un changement de système. Sachant qu'un système politique est un mode d'organisation. A ne pas confondre avec les institutions de l'Etat. Pour schématiser, disons que les institutions sont un «contenant» et le système le «contenu». Ce que l'on met dans les institutions. A titre d'exemple, nous avons les mêmes institutions depuis l'indépendance mais le système a, lui, changé une fois. C'était en 1989. A cette date-là et à la faveur de la révision de la Constitution, nous sommes passés du système totalitaire avec un parti unique et sans aucune opposition tolérée à un système démocratique malheureusement, imparfait. Il faut rappeler à nos jeunes qui n'ont pas vécu cette époque, que les manifestations du «5 octobre 1988» avaient visé, entre autres, les commissariats de police. Pourquoi? Parce qu'il s'y passait beaucoup d'abus. Certains policiers pratiquaient la «hogra» systématiquement. Et ce n'était pas totalement de leur faute. Une séquence illustre bien l'origine du mal. Au cours de sa présidence, plus exactement au milieu des années 80, Chadli Bendjedid avait pris une mesure qu'il croyait radicale pour imposer l'hygiène dans les villes. Il avait chargé les fameux «Hamaloulou» (corps de police qui a porté le nom de son chef) d'obliger les passants, sans distinction, à ramasser tous les déchets au sol jusqu'aux mégots. L'ordre fut exécuté sans ménagement ni distinction d'âge ou de sexe. L'opération a touché forcément la dignité des citoyens. Ce qui a débouché sur un rejet de la police.

L'époque des «Hamaloulou»
Il y a une décennie, le corps de la police a opéré sa mue. Le comportement des policiers a tellement changé qu'il est devenu protecteur, sociable et même aimable. Sans perdre la rigueur lorsqu'il s'agit d'appliquer les lois de la République. Alors qu'à l'époque des «Hamaloulou», c'est la peur au ventre que les citoyens se rendaient dans un commissariat de police, même pour une simple déclaration de perte. Peur d'y être maltraité et d'y laisser sa dignité. Aujourd'hui, un commissariat de police est aussi accueillant qu'un centre de santé. Quelquefois mieux. Ce n'est pas l'institution sécuritaire qui a changé, c'est le système à l'intérieur de l'institution qui a été modifié. De plus, ce changement s'est opéré sans avoir «dégagé» tous les policiers. Au contraire, leur nombre avait doublé alors que s'opérait le changement. Cette précision vaut la peine d'être apportée car beaucoup pensent qu'il faille «renvoyer» tous les personnels des institutions de l'Etat pour changer de système. C'est une erreur à ne pas commettre, car même en faisant le vide dans les institutions (le cas de l'Irak de l'après-Saddam Hussein est riche d'enseignements sur ce plan), l'ancien système peut se régénérer même avec un personnel nouveau. L'exemple de la police est frappant pour permettre de mieux comprendre l'intérêt qu'il y a à préserver les institutions tout en changeant le système qui les anime. Ceci dit et exception faite du corps de police que nous avons cité en exemple, le système, au sens large, doit changer dans notre pays. Car sur le papier, c'est le système démocratique qui a été instauré au début des années 90, en réalité, les décideurs de l'époque nous ont servi un système féodal. La justice «de nuit» ou du «téléphone» est une réalité. Il faut en avoir été victime pour en témoigner. La bureaucratie dans l'administration, même si elle recule avec l'informatisation, est aussi une réalité.

La fraude électorale
Rappelez-vous les fraudes dans les distributions de logements. Même dans le secteur financier et bancaire ce système fait des ravages. La fraude électorale relève, elle aussi, de ce système honni par les manifestants. Alors, comment chasser le système féodal et se réapproprier le système démocratique? En écartant, du sommet de l'édifice, les «squatteurs» les plus en vue sans aller jusqu'à la «grande lessive». Les corps intermédiaires et ceux de la base se corrigeront d'eux-mêmes quand la «couverture» sera retirée. Pour y arriver, le dialogue est incontournable. Et pour que le dialogue ait lieu, il faut que les manifestants y soient représentés. C'est-à-dire le peuple dans toute sa diversité!

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